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Expo à Paris

Foujita, œuvres d’une vie

Lorsque Foujita meurt à Zurich en 1968, il a abandonné son prénom japonais, Tsuguharu, pour Léonard, est devenu français et catholique. Son premier séjour à Paris date de 1913, suivi dans les années 30 de voyages en Amérique Latine, en Chine et en Asie du Sud-Est, puis au Japon où il est incorporé, en tant que peintre, dans l’armée impériale. À la fin de la guerre, des déboires avec les pacifistes japonais l’incitent à quitter le Japon pour les États-Unis, avant de revenir définitivement en France en 1950. Une vie de grand voyageur, une double appartenance japonaise et française, des relations féminines marquantes, la traversée de deux conflits mondiaux, le premier en spectateur depuis la France, le second en acteur au Japon, voilà de quoi nourrir l’œuvre peint de l’artiste.

Les 36 œuvres exposées reflètent, à chaque étape de ce périple, la variété de son style et les grandes lignes de son inspiration. Le musée Maillol offrait, il y a quelques mois, un éclairage sur les tableaux du Foujita des Années Folles.
Qui ne connait le visage de Foujita, abondamment photographié ou peint par lui-même avec sa frange noire, sa moustache, ses lunettes rondes et ses anneaux d’oreille ? On en voit deux dans l’exposition reprenant toutes les caractéristiques de finesse de trait, d’observation du détail, qu’il atteindra après de premières toiles de style occidental, assez banales (Les portes de Paris, 1914). Il s’intègre facilement à l’École de Paris, moins une école qu’un rassemblement d’artistes, souvent étrangers, qui s’installent dans la capitale pour peindre en liberté.

Sa première exposition en 1917, une centaine d’aquarelles, est un succès immédiat. Foujita se marie une première fois, puis rencontre sa seconde femme surnommée Youki, “neige” en japonais, pour la blancheur de sa peau. C’est l’époque des grands tableaux blancs, des odalisques ¬à la chair laiteuse – un genre non pratiqué au Japon. Les délinéations des courbes féminines sont faites à l’huile avec un pinceau aussi fin qu’une plume et soulignées par une ombre grise ; la présence d’un chat exalte l’érotisme de la toile (Nu allongé au chat, 1931). Mais très vite, le peintre abandonne Youki dans les bras de Robert Desnos et s’embarque pour l’Amérique latine, puis la Chine et le Japon avec une nouvelle conquête. Sa palette se couvre de couleurs vives pour décrire, de façon réaliste, les populations rencontrées en Amérique latine, en Chine (Lutteurs à Pékin, 1931) puis s’assombrit pour de grandes toiles de batailles, peintes à la demande de l’empereur du Japon pour célébrer le courage des combattants japonais, et remarquablement précises dans les descriptions des armes ou des uniformes (Morts héroïques sur l’ile d’Attu, 1943).

On gardera Adoration, 1962-63 pour la fin. La toile surprenante reprend la structure et la thématique des Primitifs flamands, y compris la présence des donateurs – Foujita lui-même, cheveux de neige – et annonce les fresques de la Chapelle de Reims, sa dernière œuvre. D’intéressantes découvertes qui élargissent notre connaissance du talent du peintre amoureux des femmes et des chats de gouttière.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Foujita, Les Portes de Paris, 1914, huile sur toile, 33.7x41.7 cm, Pola Museum of Art, Kanagawa. © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2018.
Foujita, Madeleine au Mexique, 1934, huile sur toile, 91x72.5 cm, The National Museum of Modern Art, Kyoto. © Fondation Foujita /Adagp, Paris, 2018.
Foujita, Adoration, 1962-63, huile sur toile, 114x143 cm, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2018.
Visuel page d’accueil : Foujita, Nu à la toile de Jouy, 1922. musée d’Art moderne de la Ville de Paris / Roger-Viollet © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2018.

Archives des expos à Paris
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Du 16 janvier au 16 mars 2019
Maison de la Culture du Japon
101 bis, quai Branly
75015 Paris
Ouvert du mardi au samedi, de 12h à 20h
Entrée : 7 €
www.mcjp.fr
 
À visiter : La maison atelier de Foujita à Villiers-le-Bâcle (Essonne)
https://www.lagoradesarts.fr/-Maison-atelier-Foujita-.html