« Retour dans la ville usée »
À la plume, à l’encre et à l’huile, cet artiste croque la ville et la campagne avec humour et poésie.
Artiste bouillonnant, épicurien et poète, Yves Chauvin a la plume incisive et instinctive. Né en 1950, ce géographe de formation, a fait du paysage sa principale source d’inspiration artistique, puisant en ville comme à la campagne, mille sujets du réel à réinterpréter à sa manière. Du dessin documentaire commencé dans les années 1980, il est très vite passé à des compositions narratives et oniriques dans lesquelles se glissent des figures. A l’encre noire, il a ajouté progressivement la couleur, noyant parfois joyeusement ses dessins de bavures polychromes. Frondeur et facétieux, Yves Chauvin qui revendique absolument le titre d’artiste amateur ne s’interdit rien, pas même une Sainte Victoire ou un Déjeuner sur l’herbe, hommage à ses maîtres en peinture, notamment Cézanne, Picasso, De Kooning. Ses noms de tableaux sont des invitations au voyage et à la curiosité : Observatoire du vallon, L’escalier sur cour ou la vie mode d’emploi, Le singe plaideur, Javel, Le grand architecte, Chantier Vaugirard, Le bateau ivre.
À côté de ses dessins figuratifs parfois proches de la BD et qu’il couche sur n’importe quel papier, même du kraft, Yves Chauvin peint en parallèle de grandes toiles informelles. Avec toujours le paysage comme motif simplifié jusqu’à l’abstraction, il remplace la fluidité de l’encre par la matière de l’huile et de l’acrylique, ajoutant au gré de sa créativité vagabonde des fragments glanés de matière minérale ou végétale. Toujours en quête d’émotions nouvelles et d’expérimentations, cet excellent musicien joue une partition d’abstraction lyrique puis le tableau suivant, sa fibre d’urbaniste rejaillit et le voilà construisant-déconstruisant des territoires géométriques comme d’éphémères architectures de couleurs. Faire des séries n’est d’ailleurs pas l’affaire de cet homme qui ne se pose pas non plus la question de l’originalité, conscient que tout peintre est influencé par l’histoire de la peinture. En quête du tableau idéal, il dessine et peint inlassablement avec la jouissance de celui qui n’a rien à prouver, mais tant à exprimer et partager. Ses expositions, organisées dans des bars, des ateliers, des galeries, des centres culturels ou chez des collectionneurs, sont de la même veine que ses oeuvres, jubilatoires et chromatiques.
Catherine Rigollet (Novembre 2007)
Photo Yves Chauvin : C.R
Photo des oeuvres : D.R