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Expo en France

Dufy au Havre

Sa vie durant, Raoul Dufy (1877-1953) n’a jamais oublié le Havre, sa ville natale, qui lui a offert ses motifs favoris et lui a permis d’aller poursuivre sa formation à Paris en lui accordant une bourse, comme elle le fit aussi pour Eugène Boudin et Othon Friesz. Et le Havre n’a pas oublié Dufy, lui consacrant l’exposition phare de son événement estival : Un Été au Havre 2019.

Riche de 85 toiles et œuvres sur papier issues de la collection du MuMa (qui possède 128 Dufy de toutes les périodes), mais aussi de collections privées et publiques avec des œuvres jamais montrées, l’exposition est centrée sur les œuvres de Dufy peintes au Havre, ou réalisées de mémoire quand il s’en éloignait. Elle offre un large panorama du parcours de l’artiste, de ses aquarelles de jeunesse jusqu’à ses dernières expérimentations sur la lumière et la couleur pour son ultime série des Cargos noirs.

Si Eugène Boudin, autre havrais, n’y a vu le plus souvent que des ciels orageux et des mers tempétueuses, Dufy en faisant peu à peu hurler les couleurs d’un fauvisme…qui restera toutefois contenu, a surtout retenu la liesse des régates, la foule se pressant sur le port pour regarder rentrer les bateaux, les baignades ensoleillées au pied des estacades, les drapeaux multicolores claquant au vent.

Toutes ses compositions, ligne d’horizon placée très haut – ou absente-, sont parsemées de petits motifs récurrents : papillons, roses, baigneuses ou encore détails d’architectures, notamment des balcons en ferronnerie (Nature morte au poisson et aux fruits, 1920-22 / L’Artiste et son modèle dans l’atelier du Havre, 1936). Dufy est un coloriste et a le goût de la décoration. Faisant virevolter sa touche, il sature ses toiles de toutes les nuances du bleu, du céruléen au cobalt. « Et c’est bien au Havre que le peintre mouille sa peinture de bleu » assure Sophie Krebs, Conservateur général du Patrimoine au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, co-commissaire de l’exposition avec Annette Haudiquet, directrice du MuMa.

Sur le plan formel, Dufy passe des formes simplifiées comme La rue pavoisée (1906), à une géométrisation proche du cubisme sous l’influence cézanienne (Le Casino Marie-Christine au Havre, 1910), pour finir par une libération du trait avec ces ondulations, boucles, arabesques, et ces milliers de petits V comme autant de vagues (L’Entrée du port du Havre, vue de la chapelle Notre-Dame-des-Flots à Sainte-Adresse, vers 1924-1926). « Je suis bien installé face à la mer. Nous avons beau temps, mais quelle différence avec la fixité et l’éclat de la lumière du Midi. Ici, l’aspect change mille fois par jour », écrit-il à Andry-Farcy vers 1923-24, heureux d’avoir « sous les yeux les plus beaux spectacles maritimes que l’on puisse rêver ».

Feront exception à cette soif de couleurs vives et de gaité, ses premières œuvres de jeunesse comme la toile Fin de journée au Havre imprégnée du réalisme de la dure vie des dockers portant le charbon et son ultime série des Cargos noirs à la fin des années 1940… Mais loin d’être des toiles sombres elles constituent l’aboutissement de ses recherches sur la question de la lumière-couleur. Dufy y fait sortir la lumière du noir, lui ouvre d’infinies possibilités colorées. « Alors que Dufy vit ses dernières années au bord de la mer Méditerranée, c’est le paysage du Havre qu’il choisit pour mener ses nouvelles recherche », souligne Annette Haudiquet. Sur cette émouvante série aux ombres fantomatiques entreprise après-guerre, plane la tragédie des bombardements qui ont laissé le centre du Havre en ruines, et la mort prochaine de l’artiste.

Catherine Rigollet

- Catalogue Raoul Dufy au Havre, 240 pages. 29,50 €

Visuels : Dufy, L’Estacade du casino Marie-Christine au Havre. Vers 1906. Huile sur toile, 64,8 x 80 cm. Milwaukee Art Museum. Don de Mme Harry Lynde Bradley.
Dufy, Nature morte au poisson et aux fruits, vers 1920-1922. Huile sur toile, 92 x 73cm. Nice, musée des Beaux-arts Jules Chéret, legs de Mme Raoul Dufy, 1963.
Dufy, Fête maritime et visite officielle au Havre, vers 1925. Huile sur toile, 91,5 x 111 cm. Le Havre, legs de Mme Raoul Dufy, 1963.
Dufy, Le Cargo noir, 1952. Huile sur toile, 81 x 100 cm. Lyon, musée des Beaux-Arts.

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Du 18 mai au 3 novembre 2019
MuMa - Musée d’art moderne André Malraux
2, boulevard Clémenceau 76600 Le Havre
Du mardi au vendredi, de 11h à 18h
Jusqu’à 19h le week-end
Tarif plein : 10 €
Tél. 02 35 19 62 62
www.muma-lehavre.fr
 
- Le Havre a fêté ses 500 ans en 2017 autour de nombreux événement culturels et festifs, révélant au monde sa richesse patrimoniale et artistique. Depuis, la ville réitère l’événement Un Été au Havre avec des installations d’art contemporain dans l’espace public et des expositions. Sous le commissariat de Jean Blaise, l’édition 2019 se tiendra du 29 juin au 22 septembre 2019.
Olivier Grossetête ouvre la saison en reconstruisant la ville en carton le samedi 29 juin et la détruit le dimanche 30 juin. Stephan Balkenhol envahit la rue avec ses personnages en apparence banals mais pourtant étranges. Erwin Wurm construit sa "Narrow House" sur le modèle du Home Sweet Home de ses parents autrichiens. Aux Jardins Suspendus, Henrique Oliveira a fait pousser un arbre aux racines tentaculaires à l’intérieur d’une ancienne poudrière ("Sisyphus casemate"). Susan Philipsz fait entendre le souffle de la mer dans l’église Saint-Joseph, chef-d’œuvre d’Auguste Perret. Antoine Schmitt pixelise de lumières blanches les cheminées de la Centrale EDF. On retrouve aussi les œuvres pérennes de Vincent Ganivet et sa "Catène de containers" multicolores ou encore "L’Impact" de Stéphane Thidet...