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Quand l’Art Déco séduit le monde

En 1925, période de paix, de puissance retrouvée, d’inventivité, de désir d’être moderne dans tout, de l’automobile à l’habitation en passant par la décoration et l’habillement, l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes qui se tient à Paris marque l’apogée de l’Art Déco. Né de l’impulsion de créateurs français, architectes, décorateurs, couturiers, sculpteurs et fruit d’une vision d’ensemble émanant de champs artistiques variés, il va se développer de 1919 à 1940 et séduire bien au-delà des frontières de la France.
Implantée sur vingt-trois hectares délimités par la place de la Concorde, le pont de l’Alma, l’esplanade des Invalides et le rond point des Champs-Elysées, l’Exposition de 1925 est une ville dans la ville avec cent cinquante pavillons et galeries. Une vingtaine de pays ont été invités, mais l’exposition est surtout une formidable vitrine des produits français, particulièrement dans l’industrie du luxe. C’est ainsi que les Grands Magasins du Louvre, des Galeries Lafayette, du Printemps et du Bon Marché ont confié leurs pavillons à des architectes de renom. Quant à l’Ambassade française, l’un des principaux pavillons, réalisé par la Société des Artistes Décorateurs sous le patronage du ministre des Beaux-arts, c’est un véritable concentré du goût français. La plupart des grands décorateurs-ensembliers du moment y exposent : Ruhlmann, Leleu, Dunand, Süe et Mare, Mallet-Stevens, Jourdain…Tous sont les ambassadeurs du style Art Déco avec son alliance de raffinement des matières et d’ornementation sans excès, ses formes géométriques, pures, dynamiques, adaptées aux activités trépidantes de la vie quotidienne, au travail des femmes et à leur émancipation dans le sport, la mode, la musique, la vitesse…L’Art Déco est l’apanage des femmes conquérantes : Suzanne Lenglen s’habille chez Jean Patou, Hélène Boucher conduit une Renault Vivasport, Tamara de Lempicka fait dessiner son atelier par Mallet-Stevens, Charlotte Perriand construit en acier, Joséphine Baker triomphe sur scène en pagne de bananes en peluche, dans un Paris des Années Folles qui se grise de nouveautés, de jazz et de fox-trot.

Dans une scénographie inspirée de l’époque (porte en fer forgé, tapis blanc, vitrines architecturées…), qui se renouvelle au fil des sept sections du parcours, cette rétrospective de référence -et qui fera date- est construite autour de l’Exposition de 1925. Didactique, elle rappelle la naissance du style, ses architectes, ses motifs, puis ses développements à travers des mises en scène associant objets d’art, mobilier, dessins, maquettes d’architectures, photographies, documents. La nature reste, comme à l’Art nouveau qui précède, la principale source d’inspiration des motifs Art Déco, mais sa transposition est toute autre, stylisée, accompagnée puis remplacée par des motifs géométriques. Daum, Lalique, et les représentants de l’Art nouveau de l’École de Nancy se mettent au goût géométrique qui se radicalise dans l’architecture avec Louis Süe, Perret, Robert Mallet-Stevens, Pierre Patout, Henri Sauvage, Tony Garnier, Le Corbusier, Charlotte Perriand...
Habitations, équipements publics, bâtiments industriels, il n’est pas une ville en France qui n’ait un édifice Art Déco ; les artistes et artisans concourant aux réalisations : peintres, fresquistes, sculpteurs, maîtres verriers, ferronniers. Il n’est que de citer la Piscine à Roubaix, la Bibliothèque Carnegie et les Halles du Boulingrin à Reims, le casino de Biarritz, la gare du Havre, la Halle Tony Garnier à Lyon, le Grand Rex, le cinéma Louxor et le Palais de Tokyo à Paris, la villa Noailles à Hyères, la bourse du travail à Bordeaux, etc. Lieux idéalisés du nouvel art de vivre, les paquebots comme L’Ile-de-France et Le Normandie deviennent des ambassades flottantes d’un Art Déco qu’on retrouve au Rockefeller Center à New York, à la Gare de Phnom Penh, ou à la résidence du prince Asaka à Tokyo, s’adaptant aux traditions de chaque pays, comme il s’est régionalisé en France (gare de Deauville Art-Déco-Normand). La popularité du style Art Déco se confirme lors des expositions internationales de 1931 et de 1937, malgré le discrédite jeté alors sur une architecture monumentale, parfois assimilée à celle des fascismes européens. L’expression « Art Déco » n’apparaitra qu’à la fin des années 1960 et le style connaît alors un retour en grâce, soutenu par le marché de l’art. Et qui perdure.
Catherine Rigollet
Visuel page expo : Jacques-Emile Ruhlmann, Bahut dit Meuble Elysée. Marqueterie de loupe d’amboine vernie et ivoire sur bâti de chêne et tulipier, bronze argenté, 1920. Mobilier National, Paris. Collections du Mobilier national© Mobilier National / photographe Philippe Sebert.
Visuels page d’accueil : Robert Mallet-Stevens, Villa Cavrois, 1929-1932. Maquette échelle 1/100 - H 32 / L /71/ Pr 51 © Cité de l’architecture & du patrimoine / musée des Monuments français / Hervé Ternisien.
Femme élancée. Bouchon de radiateur automobile. Collection particulière, Paris © Michel Legrand.
Jacques-Emile Ruhlmann. Tasse à café et sous-tasse, 1933. Réédition de 2007 d’après le modèle original. Porcelaine nouvelle / 6,6 x 13,9 x 16,5 cm. Sèvres, Cité de la céramique © RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique).
Louis Süe (1875-1968) et André Mare (1885-1932). Siège provenant du Grand salon du paquebot Île-de-France, 1927. © Collection Écomusée de Saint-Nazaire/cliché Jean-Claude Lemée photographe.
Visuel vignette : Georges Lepape. Profil de femme, 1924. Dessin. Crayon, lavis et encre© Musée des Années 30 (M-A30), Boulogne-Billancourt.

Du 16 octobre 2013 au 17 février 2014
Cité de l’architecture et du patrimoine
1 place du Trocadéro - Paris 75016
Tous les jours, sauf mardi, de 11h à 19h
Plein tarif : 9€
Tél. 01 58 51 52 00
www.citechaillot.fr
 
- Publié sous la direction des deux commissaires de l’exposition, Emmanuel Bréon, conservateur en chef du patrimoine à la Cité de l’architecture (créateur du musée des Années 30 à Boulogne-Billancourt en 1998) et Philippe Rivoirard, architecte DPLG enseignant à l’École d’architecture de Paris-Val de Seine, le catalogue réunit des textes d’une trentaine de spécialistes des différents domaines qui ont fait la gloire de l’Art Déco. Il montre comment un style porté au plus haut degré de raffinement par les artistes français, après l’Exposition de Paris en 1925, essaime en France et partout dans le monde. Co-éditions Norma / Cité de l’architecture et du patrimoine, 2013. 280 pages, 39€ broché.