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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Magritte philosophe

lundi 26 septembre 2016

Magritte, La Trahison des images
Du 21 septembre 2016 au 23 janvier 2017
Centre Pompidou
Tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 21h
L’exposition sera ouverte exceptionnellement tous les lundis soirs jusqu’à 23h, à partir du 3 octobre 2016
Tarif plein : 14 €
Tél. 01 44 78 14 63
www.centrepompidou.fr

On le croit peintre, mais en réalité Magritte est un philosophe, considérant que la peinture peut exprimer la pensée comme la philosophie. Alors, il peint : La Trahison des images (1929) et sa légendaire assertion « Ceci n’est pas une pipe », histoire de disserter sur la différence entre ressemblance et similitude et de rappeler que la peinture n’est pas le réel, mais juste de la peinture. Un tableau qui ouvre l’exposition au Centre Pompidou. Il poursuit avec : La Condition humaine (1935), en référence à l’allégorie de la caverne de Platon ; La lampe philosophique (1936) ; Éloge de la dialectique (1937) ; Le principe d’incertitude (1944) dans lequel une femme nue projette sur le mur son ombre en forme d’oiseau aux ailes déployée ; Variante de la tristesse (1957), interrogation humoristique sur l’origine des choses (l’œuf ou la poule) et leur devenir (l’œuf sera mangé) ; ou encore Les vacances de Hegel (1958).

Depuis 1927, l’artiste belge (1898-1967), peint régulièrement des tableaux de mots dans lesquels il confronte l’image d’un objet et une définition écrite n’entretenant avec lui aucune relation logique. Parfois, le mot est même en conflit direct avec l’image comme dans La Clef des songes (1935) qui associe par exemple une tête de cheval avec le mot porte ou un pot avec le mot oiseau. Pour Magritte, chacun des tableaux devient la solution à ce qu’il désigne comme un « problème » : soit l’élucidation méthodique d’une équation visuelle en laquelle se réconcilie : « l’objet, la chose attachée à lui dans l’ombre de la conscience et la lumière où cette chose doit parvenir. »

Face à l’étrangeté de ses tableaux, proches du trompe-l’œil comme cette cavalière au milieu des arbres (Le Blanc-Seing, 1965), parfois drôles comme ces pieds-chaussures (Le Modèle rouge, 1935) ou inquiétants tel ce visage-corps de femme (Le Viol, 1945), ou ces Amants (1928), aux têtes couvertes d’un voile évoquant -peut-être- le souvenir dramatique du visage de sa mère recouvert par un pan de sa robe lorsqu’on la sortit de la Sambre où elle s’était jetée, on a souvent réduit l’artiste belge, en France notamment, à un surréaliste héritier de Giorgio De Chirico. Un artiste qui le bouleversa par son esthétique du choc et de l’arbitraire, découverte au travers de son Chant d’amour (1914), une tête antique en bas relief voisinant sur le même mur avec un gant de caoutchouc rouge géant. Mais avec ses tableaux de mots (appréciés des artistes américains comme Jasper Johns, Rauschenberg et Warhol et des artistes conceptuels), on constate que Magritte, qui n’entend pas non plus qu’on réduise ses tableaux à des interprétations de rêves ou à des peintures de l’inconscient, auquel il ne croit pas, s’est aventuré bien au-delà des rapprochements fortuits surréalistes (comme celui poétique et décalé d’un parapluie et d’une machine à coudre cher à Dali), flirtant avec l’art conceptuel.

Avec un vocabulaire iconographique volontairement restreint, mais ô combien symbolique et inscrit dans l’histoire de l’art depuis des siècles (ombre, silhouette, œuf, bougie, rideaux, corps morcelé, porte, fenêtre…), Magritte, qui tout au long de sa vie entretiendra des relations épistolaires suivies avec des philosophes, Alphonse de Waelhens, Chaïm Perelman puis Michel Foucault notamment, interroge le monde qui l’entoure, questionne notre rapport aux images et à leur sens, reconstruit la réalité, réfléchit sur la beauté, explore par la même le statut de l’art et s’inscrit dans la grande tradition de la peinture, « chose mentale » depuis Léonard de Vinci.

On ne manquera pas cette grande exposition d’une centaine de tableaux, de dessins et de documents d’archives d’un peintre-philosophe dont les œuvres donnent autant à voir qu’à réfléchir. Vivifiant !

Catherine Rigollet

- Le mystère du 4ème Magritte
Mais où est donc la quatrième partie de La Pose Enchantée, 1927 de Magritte ? Les quatre morceaux de ce tableau, découpé par le peintre lui-même, ont été repeints pour en faire quatre tableaux, dont Le Portrait, 1935 (la tranche de jambon avec œil) au MoMA de New York et Le Modèle rouge, 1935, au Moderna Museet de Stockholm. Un troisième morceau vient d’être identifié aux rayons X au Norwich Castle Museum & Art Gallery à Norwich, sous La Condition Humaine, 1935. La dernière pièce du puzzle reste encore à découvrir. E.H.

 

- L’exposition sera présentée dans un format concentré à la Schirn Kunsthalle Frankfurt, en Allemagne, du 10 février au 5 juin 2017.

Visuels : René Magritte, La trahison des images (Ceci n’est pas une pipe), 1929. Huile sur toile, 60,33 x 81,12 x 2,54 cm. Los Angeles County Museum of Art. Purchased with funds provided by the Mr. and Mrs. William Preston Harrison Collection.
René Magritte, Les vacances de Hegel, 1958. Huile sur toile, 60 x 50 cm. Collection particulière © Adagp, Paris 2016 © Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, ADAGP, Paris, 2016.
René Magritte, Le Modèle rouge, 1935. Huile sur toile marouflée sur carton, 56 × 46 cm. Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris. Achat, 1975. © Coll. Centre Pompidou, musée national d’art moderne / Photo : Adam Rzepka © ADAGP, Paris 2016.
René Magritte, Le Viol, 1945. Huile sur toile, 65,3 x 50,4 cm. Centre Pompidou,Musée national d’art moderne, Paris. Legs de Madame Georgette Magritte, 1987. © Coll. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne / Photo : Christian Bahier et Philippe Migeat. © ADAGP, Paris 2016.