L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

« Livres d’art. Sélection de nouveautés ». Par Catherine Rigollet
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Les livres

Guide du patrimoine en France

Après le confinement, voilà un guide idéal pour trouver cet été des idées de balades à la découverte des richesses et de la diversité du patrimoine français. Classés par régions et départements, 2 500 monuments et sites, publics et privés, ouverts à la visite (au minimum trente jours par an) et protégés par l’État en raison de leur intérêt historique, artistique ou architectural sont recensés.
Des plus modestes telle la Maison des chanoines à Landunvez dans le Finistère, édifiée au XVIe siècle, aux plus grandioses comme le Palais du Louvre à Paris. Des plus anciens, tel le site préhistorique de Solutré-Pouilly en Saône-et-Loire aux plus contemporains comme la Fondation Vasarely, ensemble construit entre 1973 et 1976 et traité comme une sculpture lumino-cinétique monumentale. Chaque patrimoine recensé est décrit, illustré le plus souvent et complété d’infos pratiques. Une carte les situe en préambule de chaque département et un index alphabétique en fin de volume facilite les recherches.
À garder sous la main tout l’été et au-delà…

C.R

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Éditions du Patrimoine
Parution 9 juillet 2020
952 pages
1 500 ill.
Prix : 19,90€


Plein air. De Corot à Monet

Prévue initialement du 27 mars au 28 juin, l’exposition Plein air. De Corot à Monet à Giverny, a été annulée en raison des difficultés d’acheminement des œuvres et des contraintes liées au confinement. Elle reste accessible sur Google Arts et Culture, jusqu’au 30 août 2020 et a fait l’objet d’un catalogue. Retraçant l’histoire de la peinture en plein air du XVIIIe siècle jusqu’en 1873, année qui précède celle de l’invention du terme « impressionnisme », abondamment illustré, il consolera un peu tous ceux qui avaient projeté de faire le voyage à Giverny pour ce voyage en plein air.
En 1708, le traité Du paysage de Roger de Piles (1635-1709) conseille aux peintres de travailler en plein air. S’ils ne sont pas les premiers, car dès le XVIIe siècle des paysagistes ont pratiqué le lavis sur le motif pour stimuler leur imagination, les impressionnistes vont s’adonner à cette peinture « sur le vif », dans la nature, comme en ville, avec enthousiasme, au nom de la sincérité et de la spontanéité, sans chercher à produire une simple copie littérale de la nature, mais soucieux de réaliser un acte créateur. Si à l’extérieur l’esquisse à l’aquarelle sur carnets est aisée, la peinture à l’huile est plus contraignante et l’attirail -ombrelle, pliant, boîte à couleurs, feuilles de papier ou petites toiles- encombrant à trimballer. D’abord transportée dans des vessies, la couleur mise en tubes dans les années 1860 va leur faciliter le travail et libérer leur créativité, leur permettant de transcrire l’impression qu’ils éprouvent face au motif. Des artistes voyageurs aux premiers impressionnistes en passant par l’Ecole de Barbizon, le catalogue reproduit un ensemble de 110 œuvres d’artistes français (Granet, Corot, Daubigny, Courbet, Boudin, Monet, Manet, Bazille, Sisley…), mais aussi anglais (Jones, Turner, Constable…), et italiens, ces fameux macchiaioli désignés ainsi pour leur peinture construite avec de larges taches (macchie) d’ombre et de lumière, tels Fattori, Sernesi ou Abbati.

C.R

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Collectif sous la direction de Marina Ferretti Bocquillon
Ed. Gallimard, 2020
224 pages, 175 ill.
29€


Comprendre l’art antique

Les ravages du temps, des guerres et des catastrophes naturelles ont tellement anéanti l’art grec et romain qu’il ne semble se composer que de ruines impressionnantes et de fragments brisés. Pourtant, ces réalisations n’ont jamais perdu leur pouvoir de fascination comme en témoigne l’engouement du public pour des sites comme l’Acropole, le Pont du Gard ou Pompéi.
« Si l’Égypte rechigne à innover, la Grèce est témoin de changements techniques et esthétiques rapides », lance en introduction à son ouvrage Susan Woodford. Et les Romains qui les admirent vont eux-aussi faire émerger de nouvelles formes artistiques qui ne cesseront d’exercer par la suite une vaste influence. Pour les Grecs comme pour les Romains, sculptures et peintures doivent être esthétiquement et techniquement « dernier cri », même si la fonction d’une œuvre est religieuse en Grèce, décorative chez les Romains. Le bronze va permettre au sculpteur de renouveler les postures des statues de pierre, de lui donner un souffle vital comme le magistral Discobole de Myron. Un bronze antique hélas disparu mais maintes fois copié par les Romains.
Si les hommes sont représentés nus, les femmes sont habillées ; les artistes perfectionnant le réalisme et la finesse des drapés…et des formes féminines. Sur les architectures, les décors sculptés conjuguent forme, récit et souvent message, tels ces décors du Parthénon. Chez les Romains, la Colonne Trajane est un chef-d’œuvre dans l’art du récit sculpté. N’oublions pas que les statues grecques étaient rehaussées de couleurs vives, même s’il en reste souvent peu de traces, pour des raisons diverses. Une polychromie sur pierre et son évolution chez les romains peu abordée par Susan Woodford. On peut le regretter.
Dans leurs peintures sur bois (hélas disparues) et sur céramique (mieux conservées), les Grecs ont aussi fait preuve de finesse d’exécution ; la séduction du décor étant la meilleure façon de rendre le récit convainquant, comme ces céramiques illustrant l’Iliade et l’Odyssée. La technique des figures noires où les détails sont incisés produit des œuvres d’un grand raffinement comme celle de l’artiste Exékias (Ajax et Achille jouant aux dés (amphore), vers 540-530 av. J.-C. Une autre technique va émerger, portée par des artistes comme Euthymidès ou Polygnote : celle des figures rouges sur fond noir, offrant encore plus de possibilités d’effets, sur céramique comme en peinture murale.

En sculpture, tandis que les premiers nus féminins apparaissent sous l’impulsion de Praxitèle vers 350 av. J.-C., les artistes recherchent les postures les plus naturelles. Dans la veine naturaliste, un joyeux Faune dansant datant du IIIe siècle av. J.-C. en Grèce sera copié en Italie. L’une de ces « copies » romaines en bronze de 71 cm a été découverte au milieu d’un bassin à Pompéi, dit de la Maison du Faune. Une des créations typiques de la seconde moitié du IIè siècle av. J.-C. est la célèbre Vénus de Milo (Louvre). Imprégnés de culture grecque, les Romains vont produire des copies en grand nombre.

Dans le même temps, la peinture se diversifie, les artistes grecs apprennent à créer des effets de lumière et d’espace dans les différents sujets abordés sur fresque ou mosaïque : nature morte, paysage, portrait, scène de genre ; techniques qu’ils lèguent aux Romains. Ces derniers vont rivaliser d’ingéniosité pour les adapter, notamment pour magnifier leurs modèles, individualiser les visages. À Pompéi et Herculanum ont été retrouvées des peintures murales qui portent l’héritage grec. Mais on y voit aussi de nouvelles peintures en trompe-l’œil, cent pour cent romaines, comme cette superbe et colorée Célébration des Mystères ornant la Villa des Mystères à Pompéi (voir visuel dans l’article sur l’exposition « Pompéi » au Grand Palais.). Un type de fresques répandu à Pompéi et conjuguant ouverture spatiale avec élégance stylistique. La culture romaine va se propager dans l’immensité géographique de l’Empire tout en s’hybridant par la rencontre avec d’autres traditions. Même après la chute de l’Empire romain, cet art trouvera un écho dans l’art byzantin et dans l’art chrétien médiéval.
Ce nouvel ouvrage, bien documenté, complété d’un glossaire et d’un tableau chronologique, met en avant l’audace créative des Grecs et la sagacité des Romains qui l’ont adaptée à leurs propres fins. Une excellente introduction à la visite de l’exposition Pompéi au Grand Palais.

C.R

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Flammarion
Susan Woodford
Coll. L’art en poche
Paru 03/06/2020
176 pages
150 ill.
12€


Vue sur lacs. Architecture et patrimoine en Savoie Mont-Blanc

Cet ouvrage, bien illustré, réunit pour la première fois les quatre lacs de Savoie Mont-Blanc – Aiguebelette, le Bourget, Annecy et le Léman – en tant que destination à part entière, bénéficiant d’un environnement exceptionnel, entre lacs et montagnes et d’un riche patrimoine naturel et culturel. Parmi eux, le Palais lumière face au lac à Évian, l’Abbaye d’Hautecombe sur les rives du lac du Bourget, le romantique château de Menthon-Saint-Bernard perché sur son éperon rocheux, le château de Bourdeau au bord du lac du Bourget, la Villa du Châtelet aux charmes Belle-Époque, le musée Faure à Aix-les-Bains avec ses collections de peintures impressionnistes et ses 34 sculptures de Rodin. La créativité de la région s’exprime aussi à travers les talents d’artistes, d’artisans, architectes, designers, chefs étoilés et amoureux de beaux jardins, pour lesquels cette destination est à la fois muse et ressource. L’habitat, à l’image des paysages, joue sur la diversité. À l’occasion de « Visites privées », les portes de quelques belles demeures d’hier et d’aujourd’hui s’ouvrent sur des intérieurs où il fait bon vivre avec une vue imprenable sur le lac et les montagnes.

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Éd. Glénat
M-C Hugonot
Sortie 27 mai 2020
Coll. Beaux livres Montagne
256 pages
20 x 26,5 cm
30 €


Les éditions Beaux-Arts Paris en version numérique

Les éditions Beaux-Arts de Paris avec le soutien du CNL (Centre National du Livre) se sont engagées dans un programme de numérisation de leur catalogue. À ce jour 45 ouvrages sont disponibles en version numérique, sélectionnés parmi les titres du catalogue. Ils permettent d’en savoir plus sur la collection patrimoniale des Beaux-Arts de Paris mais également sur l’histoire des artistes contemporains.
Exemples d’ouvrages : catalogues des expositions montrées au Palais des Beaux-Arts comme « Images en Lutte » (exposition sur Mai 68), carnets d’étude sur les expositions patrimoniales du cabinet des dessins Jean Bonna comme celle sur les dessins de Léonard de Vinci qui a connu un grand succès. Ou encore les ouvrages de la collection « Écrits d’artistes » qui présente des écrits, entretiens, journaux et mémoires d’artistes modernes et contemporains majeurs, de la scène artistique française et internationale comme ci-contre Giuseppe Penone, mais aussi : Lee Ufan, Jaques Monory, Yves Klein, Jimmie Durham, Jean-Jacques Lebel... Ces ouvrages sont diffusés sur plusieurs plateformes dont Cultura.com, Decitre, Furet du Nord…

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https://www.beauxartsparis.fr/fr/editions
10,99€


Théodore de Bry. America

En 1590, sur fond de guerres de religion, Théodore de Bry (1528-1598), graveur et éditeur protestant flamand, publie à Francfort-sur-le-Main le premier volume des Grands Voyages, America, constitué d’estampes réalisées à partir des croquis et dessins d’artistes ayant parcouru ces terres étrangères et accompagnées de courts textes descriptifs et narratifs. Le Nouveau Monde est alors, pour la plupart des Européens, un territoire totalement inconnu.
Né à Liège, Théodore de Bry a quitté sa ville natale pour échapper aux persécutions. Après Strasbourg, puis Londres, il s’installe définitivement à Francfort où il décide de publier, avec ses fils, la collection de ses œuvres gravées. Inspirées par les récits de voyages d’aventuriers comme Thomas Harriot, Sir Francis Drake et Sir Walter Raleigh, ses magnifiques gravures dévoilent à un public captivé, friand d’exotisme et amateur d’art, un nouveau continent et ses peuples. De la Virginie (actuelle Caroline du Nord) à la Floride, en passant par l’Amérique centrale, le Pérou et jusqu’au détroit de Magellan en Patagonie, les neuf premiers volumes d’America dépeignent : paysages, villages et habitants, scènes de repas, prières autour du feu, expéditions militaires, trophées et châtiments, méthodes de labours et de plantations, chasses et pêches, fêtes, collecte d’or, sacrifices et cannibalisme…révélant la perception que les Conquistadores ont des populations locales. De Bry n’élude pas la cruauté et la cupidité des Espagnols à l’égard des Indiens, comme l’inhumanité à l’égard des esclaves africains qu’ils envoient en Amérique pour exploiter les ressources.
Théodore de Bry n’a pourtant jamais posé le pied en Amérique. Ses représentations reposent sur les récits subjectifs des explorateurs, ainsi que sur son imagination, y compris pour les couleurs à l’aquarelle ajoutées à la main par les artistes John White et Jacques Le Moyne avec lesquels il collabore. Son bon sens commercial le pousse à faire varier illustrations et couleurs en fonction des pays concernés par les éditions, et du public, protestant ou catholique. Une petite manipulation visuelle doublée de quelques arrangements des textes accompagnant les estampes afin de ne pas offenser les commanditaires : prince, bibliophile ou collectionneur du XVIe siècle. Toutefois, sa vision très personnelle sur les Amériques (comme sur l’Afrique et l’Asie qui constituent la suite des Voyages, publiés après sa mort), « a contribué à légitimer la colonisation européenne des deux siècles suivants », souligne Michel van Groesen, co-auteurs de l’ouvrage Théodore de Bry. America. Par la suite, presque tous les ouvrages imprimés d’images du Nouveau Monde qui paraitront en Europe avant 1750 seront inspirés de ces estampes réalisées vers 1600, colportant nombre de légendes comme des hommes porteurs de queue ou les géants de Patagonie. La fascination pour les éditions colorées à la main d’America par de Bry, exceptionnellement rares même au temps de leur réalisation, perdure encore aujourd’hui. Chaque gravure de ce sublime ouvrage se savoure autant que son commentaire.

Catherine Rigollet

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Michiel van Groesen & Larry E.Tise
Toutes les planches, 1590-1602
Editions Taschen 2019
Reliure en tissu
Format XXL (28,5 x 39,5 cm)
376 pages
100€
www.taschen.com


Les retables de la Sainte-Chapelle

Conservés au musée du Louvre depuis 1816 et récemment restaurés par Béatrice Beillard et Agnès Gall-Ortlik, en 2016, les deux retables provenant de la Sainte-Chapelle de Paris comptent au nombre des chefs-d’œuvre de la Renaissance française.
Objets d’art en émail peint sur cuivre, exécutés par l’émailleur Léonard Limosin pour le roi Henri II en 1553, ils ornaient depuis le XVIe siècle les autels placés contre le jubé de la chapelle haute du palais de Paris, la Sainte-Chapelle. L’un, sur le thème central de la Crucifixion, est composé de 23 plaques d’émail et orné des portraits de François Ier et de sa 1re épouse Claude de France, agenouillés, les mains jointes en prière. Sur l’autre, illustrant la Résurrection du Christ, figurent les portraits d’Henri II et de Catherine de Médicis. Sur chacun on voit aussi deux scènes de la vie du Christ et quatre anges portant les instruments de la Passion (croix, échelle, couronne…) réalisés d’après des dessins de Nicolo dell’Abate.
Ces retables, d’une grande valeur artistique et d’une impressionnante prouesse technique constituent un cas unique de commande royale pour des retables en émail peint de Limoges et témoignent à ce titre du prestige atteint par cet art au milieu du XVIe siècle. Ils sont également exceptionnels par l’importance de la documentation conservée à leur sujet : depuis leur commande par le roi Henri II, jusqu’à leur entrée au musée du Louvre en 1816, en passant par l’histoire mouvementée qu’ils connurent pendant la Révolution. Les panneaux ornent alors le piédestal du tombeau de Diane de Poitiers magnifiquement mis en scène au musée des Monuments français, ouvert par Alexandre Lenoir en 1795.
À l’occasion de leur exposition dans la Petite Galerie du Louvre, du 26 juin 2019 à mai 2020 (Département des Objets d’art. Aile Richelieu, niveau 1, salle 515), cette monographie évoque le portrait de Léonard Limosin, la fabrication des retables, et leur destin jusqu’à leur restauration, agrémentés de 45 illustrations couleur.

C.R

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Par Françoise Barbe, Béatrice Beillard et Guy-Michel Leproux
Collection Solo
Co-édition musée du Louvre éditions / Somogy éditions d’art
2018
48 pages
9,70 €


Léonard de Vinci. Tout l’œuvre peint, un nouveau regard

Léonard de Vinci (1452-1519), le peintre le plus célèbre de tous les temps par la grâce et le mystérieux sourire de sa Joconde, reste un artiste à découvrir selon le critique d’art et spécialiste de Vinci Alessandro Vezzosi, qui avoue : « Toutes les peintures de Léonard suscitent des interrogations ». De quoi, au-delà de notre admiration pour cet homme aux multiples talents, tout à la fois architecte, dessinateur, peintre, sculpteur, ingénieur, mathématicien, géologue, anatomiste, génial inventeur…susciter notre curiosité et nous plonger dans ce bel ouvrage qui présente toutes les peintures connues de Léonard, renseigne sur les dernières découvertes et les attributions controversées (les œuvres autographes étant rares), explore la technique de Vinci, tout en clarifiant les zones d’ombre de la vie de cet enfant illégitime, devenu peintre par impossibilité de s’orienter vers le métier de notaire comme son père Piero da Vinci. Une aubaine pour l’histoire de l’art ! Léonard le gaucher (et qui écrivait de droite à gauche), a pu ainsi librement satisfaire sa soif de connaissances, se livrer aux expériences les plus variées et déployer tout son génie en peinture, qui dans sa hiérarchie des arts l’emportait sur tout le reste.

Si les peintures de Léonard de Vinci sont en nombre si restreint, c’est parce qu’il a souvent mis parfois quinze années de travail pour mener à la perfection ses tableaux les plus remarquables, et aussi du fait de la disparition de milliers de dessins, de tableaux de jeunesse et d’atelier, et d’œuvres comme Léda et le cygne, ou cette mystérieuse Bataille d’Anghiari (1503) peut-être cachée sous une fresque de Vasari au Palazzo Vecchio, à moins qu’elle se soit « autodétruite à cause de l’expérimentation d’une technique à l’huile semblable à celle de l’encaustique ». Un exceptionnel tourbillon de fureur dont il nous reste les cartons préparatoires. Rarement signées de sa main, de nombreuses toiles interrogent également sur sa réelle participation (La Vierge aux rochers de Londres, La Madone Litta, découvertes récemment). Comme d’autres maîtres, Léonard a souvent joué un simple rôle de coordinateur. En revanche, grâce aux recherches récentes, on lui a attribué la paternité de La Belle Princesse (vers 1496) et du Salvator Mundi (adjugé 450 millions de dollars le 16 novembre 2017). Toutefois, selon certains experts, dont Vezzosi, ce Salvator Mundi, sans doute issu de l’atelier de Vinci, a subi trop de modifications pour en dire plus quant à la participation directe du maître. La querelle des spécialistes n’est pas close non plus pour la fameuse Joconde nue au sourire léonardien (exposée du 1er juin au 6 octobre 2019 à Chantilly). Le musée Condé de Chantilly conserve la plus célèbre représentation de la Monna Vanna, mieux connue sous le nom de Joconde nue, un carton de grande taille (quasiment celle de la Joconde du Louvre), un dessin au charbon de bois au cœur d’une véritable enquête policière (http://www.domainedechantilly.com/fr/event/la-joconde-nue/).

Alessandro Vezzosi consacre un passionnant chapitre de son livre aux outils de Léonard (mixtures picturales, appareils d’optique...), détaillés en notes et croquis dans ses codex. Et il dédie toute la seconde partie de son ouvrage à l’examen approfondie de la part contributive de Vinci à 19 célèbres tableaux, avec de somptueuses reproductions et agrandissements de détails. Parmi eux, les deux versions de La Vierge aux rochers (1483-1485, Louvre et 1491-1508, National Gallery à Londres), différentes par leur style, mais toutes deux d’une extraordinaire beauté. Sainte Anne (1500-1517/1518, Louvre), « un vertige spatial et temporel ». La Dame à l’hermine (1489-1490, Cracovie), un chef-d’œuvre. La Belle Ferronnière (1490-1495), partie au Louvre d’Abou Dhabi. Et bien évidemment La Joconde (1502-1515/1516, Louvre) qui « reste plus connue que bien comprise » et pose d’innombrables questions (identité, date, commanditaire…), auxquelles Alessandro Vezzosi apporte des explications crédibles à la lumière des dernières analyses, rendant encore plus fascinant ce portrait au sublime sfumato « d’une rare profondeur psychologique », dissimulant sans doute une histoire d’amour…
Pour Léonard, on connaît la fin de l’histoire : en but à la concurrence de Michel-Ange et de Raphaël, il quitte Rome et s’installe en France à Amboise à l’invitation de François 1er. Il y passera les dernières années de sa vie, bénéficiant de la protection de son royal mécène.
Un livre-enquête beau et passionnant qui célèbre à sa manière le 500e anniversaire de la mort du génie toscan.

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Par Alessandro Vezzosi
Editions de La Martinière
Parution 25 avril 2019
320 pages illustrées
55€


Bauhaus. 1919-1933

À l’heure du centenaire du Bauhaus, cet ouvrage de référence, révisé et actualisé, résume l’histoire brève et mouvementée, mais tellement riche du Bauhaus. Fondé par l’architecte Walter Gropius, ce mythique Bauhaus ne fut pas uniquement un mouvement précurseur du modernisme, mais la plus célèbre école d’art et de design allemande. Durant les quatorze années de son existence, elle réalisa une fusion novatrice entre beaux-arts, artisanat et technologie appliquée à la peinture, à la sculpture, au design, à l’architecture, au cinéma, à la photographie, au textile, à la céramique, au théâtre et aux installations.

Laboratoire d’idées interdisciplinaire et expérimental prônant un enseignement global, le Bauhaus et son principe d’ateliers (imprimerie, textile, menuiserie, peinture, métal, théâtre, tissage, photographie, architecture…) constitue un modèle de lieu de transmission des savoirs.
Un maitre de la forme et un maître artisan devaient former simultanément les élèves. Alors, affirmait Walter Gropius, « l’orgueilleux mur entre les artistes et les artisans tombera ». Gropius était aussi parvenu à créer une forte dimension communautaire entre enseignants et étudiants (dont moitié de femmes), vivant ensemble à l’école.

Étroitement lié aux événements politiques de la République de Weimar, le Bauhaus permit de brasser des points de vue, parfois utopiques, mais loin de tout dogmatisme. Si l’école s’est sabordée à l’arrivée au pouvoir du parti nazi, le Bauhaus influence toujours l’architecture et le design d’aujourd’hui. (https://www.lagoradesarts.fr/-L-esprit-du-Bauhaus-.html)

Réalisé en collaboration avec le Bauhaus-Archiv/Museum für Gestaltung de Berlin qui abrite à ce jour la plus importante collection sur l’histoire du Bauhaus, ce livre superbement illustré réunit des documents sur les personnalités qui ont formé ce collectif d’artistes idéalistes, au fil de ces trois lieux d’implantation à Weimar, Dessau et Berlin, tels que : Josef Albers, Marianne Brandt, Walter Gropius, Gertrud Grunow, Johannes Itten, Wassily Kandinsky, Paul Klee, Ludwig Mies van der Rohe et Lilly Reich. Il est enrichi de plus de 250 photographies, croquis, plans, maquettes et prototypes retraçant les œuvres réalisées.

C.R

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Par Magdalena Droste
Ed. Taschen 2019
Relié, 25 x 34 cm, 400 pages
ISBN 978-3-8365-7281-1
40 €


Herbier de Joséphine

Connue pour sa réputation sulfureuse, l’impératrice Joséphine Bonaparte (1763-1814) a gardé, de son enfance à la Martinique, un goût certain pour la végétation luxuriante et les plantes exotiques. Acheté en 1799, le domaine de Malmaison devient son refuge et voit naître sa passion pour la botanique, doublée d’une véritable ambition : faire venir des graines de toutes espèces de tous les continents (particulièrement d’Afrique du Sud, « le paradis sur terre ») et créer « le plus beau et le plus curieux jardin de l’Europe » avec mission de propager ses collections dans tous les jardins botaniques de France. La mode veut que les dames apprennent la nomenclature de Linné, herborisent et confectionnent des herbiers. Joséphine va aller bien au-delà. Elle fait planter, construire des serres, dont une chaude plus grande que celle du Muséum d’Histoire naturelle, s’adjoint les services de botanistes reconnus, et ceux de l’artiste Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) qu’elle nomme son « peintre de fleurs » en 1805. À travers cet herbier imaginaire illustré de planches de Redouté, Catherine de Bourgoing nous propose un voyage au temps des expéditions épiques, où la recherche de plantes rares s’apparentait à une véritable chasse au trésor. Elle nous dévoile également une facette de la personnalité de l’Impératrice jusque-là peu connue : son goût pour l’art des jardins et l’horticulture.

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Catherine de Bourgoing
Ed. Flammarion
Paru le 06/11/2019
256 pages - 196 x 244 mm
Couleur - Relié sous jaquette
ISBN : 9782081482333
19,99€


Les Fables de La Fontaine, illustrées par Chagall

C’est au célèbre marchand d’art Ambroise Vollard que l’on doit l’illustration des Fables de La Fontaine par Chagall. Pourquoi Chagall ? « précisément en raison des sources orientales du fabuliste » expliqua Vollard qui défendit son choix face aux critiques virulentes dénonçant le choix d’un artiste russe d’origine juive pour illustrer un chef-d’œuvre de la langue française, rappelant que le chant imagé des mots des Fables inspirées des écrits du grec Ésope, évoque le croisement de l’Orient et de l’Occident. Et quel meilleur artiste que Chagall pour nous faire passer du monde réel à celui du rêve ?
S’inspirant de sa culture russe et de la richesse des paysages français, bercé par la voix de sa femme Bella lui lisant à haute voix les Fables, Chagall va livrer sa vision onirique et personnelle des écrits du poète moraliste. Une vision en couleurs, rompant avec le style des deux artistes qui ont dominé l’illustration des Fables de La Fontaine au XIXe siècle, Grandville et Gustave Doré.
Au préalable, Chagall exécute, entre 1926 et 1927, une centaine de gouaches, exposées à la galerie Bernheim-Jeune en 1930. L’intensité de leurs couleurs vives est remarquable, comme ce somptueux violet de L’Aigle et l’Escarbot ; ces arbres rouges et jaunes de Les Loups et les Brebis ; ce Lion amoureux aux couleurs de l’arc-en-ciel comme la basse-cour de La Perdrix et les Coqs. Les cuivres seront gravés entre 1927 et 1930, les tirages des eaux-fortes exécutés par Louis Fort, puis Maurice Potin.
L‘édition de l’ouvrage ne verra pas le jour du vivant d’Ambroise Vollard qui meurt en 1939. C’est l’éditeur Tériade, que Chagall a rencontré en 1926, qui reprend le projet et édite l’ouvrage en deux volumes aux Éditions Verve, en 1952. Face à l’univers foisonnant de Chagall, quel plaisir de (re)lire ces 64 Fables de La Fontaine (choisies sur les 143...par Chagall et Vollard d’un commun accord ? On ne sait pas). On se retrouve plongé dans les vallons verdoyants auvergnats, les ciels voilés de Bretagne, la lumière chaude du midi…dans des compositions parsemées de pittoresques motifs de l’imagerie populaire russe, comme dans Le Pot de terre et Le Pot de fer avec cette barrière blanche et cette isba peinte en rouge. Et comme toujours chez Chagall, les personnages et les animaux volent.
Réalisé en collaboration avec le Comité Marc Chagall, ce coffret comporte une soixantaine de gouaches, accompagnées pour la première fois de leurs gravures. Il est complété d’un livret relatant l’histoire du projet par Ambre Gauthier, une des spécialistes de l’artiste. Une belle idée de cadeau pour les fêtes.

Catherine Rigollet

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Préface Ambre Gauthier
Ed. Hazan
Relié sous coffret + livret
22 x 32 cm.
252 p.
130 illust.
Publié le 16 octobre 2019
35€


Zaha Hadid : Complete Works 1979–Today

En 2016, quelques mois avant sa mort, l’architecte anglo-iraquienne (née à Bagdad en 1950) organisait une rétrospective de son œuvre à Venise, au Palazzo Franchetti. Architecture, peintures, dessins, maquettes se succédaient dans ce magnifique palais du 16e siècle, attestant de la formidable inventivité de Zaha Hadid. Célèbre pour ses formes architecturales audacieuses, associant lignes fluides et ondoyantes, pointes, plans superposés et lignes tendues donnant alors à ses créations complexité et légèreté, la fougueuse, avant-gardiste, mais aussi très controversée Hadid se décrivait comme cherchant sans cesse, expérimentant sans se lasser.
Première femme à avoir reçu le prix Pritzker d’architecture (2004) et la prestigieuse médaille d’or royale RIBA (2016) décernée annuellement par le Royal Institute of British Architects, avec son partenaire de longue date Patrik Schumacher, désormais directeur de Zaha Hadid Architects, elle a laissé une empreinte indélébile sur le monde de l’architecture et figure aujourd’hui parmi les artistes les plus renommés du déconstructivisme (à l’instar de Frank Gehry), ce mouvement né dans la seconde moitié du XXe siècle, visant notamment à repenser la variété des formes géométriques en remettant en question les canons architectoniques.

Le London Aquatics Centre à Londres, l’Hôtel Morpheus à Macao, le Dongdaemun Design Plaza à Séoul, le pavillon pont à Saragosse, le Musée MAXXI à Rome (musée d’art du XXIe siècle), le stade Al Janoub au sud de Doha, l’Opéra de Guangzhou et le spectaculaire nouveau terminal aéroportuaire de Beijing en Chine, jusqu’à l’époustouflante Maison du port à Anvers, cette monographie réunit l’œuvre complet de cette grande architecte du XXIe siècle, enrichie de photographies et d’analyses, complétée par les propres dessins de Hadid, retraçant son univers dans sa globalité en architecture, design ou aménagement intérieur. La bible Hadid.

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Philip Jodidio
Edition Taschen
Février 2020
(Ed. Française)
Relié, 22,8 x 28,9 cm,
672 pages
50 €