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"Une sélection des meilleures expositions à voir actuellement à Paris et en Ile de France"

Expo à Paris

L’esprit français. Contre-cultures (1969-1989)

Cette première exposition après l’annonce par Antoine de Galbert de la fermeture de la maison rouge en 2018, est sans conteste “estampillée maison rouge”. Sur les cimaises, ni collection privée, ni découverte d’une ville, mais focus sur les marginalités de la culture et de la création, troisième vecteur de la programmation de la maison rouge depuis une douzaine d’années.

Ne vous attendez donc pas à une exposition d’œuvres d’art. Mais plutôt à une mise en parallèle des “contre-cultures” et de l’histoire – la petite et la grande – qui vous emmène de l’après-68 à la chute du mur de Berlin. Si vous avez vécu Mai 68, la libération sexuelle, si vous auriez pu voter pour Coluche président, si vous regrettez la disparition de Hara-Kiri et des forts des Halles, si les livres de Guy Hocquenghem trônent sur votre table de nuit, si vous admiriez Mesrine, précipitez vous à la maison rouge. Une débauche d’archives de presse, de livres et autres documents, de vidéos, de peintures ou sculptures, souvent humoristiques, parfois vulgaires ou dénuées d’intérêt vous attendent. Prévoyez une lente et longue visite, il y a à lire (énormément), à voir (beaucoup) et à entendre…Un voyage passionnant, souvent irritant, dans les arcanes d’une certaine forme d’iconoclastie.

À vous donc les illustrations des figures déviantes, des francs-tireurs, des dissidents de l’histoire, de l’art, des philosophes de la controverse et de leurs œuvres. En bref, les “représentant(e)s acceptables de la contestation contre-culturelle”, pour citer les commissaires, pendant les années du “conservatisme chic et moderne de Pompidou et Giscard d’Estaing” et de “l’idéalisme institutionnalisé des années Mitterrand”.

Sur quoi s’attarder dans les centaines d’objets exposés, dans les illustrations des moments marquants ? Citons les reportages sur les derniers guillotinés ; l’affaire Gabrielle Russier (avec une intéressante résonance dans le milieu politique actuel) ; les banlieues rebelles (rien n’a donc changé) ; le sida qui va de pair avec l’homosexualité enfin sortie du placard ; Hara Kiri, ressuscité avec une série de ses couvertures ; l’humour provocateur de Copi.

On ne peut pas parler de tout. On a donc choisi trois œuvres : Hommage au putain inconnu, 1973 de Michel Journiac qui réunit un squelette habillé et les mots “au putain inconnu” sur fond de drapeau tricolore. Une œuvre dérangeante, ne fût ce que sur le plan sémantique. Puis les tableaux-patchworks de Kiki Picasso, membre du groupe Bazooka ; tableaux d’actualité des années 70, Giscard, Moruroa, Centre Pompidou. Enfin, l’installation qui clôt bruyamment l’exposition : Conte Cruel de la jeunesse, 2017 de Claude Lévêque, qui enferme, derrière deux grillages, des choses aussi passionnantes et variées que un ou plusieurs nez rouge de clown, masque à gaz, packs de bière, des jouets, des câbles, et j’en passe. Une illustration de la chanson éponyme de Bérurier Noir, groupe de la scène punk : « on était une bande de jeunes. À déambuler dans la rue…. On a mis nos masquards de clowns… »

Sans aller aussi loin que les commissaires qui, avec cet impressionnant travail documentaire, veulent prouver que c’est “par ses marges que la France a produit ce qu’elle a de meilleur”, on accepte bien volontiers que ce bousculement des valeurs, ces tir de bazooka sur les institutions, ces coups de pied dans la rigidité de la société d’alors, cette créativité qui ne se donnait aucune contrainte morale ou esthétique, ont contribué à la faire évoluer de manière positive sur bien des plans. Merci donc à la provocation quand elle s’allie au talent et à l’humour. Hélas, on le voit ici, elle s’allie bien souvent aussi à la vulgarité.

Elisabeth Hopkins

Visuel : Michel Journiac, Hommage au Putain Inconnu, 1973. Archiv Acquaviva, Berlin. Courtesy Galerie Christophe Gaillard, Paris.
Visuel vignette : Pierre et Gilles, Marie-France, 1980. Courtesy Pierre et Gilles.

Archives des expos à Paris
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Du 24 février au 21 mai 2017
La maison rouge /Fondation Antoine de Galbert
10, boulevard de la Bastille - 75012 Paris
Ouvert du mercredi au dimanche, de 11h à 19h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
Entrée : 10€
www.lamaisonrouge.org
 
- Catalogue sous la direction de Guillaume Désanges et François Piron, co-édition La maison rouge et Ed. La Découverte, 320 pages. 35€ 1969-