En symbiose avec la nature et le cycle de la vie, ce sculpteur travaille depuis trente ans autour du thème du grain.
Il aime le cycle de la vie : la terre, les graines, les moissons, les greniers et les oiseaux. Avec la première, il sculpte : des « graines fruits » que l’on sent prêtes à germer, d’énormes courges ventrues alignées en plates-bandes, des roseaux assemblés par dizaines en vastes installations de graminées blancs oscillants au vent sur du verre pilé, bleu comme un miroir d’eau profonde. Dans cette même veine inspiratrice sont nés des piliers-troncs constitués d’éléments superposés en terre cuite d’où émergent des bourgeons. « Sculpter c’est vivre. C’est sentir l’air sur sa peau et sur la peau de la sculpture la caresse de la main » raconte poétiquement Manchevelle. Le cycle de la graine à la plante ne pouvait s’arrêter là et l’artiste s’est mis à fabriquer de drôles oiseaux fantomatiques en plâtre, puis en bronze. Des volatiles usés par la vie, décharnés, un peu comme ces silhouettes de Giacometti qu’il admire. « Au-delà du travail de l’argile, de la production manuelle, j’ai besoin de conceptuel et le cycle de la vie, c’est aussi la condition humaine et sa fin. » Alors le sculpteur a construit une barque, telle celle de Charon, pour que les âmes puissent traverser Le Styx et gagner Les Enfers. Gilles Manchevelle crée et expose depuis une trentaine d’années, en galeries, foires et salons ou encore dans des sites comme le Parc du Château de la Roche-Guyon (1996), l’ Arsenal, Chapelle des Templiers à Metz (2000), la Cité Internationale des Arts à Paris (2009) ou le Futuroscope de Poitiers (2008-2009).
Catherine Rigollet
Photographies G. Manchevelle
Portrait : D.R