Classé Monument historique en 1923, l’Hôtel de la Marine abrite l’état-major de la Marine depuis 1789. Prestigieux bâtiment construit à la demande Louis XV, il fait pendant à l’Hôtel de Crillon de l’autre côté de la rue Royale. C’est l’architecte Ange-Jacques Gabriel (1698-1782), chargé d’aménager la place Louis XV (future place de la Concorde) qui en dessine les plans, supervisé par Madame de Pompadour qui va suivre activement les travaux. Construit entre 1757 et 1774, le bâtiment (et ses quelques 300 pièces) va d’abord servir de garde meuble royal (ancêtre du Mobilier national). Y sont réunis et exposés de remarquables éléments mobiliers, une collection de tapisseries, des sculptures, des objets d’art précieux, et sous Louis XVI, l’extraordinaire trésor des joyaux de la couronne (dont une partie sera dérobée en 1792). En 1789, le Ministère de la Marine s’y installe et chasse définitivement le garde-meuble en 1799, tout en conservant une partie du mobilier. Une fois passée la Cour d’honneur dédiée à Estienne d’Orves, (officier de marine rallié à la France libre en 1940 et fusillé en 1941), on accède aux grands salons (des Amiraux, des Ports de guerre…) par un grand escalier en marbre et stuc en trompe-l’œil attribué à Jacques-Germain Soufflot. Ces grands salons exceptionnels, plusieurs fois modifiés au XVIIIè et au XIXè siècles, ont fait l’objet d’une superbe restauration en 2008-2009, grâce au mécénat. Toutes les pièces sont décorées de boiseries, de tableaux, de lustres en cristal de Bohême, de cheminées en marbre et d’un riche mobilier dont l’essentiel a été commandé aux meilleurs ébénistes des XVIIIe et XIXe siècles. Suivent d’autres salons (en moins bon état) situés le long de la rue Royale : le Rouge avec sa tapisserie des Gobelins représentant les quatre saisons, le salon des sacrifices, la bibliothèque et ses 3029 ouvrages sur la marine et les colonies, la chambre dite de Marie-Antoinette (qui ne l’occupa jamais), le cabinet d’amour et ses angelots peints sur les glaces, où encore le cabinet d’audience du Commissaire général de la Maison du Roi, bureau où l’on pense que fut signé, en 1848, l’acte d’abolition de l’esclavage, projet porté par le sous-secrétaire d’Etat à la Marine de l’époque, Victor Schœlcher.
Mais que va devenir ce prestigieux lieu de patrimoine en 2012 ? Car l’état-major de la Marine devrait faire ses valises, à partir de la fin 2011, pour gagner le site de Balard, dans le 15ème arrondissement de Paris. C’est là que le ministère de la Défense compte se regrouper, autour des services du ministre, actuellement installés à l’Hôtel de Brienne. Doivent les rejoindre l’état-major des Armées, les états-majors de l’armée de Terre, de l’Air et de la Marine, ainsi que différentes structures, à commencer par la Délégation Générale pour l’Armement (DGA). Ce « Pentagone à la française », comme on commence déjà à l’appeler, s’installera dans un nouveau bâtiment pour lequel le ministre souhaite une « architecture moderne ». L’Hôtel de la Marine risquait d’être vendu ou loué à des entreprises. Historiens et amoureux du patrimoine ont alors tiré la sonnette d’alarme
La Commission sur l’avenir de l’Hôtel de la Marine a recommandé mardi 12 juillet 2011 que l’on en confie la gestion au Louvre qui aura pour charge « d’assurer la présentation au public, directement ou sous forme d’expositions temporaires, des objets d’art et des collections faisant partie du patrimoine national ». Affaire à suivre....
Catherine Rigollet
Reportage photographique ©C.R.