L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

« Livres d’art. Sélection de nouveautés ». Par Catherine Rigollet
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Les livres

Décrypter les symboles dans l’art

Le chien est souvent associé à la loyauté, la balance à la justice, la chouette à la mort, le lis à la pureté…Pour autant, interpréter un symbole n’est pas toujours évident, car sa signification s’est parfois diversifiée avec le temps, elle varie selon les cultures et les religions, sans compter que chaque plante, animal, objet, forme, geste, peut avoir plusieurs sens. Il en va ainsi du serpent, un objet de fascination et de mysticisme dans la culture aztèque, mais qui représente généralement le péché en occident. Ce petit guide écrit par Matthew Wilson, historien de l’art, dévoile une cinquantaine des symboles visuels les plus courants et les plus intrigants à travers le monde, de 2300 avant notre ère jusqu’à aujourd’hui. Chacun est illustré d’une ou plusieurs œuvres (peinture, sculpture, photographie, installation…).
Prenons l’arc-en-ciel, illustré ici par le tableau La Couleur (1778-1780) de Angelica Kauffmann. Avec d’autres symboles venus du ciel comme le soleil, la lune ou les aigles, il représente souvent un lien entre dieux et mortels, explique l’auteur. Les mythes navajos, amérindiens et nordiques comportent tous des arcs-en-ciel évoquant un message divin. C’est aussi l’attribut d’Iris, messagère céleste dans la mythologie gréco-romaine. En Chine, il augure un événement favorable comme le mariage. L’arc-en-ciel fait aussi voir l’union des couleurs et figure parmi les emblèmes célébrant l’harmonie, tel le drapeau de la paix ou celui du mouvement LGBTQ.
Organisé en six sections (le ciel et la terre, les plantes, les oiseaux, les bêtes, les corps, les attributs), cet outil précieux vous aidera à décoder une œuvre d’art. À mieux comprendre ce que l’artiste a voulu nous dire. Certaines œuvres resteront toutefois insolubles, telle Melencolia I (1514), cette gravure d’Albrecht Dürer chargée d’une complexité énigmatique de symboles, dont un sablier figurant dans le coin supérieur droit de la composition qui continue de susciter d’infinis et passionnants débats.

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Matt Wilson
Flammarion
Coll. l’art en poche
23/09/2020
176 pages
150 ill.
138x216 mm
12€


Guide du patrimoine en France

Après le confinement, voilà un guide idéal pour trouver cet été des idées de balades à la découverte des richesses et de la diversité du patrimoine français. Classés par régions et départements, 2 500 monuments et sites, publics et privés, ouverts à la visite (au minimum trente jours par an) et protégés par l’État en raison de leur intérêt historique, artistique ou architectural sont recensés.
Des plus modestes telle la Maison des chanoines à Landunvez dans le Finistère, édifiée au XVIe siècle, aux plus grandioses comme le Palais du Louvre à Paris. Des plus anciens, tel le site préhistorique de Solutré-Pouilly en Saône-et-Loire aux plus contemporains comme la Fondation Vasarely, ensemble construit entre 1973 et 1976 et traité comme une sculpture lumino-cinétique monumentale. Chaque patrimoine recensé est décrit, illustré le plus souvent et complété d’infos pratiques. Une carte les situe en préambule de chaque département et un index alphabétique en fin de volume facilite les recherches.
À garder sous la main tout l’été et au-delà…

C.R

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Éditions du Patrimoine
Parution 9 juillet 2020
952 pages
1 500 ill.
Prix : 19,90€


Histoires de dessins - Frac Picardie-Hauts-de-France

Créé en 1983, le Fonds régional d’art contemporain de Picardie Hauts-de-France a bâti sa collection dès les premières années sur le dessin contemporain. Ce livre-catalogue présente les œuvres essentielles de cette collection et donne la mesure des transformations du dessin à l’aune d’une approche élargie d’un art qui abolit toujours plus avant les frontières entre disciplines et pratiques.

Conçu en trois grands chapitres, comme trois expositions, par trois commissaires invités (Joëlle Pijaudier-Cabot, Laurent Busine et Dominique Abensour), l’ouvrage aborde trois thèmes et une période déterminée de l’histoire de l’art contemporain. Soit : de la fin des années 1950 au cœur des années 1980 pour « Promenades & souvenirs ». De la fin des années 1980 au début des années 2000 pour « Le hasard & le vagabond ». Et des années 2000 à 2010 pour « À dimensions variables ».
Retraçant une aventure artistique inaugurée voici trente-cinq ans, Histoires de dessins réunit plus d’une centaine d’artistes, d’Alberola à Bob Wilson en passant par Basquiat, Baselitz, Couturier, Debré, Dubuffet, Dumas, Hartung, Kentridge, Messager, Michaux, Monory, Penone, Saura, Twombly, Ubac, etc. et autant d’œuvres reproduites. Il décrit la diversité des pratiques aux multiples formes (du signe graphique à la narrativité du dessin, jusqu’à son déploiement dans l’espace, au-delà du papier), de sa capacité à combiner à l’infini les matériaux, les supports et les techniques, de son autonomie, mais aussi de sa capacité à s’allier à d’autres formes d’expression non artistique. Une attestation de la richesse et de la créativité du champ du dessin, forme accomplie de l’art.

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Collectif
Editions Frac Picardie Hauts-de-France
Diffusion In Fine éditions d’art
208 pages, 143 ill.
Parution : 17/09/2020
15,8 x 21 cm
29€


Plein air. De Corot à Monet

Prévue initialement du 27 mars au 28 juin, l’exposition Plein air. De Corot à Monet à Giverny, a été annulée en raison des difficultés d’acheminement des œuvres et des contraintes liées au confinement. Elle reste accessible sur Google Arts et Culture, jusqu’au 30 août 2020 et a fait l’objet d’un catalogue. Retraçant l’histoire de la peinture en plein air du XVIIIe siècle jusqu’en 1873, année qui précède celle de l’invention du terme « impressionnisme », abondamment illustré, il consolera un peu tous ceux qui avaient projeté de faire le voyage à Giverny pour ce voyage en plein air.
En 1708, le traité Du paysage de Roger de Piles (1635-1709) conseille aux peintres de travailler en plein air. S’ils ne sont pas les premiers, car dès le XVIIe siècle des paysagistes ont pratiqué le lavis sur le motif pour stimuler leur imagination, les impressionnistes vont s’adonner à cette peinture « sur le vif », dans la nature, comme en ville, avec enthousiasme, au nom de la sincérité et de la spontanéité, sans chercher à produire une simple copie littérale de la nature, mais soucieux de réaliser un acte créateur. Si à l’extérieur l’esquisse à l’aquarelle sur carnets est aisée, la peinture à l’huile est plus contraignante et l’attirail -ombrelle, pliant, boîte à couleurs, feuilles de papier ou petites toiles- encombrant à trimballer. D’abord transportée dans des vessies, la couleur mise en tubes dans les années 1860 va leur faciliter le travail et libérer leur créativité, leur permettant de transcrire l’impression qu’ils éprouvent face au motif. Des artistes voyageurs aux premiers impressionnistes en passant par l’Ecole de Barbizon, le catalogue reproduit un ensemble de 110 œuvres d’artistes français (Granet, Corot, Daubigny, Courbet, Boudin, Monet, Manet, Bazille, Sisley…), mais aussi anglais (Jones, Turner, Constable…), et italiens, ces fameux macchiaioli désignés ainsi pour leur peinture construite avec de larges taches (macchie) d’ombre et de lumière, tels Fattori, Sernesi ou Abbati.

C.R

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Collectif sous la direction de Marina Ferretti Bocquillon
Ed. Gallimard, 2020
224 pages, 175 ill.
29€


Les éditions Beaux-Arts Paris en version numérique

Les éditions Beaux-Arts de Paris avec le soutien du CNL (Centre National du Livre) se sont engagées dans un programme de numérisation de leur catalogue. À ce jour 45 ouvrages sont disponibles en version numérique, sélectionnés parmi les titres du catalogue. Ils permettent d’en savoir plus sur la collection patrimoniale des Beaux-Arts de Paris mais également sur l’histoire des artistes contemporains.
Exemples d’ouvrages : catalogues des expositions montrées au Palais des Beaux-Arts comme « Images en Lutte » (exposition sur Mai 68), carnets d’étude sur les expositions patrimoniales du cabinet des dessins Jean Bonna comme celle sur les dessins de Léonard de Vinci qui a connu un grand succès. Ou encore les ouvrages de la collection « Écrits d’artistes » qui présente des écrits, entretiens, journaux et mémoires d’artistes modernes et contemporains majeurs, de la scène artistique française et internationale comme ci-contre Giuseppe Penone, mais aussi : Lee Ufan, Jaques Monory, Yves Klein, Jimmie Durham, Jean-Jacques Lebel... Ces ouvrages sont diffusés sur plusieurs plateformes dont Cultura.com, Decitre, Furet du Nord…

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https://www.beauxartsparis.fr/fr/editions
10,99€


Comprendre l’art antique

Les ravages du temps, des guerres et des catastrophes naturelles ont tellement anéanti l’art grec et romain qu’il ne semble se composer que de ruines impressionnantes et de fragments brisés. Pourtant, ces réalisations n’ont jamais perdu leur pouvoir de fascination comme en témoigne l’engouement du public pour des sites comme l’Acropole, le Pont du Gard ou Pompéi.
« Si l’Égypte rechigne à innover, la Grèce est témoin de changements techniques et esthétiques rapides », lance en introduction à son ouvrage Susan Woodford. Et les Romains qui les admirent vont eux-aussi faire émerger de nouvelles formes artistiques qui ne cesseront d’exercer par la suite une vaste influence. Pour les Grecs comme pour les Romains, sculptures et peintures doivent être esthétiquement et techniquement « dernier cri », même si la fonction d’une œuvre est religieuse en Grèce, décorative chez les Romains. Le bronze va permettre au sculpteur de renouveler les postures des statues de pierre, de lui donner un souffle vital comme le magistral Discobole de Myron. Un bronze antique hélas disparu mais maintes fois copié par les Romains.
Si les hommes sont représentés nus, les femmes sont habillées ; les artistes perfectionnant le réalisme et la finesse des drapés…et des formes féminines. Sur les architectures, les décors sculptés conjuguent forme, récit et souvent message, tels ces décors du Parthénon. Chez les Romains, la Colonne Trajane est un chef-d’œuvre dans l’art du récit sculpté. N’oublions pas que les statues grecques étaient rehaussées de couleurs vives, même s’il en reste souvent peu de traces, pour des raisons diverses. Une polychromie sur pierre et son évolution chez les romains peu abordée par Susan Woodford. On peut le regretter.
Dans leurs peintures sur bois (hélas disparues) et sur céramique (mieux conservées), les Grecs ont aussi fait preuve de finesse d’exécution ; la séduction du décor étant la meilleure façon de rendre le récit convainquant, comme ces céramiques illustrant l’Iliade et l’Odyssée. La technique des figures noires où les détails sont incisés produit des œuvres d’un grand raffinement comme celle de l’artiste Exékias (Ajax et Achille jouant aux dés (amphore), vers 540-530 av. J.-C. Une autre technique va émerger, portée par des artistes comme Euthymidès ou Polygnote : celle des figures rouges sur fond noir, offrant encore plus de possibilités d’effets, sur céramique comme en peinture murale.

En sculpture, tandis que les premiers nus féminins apparaissent sous l’impulsion de Praxitèle vers 350 av. J.-C., les artistes recherchent les postures les plus naturelles. Dans la veine naturaliste, un joyeux Faune dansant datant du IIIe siècle av. J.-C. en Grèce sera copié en Italie. L’une de ces « copies » romaines en bronze de 71 cm a été découverte au milieu d’un bassin à Pompéi, dit de la Maison du Faune. Une des créations typiques de la seconde moitié du IIè siècle av. J.-C. est la célèbre Vénus de Milo (Louvre). Imprégnés de culture grecque, les Romains vont produire des copies en grand nombre.

Dans le même temps, la peinture se diversifie, les artistes grecs apprennent à créer des effets de lumière et d’espace dans les différents sujets abordés sur fresque ou mosaïque : nature morte, paysage, portrait, scène de genre ; techniques qu’ils lèguent aux Romains. Ces derniers vont rivaliser d’ingéniosité pour les adapter, notamment pour magnifier leurs modèles, individualiser les visages. À Pompéi et Herculanum ont été retrouvées des peintures murales qui portent l’héritage grec. Mais on y voit aussi de nouvelles peintures en trompe-l’œil, cent pour cent romaines, comme cette superbe et colorée Célébration des Mystères ornant la Villa des Mystères à Pompéi (voir visuel dans l’article sur l’exposition « Pompéi » au Grand Palais.). Un type de fresques répandu à Pompéi et conjuguant ouverture spatiale avec élégance stylistique. La culture romaine va se propager dans l’immensité géographique de l’Empire tout en s’hybridant par la rencontre avec d’autres traditions. Même après la chute de l’Empire romain, cet art trouvera un écho dans l’art byzantin et dans l’art chrétien médiéval.
Ce nouvel ouvrage, bien documenté, complété d’un glossaire et d’un tableau chronologique, met en avant l’audace créative des Grecs et la sagacité des Romains qui l’ont adaptée à leurs propres fins. Une excellente introduction à la visite de l’exposition Pompéi au Grand Palais.

C.R

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Flammarion
Susan Woodford
Coll. L’art en poche
Paru 03/06/2020
176 pages
150 ill.
12€


Herbier de Joséphine

Connue pour sa réputation sulfureuse, l’impératrice Joséphine Bonaparte (1763-1814) a gardé, de son enfance à la Martinique, un goût certain pour la végétation luxuriante et les plantes exotiques. Acheté en 1799, le domaine de Malmaison devient son refuge et voit naître sa passion pour la botanique, doublée d’une véritable ambition : faire venir des graines de toutes espèces de tous les continents (particulièrement d’Afrique du Sud, « le paradis sur terre ») et créer « le plus beau et le plus curieux jardin de l’Europe » avec mission de propager ses collections dans tous les jardins botaniques de France. La mode veut que les dames apprennent la nomenclature de Linné, herborisent et confectionnent des herbiers. Joséphine va aller bien au-delà. Elle fait planter, construire des serres, dont une chaude plus grande que celle du Muséum d’Histoire naturelle, s’adjoint les services de botanistes reconnus, et ceux de l’artiste Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) qu’elle nomme son « peintre de fleurs » en 1805. À travers cet herbier imaginaire illustré de planches de Redouté, Catherine de Bourgoing nous propose un voyage au temps des expéditions épiques, où la recherche de plantes rares s’apparentait à une véritable chasse au trésor. Elle nous dévoile également une facette de la personnalité de l’Impératrice jusque-là peu connue : son goût pour l’art des jardins et l’horticulture.

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Catherine de Bourgoing
Ed. Flammarion
Paru le 06/11/2019
256 pages - 196 x 244 mm
Couleur - Relié sous jaquette
ISBN : 9782081482333
19,99€


Zaha Hadid : Complete Works 1979–Today

En 2016, quelques mois avant sa mort, l’architecte anglo-iraquienne (née à Bagdad en 1950) organisait une rétrospective de son œuvre à Venise, au Palazzo Franchetti. Architecture, peintures, dessins, maquettes se succédaient dans ce magnifique palais du 16e siècle, attestant de la formidable inventivité de Zaha Hadid. Célèbre pour ses formes architecturales audacieuses, associant lignes fluides et ondoyantes, pointes, plans superposés et lignes tendues donnant alors à ses créations complexité et légèreté, la fougueuse, avant-gardiste, mais aussi très controversée Hadid se décrivait comme cherchant sans cesse, expérimentant sans se lasser.
Première femme à avoir reçu le prix Pritzker d’architecture (2004) et la prestigieuse médaille d’or royale RIBA (2016) décernée annuellement par le Royal Institute of British Architects, avec son partenaire de longue date Patrik Schumacher, désormais directeur de Zaha Hadid Architects, elle a laissé une empreinte indélébile sur le monde de l’architecture et figure aujourd’hui parmi les artistes les plus renommés du déconstructivisme (à l’instar de Frank Gehry), ce mouvement né dans la seconde moitié du XXe siècle, visant notamment à repenser la variété des formes géométriques en remettant en question les canons architectoniques.

Le London Aquatics Centre à Londres, l’Hôtel Morpheus à Macao, le Dongdaemun Design Plaza à Séoul, le pavillon pont à Saragosse, le Musée MAXXI à Rome (musée d’art du XXIe siècle), le stade Al Janoub au sud de Doha, l’Opéra de Guangzhou et le spectaculaire nouveau terminal aéroportuaire de Beijing en Chine, jusqu’à l’époustouflante Maison du port à Anvers, cette monographie réunit l’œuvre complet de cette grande architecte du XXIe siècle, enrichie de photographies et d’analyses, complétée par les propres dessins de Hadid, retraçant son univers dans sa globalité en architecture, design ou aménagement intérieur. La bible Hadid.

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Philip Jodidio
Edition Taschen
Février 2020
(Ed. Française)
Relié, 22,8 x 28,9 cm,
672 pages
50 €