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"Le Talisman" de Paul Sérusier. Une prophétie de la couleur

dimanche 3 février 2019

Du 29 janvier au 28 avril 2019
Musée d’Orsay
Tous les jours, sauf lundi, de 9h30 à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h45
Tarif plein : 14 €
www.musee-orsay.fr

En 1888, Paul Sérusier qui séjourne à Pont Aven, peint une toile de veine naturaliste représentant un couple de paysans bretons, en tenue traditionnelle, dans le sombre intérieur de leur chaumière (Intérieur à Pont-Aven). Quelques semaines plus tard, Émile Bernard lui présente Paul Gauguin, qui comme lui s’est lancé dans une simplification et un cloisonnement des plans colorés. « Comment voyez-vous cet arbre ? Il est bien vert ? Mettez donc du vert, le plus beau vert de votre palette ; et cette ombre, plutôt bleue ? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible », lui aurait dit Gauguin en se promenant avec lui au Bois d’Amour. Les conseils de ce dernier vont totalement bouleverser sa façon de peindre. Sérusier se saisit d’une toute petite planche de bois et, en rupture totale avec sa manière de peindre, réalise une étonnante abstraction colorée qu’il nomme Paysage au Bois d’Amour, ce fameux « Talisman » (27 x 21,5 cm), élevé au rang d’icône de l’histoire de la peinture.

Balayé l’académisme, le bois est devenu une juxtaposition de masses colorées peintes au pinceau et même au doigt. Primauté est désormais donnée à l’expressivité des couleurs. De retour à Paris, Sérusier emballé par cette nouvelle manière de peindre entraîne avec lui d’autres jeunes artistes de l’Académie Julian, tels Bonnard, Denis et Vuillard. Le groupe des Nabis (« prophètes » en hébreu) est né. Ils puisent leur inspiration dans le synthétisme de Gauguin, cette technique de simplification des formes, d’utilisation de couleurs pures posées en aplats, d’emploi d’un cerne foncé pour délimiter les masses, et dans le symbolisme. Ils ne copient plus d’après nature, mais en rêvant devant elle.

L’exposition Le Talisman de Paul Sérusier revient sur l’histoire de cette œuvre iconique des collections du musée d’Orsay, la scrute en s’appuyant sur les dernières recherches, présente des tableaux peints par Sérusier dans la foulée (La Pluie sur la route, 1893 ; Le Bois rouge, 1895), rappelle, avant même l’arrivée de Sérusier à Pont Aven, les premières audaces stylistiques d’Émile Bernard (Madeleine au Bois d’Amour, 1888 ; L’Arbre jaune, 1888), réalisées en même temps que les recherches de synthétisme de Gauguin. Puis est évoquée la réception de Talisman par les artistes de l’époque et son influence sur leurs toiles. Ainsi ce Paysage rocheux (vers 1891), traité en juxtaposition de bandes et aplats de couleurs par Charles Filiger, les Arbres verts (1893) de Maurice Denis, ou encore l’étrange Marine bleue (vers 1893) de Georges Lacombe, avec ces vagues colorées comme des plumes de paon.

Dans le même temps, Sérusier poursuit ses recherches sur la couleur et le symbolisme, produisant vers 1910 une série de toiles composées de formes géométriques sur des fonds abstraits (Tétraèdres, 1910). Des œuvres radicales. Son Talisman toutefois ne sera publiquement exposé qu’en 1943 par Maurice Denis, à la galerie Parvillée à Paris, seize ans après sa mort.

Catherine Rigollet

Visuels : Paul Sérusier, Intérieur à Pont-Aven, 1888, Huile sur toile, Musée de Pont-Aven.
Paul Sérusier, Le Talisman, dit aussi Paysage au Bois d’Amour, vers 1888. Huile sur bois, 27 x 21,5 cm. Paris, musée d’Orsay. Au dos du tableau il est écrit : "sous la direction de Gauguin".
Émile Bernard, Madeleine au Bois d’Amour, vers 1888. Huile sur toile, 137 x 163 cm. Paris, musée d’Orsay.
Photos : L’Agora des Arts, 28/01/2019.