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Expo à L'étranger

Robert Rauschenberg. Rétrospective à Londres

On savait Robert Rauschenberg (1925-2008) toujours à l’affût de nouvelles idées, de nouveaux médias, de nouvelles techniques, mais il est néanmoins une œuvre surprenante dans la vaste rétrospective que lui consacre la Tate Modern. Mud muse, (1968-1971) est un vaste cuvier rempli de bentonite – une sorte d’argile – bouillonnante et giclante, assorti d’un système de capture des sons qui finit par générer plus de giclures…Un exploit technique qui abolit la frontière entre art et industrie mais ne reste qu’un objet de curiosité, contrairement aux autres œuvres.

L’artiste plasticien, formé par son passage à Black Mountain College, véritable vivier de créateurs d’avant-garde où enseignait Josef Albers, s’intéressa, tout au long de sa vie, à la peinture, à la sculpture, à la sérigraphie (remarquable Signs, 1970, projet de couverture refusé par Time magazine), à la photographie sans oublier ses collaborations avec Merce Cunningham pour qui il conçut des décors, et John Cage. À partir de 1954, abandonnant ses peintures monochromes, il se lança dans les Combines, toiles peintes auxquelles il ajoutait des objets divers.

Monogram, 1955-1959 est probablement l’une de ses incongruités les plus connues, avec sa chèvre ceinte d’un pneu, piétinant une toile dans laquelle sont intégrés du tissu, du métal, du bois, une balle de tennis. S’éloignant de la peinture-collage, il illustre les trente-quatre Cantos de l’Enfer de Dante et parvient, par cette combinaison d’aquarelle, de dessin et transfert au dissolvant d’images de revues, à injecter une modernité pessimiste dans le poème de Dante.

En obtenant le Grand Prix à la Biennale de Venise en 1964 et suscitant un tollé de la critique, Rauschenberg (appuyé par Leo Castelli) rendait l’art américain incontournable. Installé en Floride à partir de 1971, Rauschenberg revenait à plus de simplicité, avec des sculptures minimalistes de carton avant de s’enticher de textiles indiens et de produire ses Jammers, tissus pendus au mur ou glissés sur des perches de rotin. Impressionné par l’impact du pétrole sur l’environnement et l’économie du Texas, Rauschenberg créa la Glut series dans les années 80 et 90, transformant des tombées de fûts, des bouts de panneaux de stations-service en œuvres murales. Son chant du cygne fut la photographie, les siennes ou celles de ses amis lorsqu’il resta handicapé après deux attaques.

Point n’est besoin de classer Rauschenberg dans un mouvement, une école. Reste la stimulation de se confronter à cette œuvre multiforme, intègre, innovante mais sans désir de provocation (à l’exception de l’œuvre de Willem de Kooning, Erased de Kooning Drawing, 1953, qu’il s’appropria en la gommant, geste plus conceptuel que provocateur), en adéquation avec l’évolution du monde dans lequel son concepteur vivait. Si vous manquez l’exposition à Londres, vous pourrez la voir cette année à New York et San Francisco.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Robert Rauschenberg, Monogram, 1955-59. Combine : oil, paper, fabric, printed reproductions, metal, wood, rubber shoe-heel, and tennis ball on two conjoined canvases with oil on taxidermied Angora goat with brass plaque and rubber tire on wood platform mounted on four casters. 106.7 x 135.2 x 163.8 cm. Moderna Museet, Stockholm. Purchase with contribution from Moderna Museets Vänner/The Friends of Moderna Museet. © Robert Rauschenberg Foundation, New York.
Robert Rauschenberg, Untitled (Spread), 1983. Solvent transfer and acrylic on wood panel, with umbrellas.188.6 x 245.7 x 88.9 cm. © Robert Rauschenberg Foundation, New York.

Archives des expos en europe
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Infos pratiques
Du 1er décembre 2016 au 2 avril 2017
Tate Modern
Bankside
London SE1 9TG
Ouvert tous les jours de 10h à 18h
Nocturne vendredi et samedi jusqu’à 22h
www.tate.org.uk