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Des lieux de patrimoine et des maisons d’artistes à visiter. L’occasion de balades "découvertes culturelles et artistiques"
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Patrimoine

La Cité royale de Loches

Loches - Logis royal
Loches - Grande Salle
LOCHES-Oratoire
Loches-Oratoire-Anne-de-Bretagne
Loches - Grandes Heures A. de Bretagne
Loches - Grandes Heures A. de Bretagne
Loches
Donjon de Loches
Loches - Graffiti
Loches - Cage de fer

En 2018, la Cité royale de Loches inaugure un nouveau parcours interactif. Une plongée à travers cinq siècles d’histoire.

L’histoire de la Cité Royale de Loches est marquée par les femmes. Jeanne d’Arc s’y rend en mai 1429 pour convaincre Charles VII qui y séjourne, de se faire couronner à Reims. Première favorite de Charles VII, la belle Agnès Sorel (1422-1450), immortalisée par le célèbre portrait (dite Vierge de Melun), que fit d’elle Jean Fouquet (1452-1455) s’y installe, laissant son nom à l’une des tours du château. Anne de Bretagne (1477-1514), reine de France y réside à plusieurs reprises de 1492 à 1511, faisant agrandir le logis royal édifié un siècle plus tôt et construire un petit oratoire dans le style gothique flamboyant, décoré avec des motifs d’hermine (référence à la Bretagne). Il ne s’agit plus de se défendre, mais de se faire voir. Le château défensif perché sur son éperon rocheux cède le pas à la résidence plaisir appréciée de la dynastie des Valois.

C’est aussi à la demande de la reine que le peintre tourangeau Jean Bourdichon (1457-1521) réalise Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne (vers 1505-1510), un chef d’œuvre composé de 476 pages et de 337 enluminures, dont on voit une copie éditée en 1848. Il s’agit en réalité de deux « codex » en un : un Livre d’Heures avec des scènes bibliques et une encyclopédie naturelle illustrée de la faune et de la flore qu’Anne de Bretagne admirait en Touraine. Sa projection au mur, de manière animée et zoomée, offre une belle plongée dans cette riche iconographie. C’est l’un des nombreux attraits de la nouvelle scénographie qui vient d’être entièrement repensée par Jean-François Thull, directeur du monument. Une scénographie qui évite la tentation de reconstituer, mais préfère « évoquer » l’histoire des lieux et de ses personnages emblématiques. Notamment par des installations sonores, comme dans la Grande Salle, principal espace de vie publique du souverain et de sa cour, qui bruisse des complots fomentés contre Agnès Sorel. Tandis que le décor de la chambre de la reine rappelle que cette cour très féminine et raffinée influença le développement des arts.

Une nouvelle scénographie qui va de pair avec une réorganisation du parcours en juin 2018 pour permettre aux visiteurs de mieux comprendre l’histoire et l’architecture complexe du logis royal, bijou d’architecture remanié de nombreuses fois, parfois en partie déconstruit comme les écuries du XVIe siècle, détruites en 1806 pour édifier une cour et un jardin, par ordre du préfet. Un logis royal indissociable du donjon monumental haut de 36 mètres, érigé par le Comte d’Anjou Foulques Nerra au XIe siècle, bien qu’il en soit distant de 300 mètres. D’où l’importance du nouveau parcours conçu pour rendre le chemin entre les deux plus attractif, avec des panneaux explicatifs balisant cette promenade dominant l’Indre. Elle conduit aussi aux deux tours (Tour du Martelet et Tour neuve) ajoutées au XVe siècle, et qui avec la Tour-Porte constituent une plongée dans l’univers carcéral de la fin du Moyen Age. On y découvre un exemple de cage de fer reconstituée grandeur nature évoquant les heures sombres de l’enfermement sous le règne de Louis XI, fils de Charles VII. Mais aussi de nombreuses inscriptions et gravures sur les murs (scènes religieuses, croix, calvaires, animaux, navires, visages, et même une grande inscription en latin) avec des traces de polychromie, témoignages des prisonniers qui se sont succédé dans ces lieux. Prison d’État du XVe au début du XIXe siècle, elle devient départementale et le restera jusqu’en 1926.

Une visite passionnante, à poursuivre jusqu’à Chinon, pour y découvrir une autre exceptionnelle forteresse médiévale d’Indre-et-Loire, marquée elle-aussi par la présence de Charles VII.

Catherine Rigollet
Photos : © L’Agora des Arts, 2018