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Une nouvelle artiste contemporaine s’empare de l’abbaye cistercienne de Maubuisson qui a pris l’habitude, depuis près de dix ans, de proposer à des artistes d’habiter ces lieux épurés dans des rencontres toujours surprenantes. Avec ce second volet (le premier étant ouvert à la galerie des Filles du Calvaire jusqu’au 14 janvier 2012) « d’Artifici finti », que l’on pourrait traduire par « artifice factice », Emmanuelle Villard déploie sur cinq salles, et à travers différentes installations, sa vision conflictuelle du monde de la consommation et de l’art contemporain. « En choisissant de situer mon travail dans le domaine de l’apparence, de la séduction et de la mascarade, explique-t-elle, je le convoque également dans la gravité de son contraire : l’altération liée au temps, la décrépitude, la mort. L’histoire, la mémoire, le temps, mais aussi l’échec, le déclin, la chute, la fin : cela revient finalement à mettre au travail ce qui reste de la peinture. » Dans la salle du parloir, sur une structure qui sert à la fois de cimaise et de socle se côtoient des peintures, « réalisées à l’aveugle sur des bâches en plastique », et des objets-visuels qui peuvent évoquer une voie médiane entre la recherche et le simple plaisir de peindre, un télescopage de formes et d’interrogations. Dans la salle du chapitre, des collages de photos d’objets de luxe se perdent, avec le visiteur de plus en plus bousculé, dans un labyrinthe de miroirs. Une galerie des glaces aux connotations baroques. « Le déploiement de l’artificiel peut entraîner une perte de repères », précise l’artiste. Au sortir de cette installation, la vaste salle des religieuses est le théâtre d’une confrontation entre des tondi (compositions de peinture réalisées sur un support de format rond) à paillettes et des objets-visuels, assemblages de boules de polystyrène et de bijoux. Comme si, dans cet univers en suspension, le luxe flottait, incertain, dévoilant l’envers du décor. Pour les pièces exposées dans l’antichambre et les anciennes latrines, Emmanuelle Villard s’est essayée à la céramique pour mieux aller aux limites du matériau, pour tester la limite entre l’équilibre et l’effondrement mais dans le calme et la soudaine vulnérabilité des choses.
Jean-Michel Masqué
Visuel : Emmanuelle Villard, Veniaisery et Objets-visuels, salle des religieuses, détail ©CGVO
Archives des expos à Paris
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