Au fil du temps
Sans jamais dissocier l’art et la conscience, il imprime sur ses toiles sa vie, ses révoltes, ses joies, ses aspirations et surtout la perpétuelle quête de ses origines.
Bô peint comme il respire, « par nécessité vitale », dit-il. Par le biais de la peinture, il ajoute des pièces manquantes au puzzle de sa vie et bâtit son histoire en la liant indissolublement à celle du monde. Fils d’une vietnamienne et d’un GI américain d’origine amérindienne, Bô, né en 1969 est l’archétype même du métis déraciné qui a construit sa vie loin de ses origines. Adopté à quatre ans par un couple de Bretons, il passe sa jeunesse dans le Nord de la France et découvre la peinture avec Vermeer. Depuis, il n’a cessé de peindre, trouvant dans ce moyen d’expression l’occasion de traduire ses émotions. S’il se sent coupé en deux -la ligne que l’on retrouve dans tous ses tableaux en est le signe- Bô n’a aucune revendication ethnique. Sa peinture traduit sereinement sa quête première : « savoir d’où je viens » et une nécessité : réagir face aux événements du monde. Incapable de dissocier l’art et la conscience, il crée avec le souci de redonner avec générosité, de dire ses révoltes et ses engagements, de témoigner du temps qui passe. « Lune rouge, Big Bang, Changement de cap, été indien, Manhattan, Premier jour d’avril, Premier jour de décembre…Les titres de ses tableaux attestent ses sources d’inspiration. Utilisant l’acrylique, à laquelle il adjoint des pigments naturels, dioxyde de cuivre, thé, marc de café, il travaille des couleurs chaudes, avec des gestes rapides, comme s’il calligraphiait, toujours à plat, la toile posée au sol, tournant autour et prenant du recul, touche après touche. Après avoir beaucoup peint les visages, les traces de villes, la figuration se fond aujourd’hui jusqu’à l’abstraction. Seule demeure la ligne, omniprésente.
Catherine Rigollet (février 2008)
Photographies : D.R