L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger
"Une sélection des meilleures expositions du moment en France"

Expo en France

Archives expo en France

Moninot, le dessinateur dans l’espace

L’interrogation surgit lorsque l’on regarde l’œuvre de Bernard Moninot : l’ombre, la lumière, l’espace, le vent, la transparence ou le silence peuvent-ils se représenter, sortir du cadre de la feuille ? Au sens où Novalis parle de « poésie élargie », Bernard Moninot parle de son « dessin élargi à l’espace lui-même ». Le travail arachnéen de cet artiste sensible à Marcel Duchamp et son Grand Verre, à Francis Picabia ou à László Moholy-Nagy se situe dans et sur l’espace, sur et hors papier. Son intervention graphique, non seulement fondée sur des notions de traces sur un support (Dessin sur soie n° 10 provoquant des effets de moirure, dessins bidimensionnels de Silent Listen 2011 jouant de la transparence et de l’ombre), utilise les phénomènes de la lumière, du vent ou du mouvement. Qu’il y a-t-il de plus étonnant qu’un dessin dans l’espace conçu telle une épure avec la volonté de le conserver ? Rien apparemment ne semble plus facile que Studiolo (2006), avec ses câbles et ses objets obstacles posés sur une étagère de verre qui, par un éclairage rasant, produisent des ombres portées sur le mur qui augmenteront en fonction de l’intensité de la lumière. Rien n’est plus étonnant que l’immense sculpture qui nous accueille à l’entrée de l’exposition Silent-Listen (2010), anagramme autour du silence. Constituée de représentations de sonogrammes réalisées en corde de piano torsadée (ces volumes tendus de tulle sont la représentation graphique des différents éléments caractéristiques de la voix lorsqu’elle prononce un mot, dans le cas présent ces volumes adoptent la forme du son du mot silence), de cymbales, de verre, de bandes magnétiques, cette sculpture joue des ombres portées envahissant tout l’espace. Quelle étrangeté de penser qu’au moment même où le mot silence est prononcé, c’est celui où il se brise. Autre étonnement avec La mémoire du vent activée en fonction du lieu où elle se conçoit : à Menton les plantes du Jardin Serre de la Madone dessinèrent le vent méditerranéen. Une fine aiguille de verre collée à l’extrémité d’une herbe oscillante sous le vent grave en quelques secondes un dessin sur un support enduit de noir de fumée. Commencée en 1999, cette collecte des vents constitue l’Éolethèque ou bibliothèque des vents ou, comme le dit Jean-Christophe Bailly des « tracés anémones », l’anémone étant considérée comme la fleur du vent. Les dessins sculptés de Moninot jouent avec le jour et la nuit ; dans ce tout nouveau musée ouvert sur la ville et sur la mer, on les aperçoit le soir, éclairés, projetant leurs ombres troublantes. Troublant comme l’est l’œuvre de ce poète de l’espace.
Gilles Kraemer
- Très belle monographie éditée par André Dimanche éditeur à Marseille : Bernard Moninot. Dessins dans l’espace. Texte de Jean-Christophe Bailly et texte d’une conférence de Bernard Moninot. 320 pages. Prix 55€.
Visuel : Bernard Moninot, Silent-Listen, 2010. Acrylique sur Trevira et papier marouflé sur toile 216 x 173 cm. © Bernard Moninot © André Morin photographe.
Vue de l’exposition au musée Jean Cocteau à Menton. © G.K.

Bernard Moninot – Dessins dans l’espace
Du 23 juin au 3 décembre 2012
Musée Jean Cocteau collection Séverin Wunderman
2, quai de Monléon - 06500 Menton
De 10h à 18h, sauf mardi. Nocturne le vendredi en juillet et août jusqu’à 22h
Entrée exposition temporaire : 5€
Entrée musée Jean Cocteau collection Séverin Wunderman + musée du Bastion + exposition temporaire : 8 €
Tél. 04 68 82 10 19

http://www.museecocteaumenton.fr
www.bernardmoninot.com

.............................................
Retour à la liste des archives