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L’Ange du bizarre. Le romantisme noir, de Goya à Max Ernst

mardi 12 mars 2013

L’Ange du bizarre. Le romantisme noir, de Goya à Max Ernst
Du 5 mars au 9 juin 2013
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur – 75007 Paris
Tous les jours, sauf le lundi, de 9h30 à 18h
Le jeudi jusqu’à 21h45
Plein tarif : 12€
Tél. 01 40 49 48 14
www.musee-orsay.fr

 

- Très beau catalogue sous la direction de Côme Fabre et Felix Krämer. Avec 289 illustrations. Coédition Musée d’Orsay-Hatje Cantz. 45€

La Mort et le fossoyeur de Carlos Schwabe, œuvre très gothique à l’affiche de l’exposition l’Ange du bizarre au Musée d’Orsay, donne d’emblée le ton mystérieux, fantastique et émotionnel des 200 œuvres mises en scène au musée d’Orsay pour illustrer les multiples facettes du « romantisme noir ».
Forgée par le professeur de littérature anglaise Mario Praz (La Chair, la Mort et le Diable, le romantisme noir, 1930), cette expression fait référence à un vaste courant de l’art occidental, qui, nourri des inquiétudes des temps de crise, a mis en évidence à partir des années 1760-1770, la part d’ombre et d’irrationnel dissimulée sous les lumières de la Raison. En France, mais aussi un peu partout en Europe, peintres, graveurs et sculpteurs ont rivalisé d’imagination avec les poètes et romanciers pour évoquer ou suggérer les mystères de la nuit et son cortège de fantômes, les superstitions liées aux sorcières, spectres et démons, la noirceur de la psyché humaine, la toute-puissance du rêve avec sa part obscur de refoulé, etc. Parmi les maîtres en la matière : Goya et ses scènes de cannibalisme ou ses vols de sorcières, Eugène Delacroix dans ses interprétations de Dante, Victor Hugo avec ses châteaux sombres et hantés, mais aussi Caspar David Friedrich, William Bouguereau, William Blake, Gustave Moreau, Odilon Redon, Léon Spilliaert, etc…témoignent avec virtuosité de cet art de l’imaginaire au service des manifestations incontrôlées du corps et de l’inconscient. Un imaginaire inquiétant, cruel, mais aussi sensuel et d’une grande liberté qui culmine chez Félicien Rops, pape de l’érotisme satanique ou chez Johann Heinrich Füssli dans ce jouissif Cauchemar dans lequel la belle endormie semble davantage se pâmer que frémir. Englobant le courant symboliste, le « romantisme noir » s’est même immiscé parmi les surréalistes avancent les commissaires de l’exposition, Côme Fabre et Felix Krämer. Max Ernst confessait avoir toujours eu plus ou moins consciemment à l’esprit les tableaux et les idées de Friedrich et avoir été attiré par l’art du romantisme allemand. Le monumental Radeau de la Méduse de Géricault lui a aussi inspiré vers 1926 son tableau Le radeau. André Breton collectionnait des dessins de Victor Hugo et d’autres artistes tels Hans Bellmer, Man Ray, Luis Buñuel, René Magritte, ou Salvador Dali partageaient un intérêt pour l’art romantique. Leurs œuvres, dans lesquelles l’imaginaire triomphe de la réalité, portent en elles, l’esprit même du romantisme noir, selon les commissaires de l’exposition, Côme Fabre (conservateur au musée d’Orsay) et Felix Krämer (conservateur au Städel museum de Francfort).
Le cinéma fantastique en fut pareillement irrigué et l’exposition projette une douzaine d’extraits de films de réalisateurs qui se sont inspirés de ce courant comme Buñuel, Murnau ou Fritz Lang. Conçue à Francfort, sur les bords du Main, dans la ville natale de l’auteur de Faust, cette exposition a donc pour ambition de renouveler notre regard sur le romantisme en mettant en exergue son versant le plus sombre. Elle souhaite aussi prouver que le romantisme noir ne se limite pas à une période ni à un style, mais que cet état d’esprit né lors de la tourmente révolutionnaire à la fin du XVIIIe siècle en Europe, qui s’est épanoui au début du XIXe siècle puis a eu des résurgences avec le symbolisme de la fin du XIXe, s’est poursuivi jusqu’au surréalisme des années 1920-1930. La grande galerie de sorcières, de fantômes et de cauchemars mise en scène dans une ambiance feutrée est souvent d’une effrayante beauté, mais elle pêche aussi par un excès d’œuvres, dont certaines à la limite du contexte diluent un peu le propos, particulièrement en fin de parcours.

Catherine Rigollet

Visuel page expo : Carlos Schwabe (1866-1926). La Mort et le fossoyeur, 1900. Aquarelle, gouache et mine de plomb, 76 x 56 cm. Paris, musée d’Orsay, conservé au musée du Louvre, legs Michonis, 1902, RF 40162 bis recto. © Musée d’Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt.
Visuel page d’accueil : Johann Heinrich Füssli (1741-1825). Le Cauchemar (The Nightmare), 1781. Huile sur toile, 101,6 x 126,7 cm. Detroit, Detroit Institute of Arts, Founders Society, inv. 55.5A © Bridgeman Art Library.