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« Une sélection des meilleures expositions en France »

Expo en France

Les sculpteurs du travail : : Meunier, Dalou, Rodin...

Belle thématique développée par le Musée Camille Claudel que celle des « sculpteurs du travail ». Belle et étonnante idée car c’est sans doute la première fois qu’une exposition rassemble sur ce sujet les œuvres de cette période florissante de l’art statuaire de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, entre 1880 et 1920. Pourquoi la représentation du travail se diffuse-t-elle à partir de 1870/1880 ? Les années 1880 signent la naissance du syndicalisme en Europe et en France et la loi de Waldeck Rousseau autorise la création du syndicalisme. Dans la foulée, les grandes grèves de 1886 à Vierzon puis en 1899 jusqu’à 1901 au Creusot bouleversent le monde du travail. Le regard des intellectuels, des artistes et particulièrement ici des sculpteurs, posé sur les travailleurs se transforme, devenant plus « social ». Une transformation radicale qui sous-entend que la sculpture, cet art de commande, va devoir se passer de commanditaires ou s’en trouver de nouveaux, voire travailler en indépendant. Cette exposition développe brillamment l’évolution de la représentation du travail dans la sculpture.

Dans une première section, le travail est traité comme une allégorie qui trône sur les façades des gares, des grands magasins voire du Musée du Louvre. Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) signe un plâtre patiné représentant L’Agriculture sous la forme d’un homme allongé à côté d’une vache, un modèle pour le pavillon de Flore au Louvre. L’avènement de la IIIe République voit apparaitre les premiers travailleurs en action tels l’orfèvre de Bartholdi (1834-1904) ou La porteuse de pain de Jules Coutan (1848-1939) un des petits métiers parisiens. Quant au Forgeron de Victor Prouvé, il représente paradoxalement le progrès industriel, car ce travailleur est présent dans toutes les usines pour réparer les nouvelles machines. Puis les sculpteurs montrent l’horreur. Constantin Meunier (1831-1905) signe Le Grisou. Femme retrouvant son fils parmi les morts en 1889, un écho au Germinal de Zola paru quatre ans avant. Paul Roger-Bloche (1865-1943) réalise une œuvre angoissante La faim, où une femme tente vainement de nourrir son enfant. Et pourtant, aucun sculpteur ne fait écho à la catastrophe minière de Courrieres en 1906, une des plus importantes catastrophes minières de tous les temps (1 099 morts). Mais, sans doute, aucun commanditaire n’a fait appel à un sculpteur pour immortaliser ce drame ! Au tournant du XXe siècle, naissent des projets de monuments-hommages au travail, Auguste Rodin (1840-1917) imagine une tour du travail dont la base est soutenue par les mineurs et le sommet par les poètes, symbole des travailleurs toujours en bas de l’échelle sociale et des intellectuels tenant « le haut du pavé ».

Cette exposition importante historiquement et artistiquement comprend cent cinquante œuvres provenant de vingt-trois institutions différentes de France et de Belgique, mises en valeur par une intéressante scénographie où les teintes grises, ocrée ou vert pâle s’associent aux cubes en bois naturel qui mettent en valeur le bronze ou le plâtre des sculptures. Il faut profiter de cette exposition pour visiter le passionnant Musée Camille Claudel.

Françoise Chauvin

Visuels : Anatole Guillot, Frise du travail [détail], vers 1900-1903, grès émaillé, manufacture Émile Muller, 73 x 76 x 30 cm © Musée des Beaux-Arts de Troyes / photo : Carole Bell, Ville de Troyes.
Jules Dalou, Terrassier, 1901. Plâtre patiné, 78 x 30 x 20 cm. © CCO Paris Musées / Petit Palais.

Archives des expos en France
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Du 26 septembre 2020 au 7 mars 2021
Musée Camille Claudel
10, rue Gustave Flaubert, 10400 Nogent-Sur-Seine
Du mardi au vendredi de 11h à 18h
Le samedi et le dimanche de 11h à 19h
Tarif plein : 7€
Tél. 03 25 25 51 70
www.museecamilleclaudel.fr