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Expo à Paris

Cubisme, 1907-1917

Est-ce à Matisse ou au critique d’art Louis Vauxcelles que l’on doit le mot “cubisme” ? Peu importe. Tous deux parlent de “cubes” devant Le Viaduc à l’Estaque, début 1908 de Georges Braque chez Kahnweiler, le jeune galeriste qui a su parier sur Picasso et Braque dès son arrivée à Paris. Le mot s’installe en 1909.

Au début, avant le cubisme, il y a Gauguin et son utilisation de “l’extra occidental”, Cézanne qui lâche la dissolution, la dilution impressionnistes et revient à une nature figurée par des cylindres, sphères et cônes, et la sculpture africaine que l’on retrouve dans les visages-masques de Picasso (Autoportrait, 1907). À leur contact, Braque et Picasso font éclore un nouvel idiome pictural, basé sur la mise à plat des volumes et la disparition de la perspective dans les paysages, natures mortes, voire portrait pour Picasso (Portrait d’Ambroise Vollard, hiver 1909-printemps 1910), le galeriste représenté tout en facettes, et pourtant ressemblant, sur fond déstructuré en camaïeu de gris. Les rejoindront vite Léger et Gris. Alors que leurs œuvres sont peu vues jusqu’en 1911, il existe un Cubisme de Salon. Y figurent Albert Gleizes, qui peignit le premier portrait cubiste, (“c’était le mien”, dit Apollinaire dans ses Méditations Esthétiques : Les Peintres Cubistes, 1913), Jean Metzinger, Marcel Duchamp, Picabia et les Delaunay. Ils se fondent sur des principes mathématiques mais restent encore dans la ligne traditionnelle du “sujet”. Si Apollinaire y voit “l’éclatement” du Cubisme, c’est néanmoins là qu’est lancé le Cubisme. Les commissaires leur ont fait bonne place en soulignant les similitudes et les différences entre leurs œuvres et celles du quarteron de Kahnweiler.

Lors de leur séjour à Céret en 1911, Braque et Picasso, qui ne veulent pas tomber dans l’abstraction, expérimentent avec les formes cryptiques (cercle + lignes droites = guitare) ou des métonymies visuelles (une crosse de violon représente l’instrument) et des lettres essaimées ici et là. À chacun de décrypter. Plus tard, on voit fleurir collages, assemblages, papiers collés (Braque, Le petit éclaireur, 1913). L’œuvre bi-dimensionnelle devient objet ; Picasso peint Nature morte à la chaise cannée, 1912 sur une toile cirée et ceint l’œuvre ovale d’une corde en guise de cadre. À force de tentatives sur les formes, les volumes et les matériaux simples, l’œuvre devient sculpture (Grande guitare, 1914, Picasso). Henri Laurens reprend le flambeau, avec ses sculptures abstraites mais colorées (Clown, 1915).

Vers 1913-14, le Cubisme évolue vers des toiles plus colorées, plus mouvementées. Fernand Léger contraste formes et couleurs puis retourne au sujet pendant que Juan Gris fait du décoratif. Apollinaire, toujours lui, qualifie d’“orphisme” cette peinture de contrastes de couleurs qui s’affranchit plus encore de la figuration. Et dans les salons cubistes, des peintres étrangers, comme Malevitch, Archipenko et Mondrian exposent leurs œuvres aux côtés des peintres français. Las, la guerre éclate, envoyant au front non seulement Apollinaire mais Duchamp, Villon, Gleizes et André Mare qui peint sur le vif des carnets d’observation (Prisonniers turcs, Mont Tomba, Déc.1918), alors que Picasso et Gris restent “à l’arrière”, comme l’on dit alors. Après avoir, juste au moment de la déclaration de guerre, créé un portrait qui rassemble les caractéristiques du Cubisme - papier collé, peinture, volumes à plat, confettis de couleurs- (Portrait de jeune fille, juillet-août 1914), Picasso travaille sur le ballet Parade. Son rideau de scène (1917) témoigne d’un retour à la figuration. Le Cubisme innovateur, révolutionnaire, disparait, non sans avoir solidement pavé la voie de l’abstraction et de l’art moderne en général.
Une exposition richement documentée et illustrée qui pourra être vue au Kunstmuseum de Bâle (Suisse) du 31 mars au 5 août 2019.

Elisabeth Hopkins

Archives des expos à Paris
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Du 17 octobre 2018 au 25 février 2019
Centre Pompidou - 75004
Ouvert tous les jours, sauf le mardi
De 11h à 21h
Nocturne le jeudi jusqu’à 23h
Entrée : 14 €
www.centrepompidou.fr
 
Visuels : Pablo Picasso, Autoportrait, 1907. Huile sur toile, 56 x 46 cm. Národní Galerie, Prague © The National Gallery, Prague, 2018 © Succession Picasso 2018.
Georges Braque, Broc et violon, 1909-1910. Huile sur toile, 116,8 x 73,2 cm. Kunstmuseum Basel, Bâle © Kunstmuseum Basel, photo Martin P. Bühler © ADAGP, Paris 2018.