L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

Des lieux de patrimoine et des maisons d’artistes à visiter. L’occasion de balades "découvertes culturelles et artistiques"
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Patrimoine

La Fabuloserie - Musée d’art hors-les-normes / Art brut

Alain Bourdonnais- Les Turbulents
Emile Ratier
Francis Marshall - histoire de Mauricette
Jephan de Villers
Daniele Marie Chanut
François Portrat

La Fabuloserie ! l’architecte et sculpteur Alain Bourdonnais (1925-1988) ne pouvait trouver nom plus approprié pour sa maison-musée-jardin abritant les trésors de sa collection d’art brut, d’art « hors les normes », lui suggéra Jean Dubuffet souhaitant que le terme « art brut » soit réservé à sa propre collection ! Dans cet espace labyrinthique aussi singulier que les quelque 1 200 œuvres qui y sont exposées et parfois même s’y entassent (comme les Turbulents, de gros personnages truculents confectionnés par Alain Bourbonnais lui-même à l’aide de matériaux de récupération, et animés par des mécanismes simples), on croise tous les noms désormais célèbres de l’art brut. Mais aussi des dizaines d’autres « créateurs », qui ne se disaient ou ne se pensaient pas artistes, qui ne sortaient pas d’une école d’art, mais qui ont créé de véritables œuvres d’art, avec une inventivité spontanée, poussés par un besoin vital, souvent de manière obsessionnelle. Chacun de leur univers est unique et authentique. Leurs œuvres sont surprenantes, insolites, étranges, parfois drôles, quelque fois angoissantes, expression du rêve, de la folie, ou de la souffrance…

Parmi eux, Émile Ratier (1894-1984), paysan doué pour le travail du bois et qui devenu aveugle se met à fabriquer des sculptures mobiles. Aloïse Corbaz (1886-1964), internée pour schizophrénie à 32 ans et qui toute sa vie dessine des scènes colorées, souvent monumentales, peuplées de femmes aux grands yeux bleus et de couples d’amoureux. Michel Nedjar (né en 1947), ex-tailleur juif traumatisé par les pogroms, confectionne des poupées fétiches en tissu, fasciné par la magie et obsédé par les cadavres brûlés et les corps mutilés. Jephan de Villers (né en 1940) et ses figurines en racines, écorces, bogues et bois mort.

Treizième enfant d’une famille paysanne lombarde, Giovanni Podesta (1895-1976), maçon, carabinier puis manœuvre ayant vécu les deux guerres ne se sent plus en phase avec la société contemporaine matérialiste ; pour exprimer son désarroi face à la perte des valeurs spirituelles, il crée des sculptures symboliques aux couleurs vives et scintillantes réalisées avec de multiples objets de récupération, qu’il accompagne d’écriteaux porteurs de messages moralisateurs, et fait des tournées prophétiques dans sa ville arborant barbe, cheveux longs et grand manteau coloré couvert de motifs iconographiques liés à la mort. Il a aussi entièrement peint à la main sa propre salle à manger, déménagée à la Fabuloserie. Titanesque !

Choc émotionnel garanti dans la salle abritant l’histoire de Mauricette racontée par Francis Marshall (né en 1947) : série de personnages en tissu charbonneux et poussiéreux, ligotés de ficelles, symboles de tous les tabous et les obligations qui nous entravent dès notre naissance. Plutôt angoissant ! Les amoureux d’architectures extraordinaires ne manqueront pas les constructions oniriques du psychologue-clinicien Philippe Mahaut (né en 1950), dessinés à partir de paysages réels, comme les falaises d’Étretat constituées de buildings serrés les uns contre les autres. Fabuleux !
Petit coup de cœur pour les livres-sculptures de Danielle Marie Chanut dont nous suivons le travail depuis des années et à laquelle nous avons consacré un grand portrait (https://www.lagoradesarts.fr/Rencontre-dans-l-atelier-de-Dan...). Par suite de son exposition à La Fabuloserie-Paris en 2018, elle a fait don de son Veau d’Or au musée de Dicy.

« Le jardin habité » de La Fabuloserie, paysagé par Alain Bourbonnais autour d’une grande pièce d’eau, est agrémenté de sculptures comme La Petite Afrique de Jules Damloup, le théâtre baroque de François Portrat (1884-1976) et les personnages grandeur nature en ciment polychrome de Camille Vidal (1884-1977). Le plus extraordinaire est Le Manège de Pierre Avezard, dit Petit Pierre (1909-1992). Souffrant d’une infirmité qui le rend presque sourd-muet et d’un visage déformé par une maladie génétique qui lui attire de méchants quolibets, il s’isole dans son métier de garçon vacher tout en créant l’œuvre de sa vie : un « manège », ou plutôt une installation constituée de dizaines de manèges en métal peint : petit train, avions, camions, vaches… Tous animés par des moteurs, poulies, courroies, fil de fer, grâce à l’inventivité de ce talentueux bricoleur qui se plaisait à montrer son manège au public, l’animant en pédalant sur un vélo fixe. Sauvée de l’abandon, démontée et reconstruite à La Fabuloserie, son œuvre fête ses 30 ans en 2019 et fonctionne toujours… à l’électricité ! Un chef-d’œuvre de féerie et de poésie.

Catherine Rigollet
Photos : L’Agora des Arts, août 2019

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La Fabuloserie
Musée d’art hors-les-normes / art brut
1, rue des Canes 89120 Dicy
Prévoir 2 heures de visite
Visite libre à l’intérieur du musée - visite guidée du parc
Tarif plein : 10€
Tél. 03 86 63 64 21
www.fabuloserie.com
D’avril à novembre