Le Musée départemental de l’Oise consacre une bonne place à l’art décoratif, du Second Empire à l’orée des années 1950. Une période féconde en recherches artistiques et riche d’une grande diversité de courants, Art nouveau et Art déco en tête. Pour une pléiade d’artistes, la décoration devient le but final de la peinture ; son renouveau s’exprime dans les vastes programmes décoratifs comme les
salles de spectacles, les hôtels particuliers, les mairies, les palais de justices, les universités et les musées à Paris et en province. Les dessins préparatoires de grands décors évoquent bien cette fièvre décorative qui saisit les édiles, les mécènes et le public pendant cette période, pour la plus grande gloire des artistes. Une trentaine d’études de vingt artistes a été sélectionnée pour montrer la place du dessin décoratif comme étape indispensable à la réalisation finale, que ce soit une peinture, un vitrail ou une tapisserie. En témoignent dans cette exposition des oeuvres de Thomas Couture (L’enrôlement des volontaires de 1792), Luc-Olivier Merson (Les musiciens, La musique), Leonetto Cappiello (études préparatoires pour les meubles du salon Les Perroquets, 1925), l’irrévérencieux Alfred Courmes dont l’étude La synthèse organique pour le décor d’un des escaliers d’honneur de la faculté de pharmacie de Paris fut refusée, ou encore Jacques Gruber et ses 6 projets de vitraux sur le thème du sport pour le Casino d’Ilbarriz, (Gruber a fait l’objet d’une superbe exposition à Nancy, jusqu’au 22 janvier 2012.)
En écho avec les dessins classiques présentés, l’artiste français Philippe Favier a réalisé spécialement pour l’exposition une oeuvre de grand format, un découpage cloué sur plâtre au titre énigmatique : Loin de Luçon, 2011. Après des débuts conceptuels, Favier (né à St Etienne en 1957), s’est mis a réaliser des dessins lilliputiens, imaginaires, poétiques et parfois ironiques qui viennent prendre place sur des collages, peintures sur verre, voire enchâssés dans des boîtes de sardines. Philippe Favier aime aussi confronter son talent au monumental et au décor tel le rideau de scène de l’opéra de Monte Carlo (1996) ou encore le décor en verre de la station de métro Pyramides (P.i.l.i, 2000). Dans l’exposition du musée de Beauvais, il présente en outre l’Antiphonarium de Sottet (2011), un ensemble de pages d’antiphonaire – un recueil de chants liturgiques – qu’il a détournées, qui servent de support à sa rêverie, cartes d’une géographie imaginaire. Et Hooloomooloo, quatre estampes tirées de la série éponyme (1993).
C.R
Visuel : Jacques Gruber (1871-1936). 6 projets de vitraux circulaires pour le casino d’Ilbarriz sur le thème des sports, 1925. L’Aviron. Fusain, plume et encre noire, rehauts de gouache blanche. ©Beauvais, Musée départemental de l’Oise, Jean-Louis Bouché.