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Expo à Paris

Les peintres et les voix de l’au-delà

Originaires du Nord de la France, ils étaient mineurs, cafetiers ou plombiers quand un jour, ils ont entendu des voix venues de l’au-delà, leur enjoignant de se mettre à peindre, eux qui n’avaient jamais touché aux arts plastiques auparavant. Le musée Maillol, à Paris révèle l’immense talent de ces peintres médiumniques.

Son fonds d’art brut a fait la renommée du LaM de Villeneuve d’Ascq, près de Lille. Pour cette exposition, le musée Maillol lui emprunte une centaine d’œuvres, mais donne un tour nouveau aux œuvres de trois de ses peintres majeurs, Fleury-Joseph Crépin (1875-1948), Augustin Lesage (1876-1954) et Victor Simon (1903-1976), en explorant leurs inspirations spirites...

En préambule, Frederic Logez, peintre contemporain, comme eux du Nord de la France, illustre leurs trois biographies sur un mode BD en parallèle avec leur portrait dessiné en pied. Ils sont ouvriers, artisans et mediums ou guérisseurs. Trois travailleurs qui n’ont aucun lien avec le monde de l’art jusqu’au jour où ils entendent des voix leur enjoignant de s’armer de couleurs. Sous cette égide, sans se soucier du temps qu’ils y mettent, ils créeront des œuvres fouillées, minutieuses, symboliques, empreintes de spiritualité, qui partagent un même goût pour la couleur, la symétrie, les formes géométriques et l’orient. Elles intrigueront puis séduiront André Breton et Jean Dubuffet, qui leur collera l’étiquette art brut en 1945.

Tout commence au milieu du 19e siècle dans le monde anglo-saxon avec le “spiritualism” (traduit en français par “spiritisme”) qui fait vite des adeptes par-delà les frontières, et devient un vrai phénomène de société dont les caricaturistes s’emparent avec joie. Théorisé en 1857 par Allan Kardec qui soutient que les morts peuvent communiquer avec les vivants, le spiritisme séduit des sommités intellectuelles telles que Victor Hugo et Conan Doyle, Pierre et Marie Curie et même Freud. Pour écouter les disparus, les vivants s’équipent de guéridons, de tables ouija, de mains spirites et autres artefacts que l’on voit ici exposés ou photographiés au cours de séances de tables tournantes. Dans les milieux populaires, le spiritisme fait des adeptes et suscite des vocations d’artiste. C’est un collectionneur et critique d’art, Anatole Jakovsky (1903-1981) qui découvre les trois peintres du Nord lors de leur première exposition à Paris en 1945.

C’est au fond de la mine en 1912 que Lesage, peintre prolixe qui laissera quelque 800 toiles, entend la voix qui lui dit qu’il sera peintre, voix qui continuera de guider son pinceau. D’abord abstraites, ses toiles accueillent après la guerre, des architectures, parfois orientales, puis des figures et des motifs égyptiens.

Simon, alors cafetier, entend les voix en 1933 et se lance dans des toiles grand format d’un temple idéal qu’il garde pour lui, mais crée de petites toiles où, au centre des motifs géométriques, figurent des entités spirituelles. Guérisseur, il dirige aussi un journal et écrit des livres. Sa dernière toile, La Toile Jaune, 1971, nous offre un monde onirique où l’homme vit hors de l’espace et du temps, dans un bain de spiritualité.

En 1939, les voix investissent le serrurier-plombier Crépin d’une vraie mission : qu’il peigne 300 tableaux et la guerre finira puis qu’il peigne 45 tableaux merveilleux, et la paix règnera dans le monde. Il achève son 300e tableau la veille de l’armistice de 1945, mais mourra trois ans plus tard n’ayant peint que 43 tableaux merveilleux ! Symétriques et géométriques, joyeusement colorées, ses toiles se distinguent par les innombrables points de peinture en relief (il disait en peindre mille par heure).

Les œuvres spirites ne sont pas l’exclusivité des hommes. Des femmes reçoivent des messages de l’au-delà : Madge Gill et Elise Müller, entre autres et on appréciera leurs œuvres tout comme les toiles aux formes biomorphes ou géométriques de Hilma af Klint, medium et théosophe suédoise, qui ne fut vraiment reconnue que des décennies après sa mort ou Yvonne Cazier, entrée dans le 21e siècle avec ses formes flottantes abstraites.
L’installation holographique de Laurent Abitbol est supposée vous permettre de rentrer en communication avec les esprits de certains artistes... On n’a pas été convaincue. Une exposition bien documentée et illustrée qui ré-enchante notre monde pour un temps.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Victor Simon, La Toile judéo-chrétienne, 1937. Huile sur toile, 194,5 x 298 cm. LaM, Villeneuve D’Ascq. Photo : © Nicolas Dewitte / LaM
Augustin Lesage, Néfertiti, 1952. LaM, Villeneuve d’Ascq © Adagp, Paris, 2019
Photo : N. Dewitte / LaM.

Archives des expos à Paris
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10 juin au 1er novembre 2020
Musée Maillol
61, rue de Grenelle - 75007 Paris
Tél : +33(0)1 42 22 57 25
Le musée est ouvert tous les jours en période d’exposition temporaire, de 10h30 à 18h30.
Nocturne le vendredi jusqu’à 20h30.
Entrée : 13,50 €
www.museemaillol.com