Cette jeune photographe plasticienne, diplômée des Beaux-Arts en 2005 avec les félicitations du jury, a déjà exposé à Hambourg, Tel Aviv et en novembre 2008 à la galerie Vieille du Temple à Paris, reconnaissance d’un travail qui ne cède jamais à l’esthétique facile ou à la joliesse. Domitille Chaudieu photographie en petites séries des lieux découverts au hasard de ses pérégrinations ou choisis pour ce qu’elle imagine qu’ils vont dégager d’émotions concentrées : salines, usine de retraitement de zinc, glaciers, falaises, barrages, zoo…. Ils sont toujours vides de présence humaine ; un sujet qui ne l’intéresse pas et qui donnerait une échelle à ces photographies qu’elle cadre en supprimant le plus souvent toute ligne de fuite vers le ciel, concentrant le regard du spectateur au cœur de l’image, comme dans l’attente d’un événement imminent. Cela donne des paysages très minérales, vides, froids, étranges, parfois un peu inquiétants et dont on a du mal à apprécier la taille réelle du fait de l’absence de repaires. Des images fortes et austères d’une fascinante beauté. Prises en France, mais aussi à travers le monde, comme récemment en Chine, ses séries photographiques ne portent jamais de titres, pour que celui qui les regarde n’identifie pas immédiatement un lieu, mais s’imprègne surtout de l’atmosphère, sans référence ni a priori. Domitille Chaudieu se promène avec un appareil léger, pour se donner le maximum de spontanéité, même si certaines photographies ont été prises à la chambre photographique. Elle travaille exclusivement à l’argentique, dont elle aime la poésie et l’exigence de concentration par absence de filet protecteur ; toujours en couleur, malgré l’illusion d’une bichromie en noir et blanc. Chaque photo est tirée en grand format (souvent 75 x 106 cm), proche de celui de la peinture de paysage (elle évoque volontiers son admiration pour Poussin, Courbet, Monet…) et procurant un grain et un velouté qui en renforcent la mélancolie.
Catherine Rigollet (Janvier 2009)
Photographies : D. Chaudieu