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Expo à Paris

Josef Koudelka. Ruines : « le mariage de la beauté et du temps »

Pendant près de trente ans, Josef Koudelka a arpenté environ 200 sites archéologiques du pourtour méditerranéen, dont il a tiré des centaines de photographies panoramiques en noir et blanc. De ce projet singulier, la Bibliothèque nationale de France présente 110 tirages monumentaux dans une mise en scène qui nous invite à nous promener dans la beauté des ruines.

Photographe nomade et marcheur, Josef Koudelka (né en 1938 en Moravie, actuelle République tchèque) parcourt la planète depuis les années 1960. Si ses photographies de gitans, du Printemps de Prague ou des exilés (https://www.lagoradesarts.fr/-Josef-Koudelka-La-fabrique-d-exils-.html) ont souvent été exposées, on connait moins sa série Ruines, résultat d’un travail personnel, libre de tout commanditaire et sans financement, au cours duquel il a sillonné dix-neuf pays, de la France à la Syrie, en passant par le Maroc, la Sicile, la Grèce ou la Turquie, pour photographier les hauts lieux de la culture grecque et latine, berceaux de notre civilisation.

C’est sa première image de ruines au sanctuaire d’Athena, en 1991, qui va donner le point de départ à ce travail sur le paysage lié à la culture. Car son objectif n’est ni de faire une typologie des sites, ni d’immortaliser les ruines antiques tel un archéologue, ni de les figer dans une vision romantique, mais en revenant régulièrement sur les mêmes lieux, d’enregistrer les évolutions liées au passage destructeur du temps et des hommes. De montrer la nature reprenant ses droits. Ni poétiques, ni touristiques, ni nostalgiques, ni politiques, les ruines de Koudelka nous parlent du passé, du présent et de l’avenir. Un point de vue engagé qui ouvre à la fois un moment de contemplation esthétique et de réflexion historique sur la symbolique des ruines dans notre monde contemporain.

Dans la lignée des photographies archéologiques du 19e siècle, Koudelka a opté pour un format panoramique, mais avec une vision différente, sans horizon, privilégiant les gros plans sur les colonnades, les statues, les murs de pierres, telle cette énorme main issue d’une statue fracassée et qui semble empoigner les ruines du temple d’Hercule à Amman, en Jordanie. Il a aussi choisi le noir et blanc pour donner davantage d’unité visuelle à des images prises à des périodes différentes.

« Faire une bonne photo est la seule chose importante », confie celui qu’Henri Cartier-Bresson considérait comme son « frère » en photographie et dont il avait décelé l’« œil de peintre ». Un homme patient qui, après avoir enfin trouvé le bon endroit, peut attendre parfois des heures la bonne lumière pour voir comment le lieu est révélé par la course du soleil au fil de la journée, et vivre enfin l’émotion en prenant la photo. Avec ce questionnement en tête : comment faire ressentir aux gens cette même émotion une fois la photo développée…qui n’est plus qu’image sur une feuille de papier ?

Catherine Rigollet

Archives des expos à Paris
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Du 15 septembre au 16 décembre 2020
BnF - site François Mitterrand
Galerie 2
Tarif plein : 9€
Réservation : 01 53 79 49 49
www.bnf.fr

Visuels : Josef Koudelka, Citadelle d’Amman, Temple d’Hercule, Jordanie, 2012. Main et coude en marbre appartenant à une statue colossale, probablement Hercule (IIe siècle). © Josef Koudelka / Magnum Photos.
Vue de l’expo « Ruines » à la BnF, 14 septembre 2020. © L’Agora des Arts.
Josek Koudelka, Delphes, Grèce, 1991. Colonnes doriques du sanctuaire d’Athéna © Josef Koudelka / Magnum Photos.


- Cette exposition est accompagnée d’un don exceptionnel consenti par le photographe au département des Estampes et de la photographie de la BnF de près de 170 tirages issus de cette même série.