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Patrimoine

Château de Blérancourt - le nouveau musée franco-américain

Château de Blérancourt
Château de Blérancourt - entrée du musée
Anne Morgan
Blerancourt - nouveau musée
Blérancourt - vue du musée
Affiche propagande pour l'AFS
Blerancourt. Conservatrice Carole Gragez
Salon Pavillon Anne Morgan
Blerancourt - A. Morgan et A. Murray Dike
La liberté éclairant le monde
Pavillon Anne Morgan
Blérancourt - Porche entrée

Œuvre d’une femme, Anne Morgan, pionnière de l’humanitaire dans la Grande Guerre, le musée national du château de Blérancourt (Aisne), a rouvert ses portes au public le 4 juillet 2017, après dix ans de travaux. C’est le seul musée d’art et d’histoire en France consacré aux relations entre la France et les États-Unis, du XVIIe siècle à nos jours.

Le château de Blérancourt est avant tout l’histoire et l’œuvre d’une femme : Anne Morgan (1873-1952), fille du richissime banquier et collectionneur John Pierpont Morgan, fondateur de la Morgan Library and Museum de New York. Indépendante et militante pour la cause des femmes, notamment des ouvrières, elle s’est déjà mobilisée aux États-Unis pour soutenir leur accès à la culture. Amoureuse de la France où elle séjourne régulièrement depuis 1903, elle va s’y installer lorsque la Grande Guerre éclate, et s’engager à l’instar d’une Edith Wharton, avant même l’entrée en guerre des États-Unis.

Du château au musée contemporain

Elle s’investit auprès de l’American Fund for French Wounded (AFFW) pour collecter des fonds pour les soldats blessés et fournir les hôpitaux en matériel médical. À partir de 1917, aidée d’Anne Murray Dike, médecin américaine et de bénévoles de l’AFFW, elle se rapproche du front des combats et sur les terres du château de Blérancourt en ruine, dans l’Aisne, près de Noyon, déploie les baraquements de l’AFFW. Anne Morgan crée aussi une section civile de l’AFFW pour aider les populations civiles, et en mai 1918 le Comité américain pour les régions dévastées(CARD) qui aide à reconstruire les villages, les hôpitaux et les écoles. D’autres formations de volontaires américains vont se consacrer au transport des blessés français depuis le front vers les hôpitaux. Ainsi l’American Field Service (AFS) créé en 1915 et qui a pour devise : « Tous et tout pour la France ». Les véhicules (le plus souvent le célèbre modèle T, fabriqué en série par Ford depuis 1907) sont achetés aux États-Unis et envoyés en France.

Un an après la fin de la guerre, en 1919, Anne Morgan achète les ruines du château et commence à le faire restaurer. Situé dans le petit village de Blérancourt, le château édifié au XVIIe siècle par Salomon de Brosse, architecte de la reine Marie de Médicis et créateur du Palais du Luxembourg, a été en grande partie détruit à la Révolution. Il en reste une partie considérablement abaissée ainsi que deux pavillons d’angle. Des fouilles ont par ailleurs révélé des vestiges d’une construction féodale, dont un pont conservé lors des travaux de restauration du château, mais seulement visible sous la passerelle d’accès au nouveau musée. Dommage.
Anne Morgan s’installe dans l’un des pavillons et y séjournera de 1924 à 1947. Aujourd’hui consacré à sa mémoire, son atmosphère évoque parfaitement le décor dans lequel elle a vécu. L’autre pavillon a été transformé en bibliothèque en 2011.

En 1923, Anne Morgan crée l’association Les Amis de Blérancourt et décide de reconstruire en partie le château pour disposer d’un musée ; l’ensemble légué au village sera transféré à l’État en 1931, devenant musée national. L’ambition est de célébrer l’amitié franco-américaine et de mettre en lumière les valeurs communes : la liberté et la défense des Droits de l’Homme, les arts et la culture. Fondée en 1985, l’association American Friends of Blérancourt rejoindra le projet.

Les Idéaux, les Épreuves et les Arts

Fermé durant dix ans pour construire une nouvelle extension conçue par les architectes Yves Lion et Alan Lewitt, et effectuer des fouilles, le musée franco-américain du château de Blérancourt a rouvert au public le 4 juillet 2017 (coût 14 M€), avec une muséographie signée Adrien Gardère (scénographe du Louvre-Lens). Elle est composée de trois partie : "les Idéaux", "les Épreuves" et "les Arts". Parmi les œuvres phares des Idéaux de liberté et de démocratie nés de la philosophie des Lumières : La Liberté éclairant le Monde, un plâtre de Bartholdi modèle de la colossale statue offerte par la France aux États-Unis à l’occasion du Centenaire de l’Indépendance. Mais aussi des bustes de Franklin et Jefferson par Houdon et de La Fayette par Dalou. Une huile sur toile du Départ de La Fayette pour les États-Unis en 1777 par Hubert Robert et une autre, émouvante, de La Fayette sur son lit de mort par Ary Scheffer ; rompant avec les traditionnelles représentations glorieuses. Une gravure de Thomas Paine, défenseur de la démocratie laïque, acteur de l’Indépendance américaine et de la Révolution française. Un buste du révolutionnaire Saint-Just, qui était natif de Blérancourt. Et plusieurs documents, objets et estampes témoignant de la longue et difficile route vers l’abolition de l’esclavage en France et aux États-Unis.

Partie centrale et très réussie du musée, le "Temps des épreuves" commence par la participation française à la guerre d’indépendance américaine (1776-1783) et se termine en 2009, date d’intégration de la France à l’OTAN. Avec un accent tout particulier mis sur la Première Guerre Mondiale, l’engagement américain et les actions menées par Anne Morgan, pionnière de l’humanitaire dans cette Grande Guerre. Documents, photographies, dessins d’artistes au combat (comme Jean Hugo et Lucien Hector Jonas) et objets (telle cette ambulance de l’American Field Service) témoignent de la vie quotidienne durant la guerre, puis dans les villages dévastés.

La partie consacrée aux échanges culturels et aux Arts réserve quelques œuvres inédites avec notamment cet immense tableau représentant la Rue de Broadway (1855) par Hippolyte Sebron, traduisant la fascination exercée sur les Européens par l’Amérique. L’inverse est tout aussi vrai avec ce grand portrait de la Vicomtesse de Poilloüe de Saint-Périer (1883) par John Singer Sargent ou cette Place de la Bastille par Frank Myers Boggs (1882). À noter aussi un portrait de Peggy Guggenheim par Alfred Courmes, parfaitement dans le style des années Art Déco et celui de Romaine Brooks (1912) par Jean Cocteau. Une salle contemporaine réunit une trentaine de tableaux et sculptures dont New York (1944), gouache de Fernand Léger ; Fond Bleu, lignes blanches et marron (1935), huile de Calder ou encore une gouache de Sam Francis de 1980. Un petit espace documentaire propose des livres, des vidéos d’interviews de personnalités franco-américaines et des extraits de films.

On ne quittera pas le château de Blérancourt sans un détour par les jardins qui se visitent librement. À l’abri des hauts murs de l’ancien potager du château du XVIIe siècle, ces cinq jardins (printemps, été, jaune, bleu et du souvenir) sont composés de plantes d’origine américaine, découvertes en même temps que le nouveau continent et importées en Europe dès les débuts de l’époque moderne.

Catherine Rigollet (reportage 22 juin 2017)

Visuels : © L’Agora des Arts. Sauf La liberté éclairant le monde par Frédéric Auguste Bartholdi. Photo RMN - Grand Palais.

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Anne Morgan Agrandir l'image (pop up)

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Blerancourt. Conservatrice Carole Gragez Agrandir l'image (pop up)

Salon Pavillon Anne Morgan Agrandir l'image (pop up)

Blerancourt - A. Morgan et A. Murray Dike Agrandir l'image (pop up)

La liberté éclairant le monde Agrandir l'image (pop up)

Pavillon Anne Morgan Agrandir l'image (pop up)

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Musée Franco-américain du château de Blérancourt
33, place du General Leclerc 02 300 Blérancourt
Tarif plein : 6€
Entrée libre aux jardins
Tous les jours, sauf mardi
De 10h à 12h30 et de 14h à 17h30
Tél. 03 23 39 14 71
www.museefrancoamericain.fr
 
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