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Expo à Paris

Critical Dictionary

Une phrase sibylline tirée de l’entrée “Informe” du Dictionnaire Critique écrit par Bataille et autres contributeurs, et publié en 1929, est supposée donner le ton à l’exposition : “Un dictionnaire commencerait à partir du moment où il ne donnerait plus le sens mais les besognes des mots…”. On en retient le mot besognes avec son double sens de travailler dur ou de faire l’amour, qui permettra des contiguïtés inédites. Intrigué par cette introduction, nous voici confronté à huit juxtapositions, le plus souvent sculpture et peinture, qui se déclinent diversement et permettent une libre interprétation. Bataille est vite oublié, et les dialogues fonctionnent plutôt bien.

Petite sélection subjective : une toile gestuelle de Mary Weatherford, combinée (au sens que lui donnait Rauschenberg) avec un néon, surveille un manuscrit illuminé de la fin du 15ème siècle. Le lien ? Les jeux lumière/enluminure et peinture gestuelle/calligraphie. Autre paire : si Donald Judd usait du rouge cadmium dans ses œuvres minimalistes des années 60, c’est parce qu’elle mettait mieux en valeur les volumes et les textures que d’autres couleurs. Rouge aussi, la cape portée par St. Jérôme dans le tableau de Guido Reni voisin. Élémentaire mais efficace.
En regardant avec attention la toile abstraite de Joe Bradley, Real Goon, 2017, on croit y retrouver, plus mobile, plus vivante, la représentation rituelle hiératique en bois clair (la teinte se retrouve sur la toile) d’un chef ghanéen datant de 1900.
Mais le plus beau dialogue s’exerce entre une Madone à l’Enfant de Paolo Schiavo, peintre florentin du début du 15e siècle, et un bloc d’albâtre dans lequel Anish Kapoor a creusé une niche dorée à la feuille qui semble prête à accueillir dans ses rondeurs quasi anthropomorphes une statue sacrée. En revanche, aucune interprétation n’a été trouvée dans le rapprochement de la sculpture hyperréaliste, grandeur nature, d’un étudiant par Duane Hanson avec les formes biomorphes peintes par Magritte et les dessins plus géométriques de Kandinsky.

Si l’on aime tenter de deviner les intentions des commissaires, si l’on pense avec modestie que sa propre interprétation vaut bien la leur, si on accepte d’oublier Georges Bataille et ses écrits, alors il faut se rendre Rue de Ponthieu. Les œuvres sont toutes intéressantes et le mystère de leur appariement ajoute au plaisir de la découverte.

Elisabeth Hopkins

1er face à face : À gauche : Donald Judd, untitled, 1991. À droite : Guido Reni, Saint Jérôme, c. 1605–10.
2e visuel : À gauche : Chambers 3 (2016), sculpture d’Anish Kapoor, À droite : La Vierge en trône avec l’Enfant (vers 1440-1445) de Paolo Schiavo.

Archives des expos à Paris
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Du 1er juin au 28 juillet 2018
Galerie Gagosian
4 rue de Ponthieu, Paris 8e
Du mardi au samedi, de 11h à 19h
Entrée libre
www.gagosian.com