L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

"Une sélection des meilleures expositions du moment en Europe. L’occasion d’une escapade d’un week-end."

Expo à L'étranger

Le nouveau musée Fin-de-Siècle de Bruxelles

James Ensor, Fernand Khnopff, Félicien Rops, Léon Spilliaert, Victor Horta, Henry Van de Velde…quatre ans après l’ouverture du Musée Magritte, première étape du redéploiement des collections fédérales, le Nouveau Musée Fin-de-Siècle qui vient d’être inauguré à Bruxelles accueille les collections fin XIXe-début XXe, auparavant dispersées dans différents musées et met en scène ses artistes fétiches avec cohérence et talent.

Musée « fin de siècle », le terme peut paraître péjoratif, synonyme d’épuisement. Pour son concepteur Michel Draguet, directeur des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, la fin de siècle « est une fête de l’esprit qui a transcendé la dureté des temps ». Grâce au cercle artistique progressiste des XX (1883-1894) puis de la Libre Esthétique (1894-1914) qui a porté une grande attention aux arts décoratifs de l’Art Nouveau, Bruxelles a constitué un carrefour de la création particulièrement dynamique dans tous les domaines : littérature, poésie, opéra, musique, et bien sûr en architecture, photographie et peinture.

Pour mieux percevoir ce virage, le parcours du Musée Fin-de-Siècle ouvre en 1868, avec des artistes belges qui se détournent de l’académisme et fondent leur peinture sur le réalisme. Louis Artan, Charles Hermans, Alfred Stevens sont de ceux-là. La crise économique en Belgique va accentuer ce réalisme en peinture. Constantin Meunier, Eugène Laermans ou Léon Frederic montrent leur attachement aux causes sociales avec des scènes d’ouvriers dans les fonderies, d’émigrants, de grévistes, de colporteurs aux pieds nus sur les routes, de mères courages. Dans la Belgique des années 1880-1890, Ensor dénote très vite, passant du réalisme des Pochards ou du Lampiste à une créativité débridée et fantastique, caricaturant la bonne société avec ses Masques singuliers et ses Squelettes se disputant un hareng-saur. Les artistes belges vont s’engager ensuite aux côtés des néo-impressionnistes, postimpressionnistes, nabis et symbolistes français, tout en gardant leur spécificité. Ainsi, Fernand Khnopff, l’un des représentants majeurs du symbolisme en Belgique avec son modèle unique, sa « sœur-épouse » à la fois lointaine et érotique. Le provoquant Félicien Rops, chantre de l’anticléricalisme et du sacrilège qui fit scandale avec sa Tentation de Saint-Antoine à l’érotisme satanique. Ou encore Léon Spilliaert, qui d’abord attiré par le symbolisme, préfigurera le surréalisme dans ses toiles austères et vides aux perspectives déséquilibrées (La Digue, Baigneuse). Le parcours se termine avec la collection Gillion-Crowet offrant un panorama exceptionnel de l’Art nouveau, comprenant des sculptures, verreries, peintures, bijoux, pièces de mobilier signés des prestigieux Gallé, Lalique, Majorelle, Horta, Mucha, associant une grande maîtrise technique à une incroyable fantaisie ; quelque deux cents œuvres "offertes" en dation en 2006 et qui valent bien à elles-seules une galerie.

Si le Musée Fin-de-Siècle, cette « nouvelle antenne » du Palais des Beaux arts déployée sur quatre étages en sous-sol recèle de véritables pépites superbement mises en scène, avec une grande attention à la sculpture, il est regrettable d’avoir institué, comme pour le musée Magritte en 2009, une entrée payante, indépendante des autres collections abritées dans le même édifice. Que dirait-on si le musée du Louvre pratiquait des entrées tarifées pour chacune de ses collections (peintures françaises, arts de l’Islam, antiquités égyptiennes …), comme autant « d’unités muséales » ? Que vont devenir aussi les collections d’art moderne postérieures à 1914, ainsi que les œuvres remarquables des Primitifs flamands et des nombreux artistes de la Renaissance et du Baroque flamands : Memling, Bosch, Bruegel, Rubens, Van Dyck, Jordaens… accrochées -pour partie- dans la grande galerie du 1er étage et qui pâtissent d’un manque total de chronologie et de fil conducteur ? Souhaitons qu’elles bénéficient à leur tour d’un écrin aussi bien pensé.

Catherine Rigollet

Visuel : James Ensor (1860 - 1949), Squelettes se disputant un hareng-saur, 1891, Huile sur bois, 16 x 21,5 cm © Sabam Belgium. MRBAB/KMSKB.
Constantin Meunier (1837-1905), Le puddleur, Puddleur au repos. Statue assise, bronze, 145,5 x 81,5 x 87,5 (1884 / 1887-1888) © Bruxelles, MRBAB/KMSKB

Archives des expos en europe
spacer

Infos pratiques
Ouverture le 6 décembre 2013
Musée Fin-de-Siècle
Musées royaux des Beaux-arts de Belgique
3, rue de la Régence – 1000 Bruxelles
Du mardi au dimanche, de 10h à 17h
Tarif plein : 8€
Combi (Magritte, Modern, Oldmasters et Fin-de-Siècle) : 13€
www.fine-arts-museum.be
 
- À voir aussi à Bruxelles :
Henry van de Velde, jusqu’au 12 janvier 2014.
Champ brodé (art brut), jusqu’au 19 janvier 2014.
 
- Bruxelles est à 1h22 de Paris avec le Thalys qui propose 25 liaisons quotidiennes entre les 2 villes. À partir de 22€.
www.thalys.com