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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Manet. Ritorno a Venezia

mardi 14 mai 2013

Manet. Ritorno a Venezia (Manet. Retour à Venise)
Du 24 avril au 1er septembre 2013 (prolongation)
Palais ducal. Venise – Italie
Vaporetto 1 ou 2, arrêt Vallaresso ou San Zaccaria
Dimanche à jeudi, de 9h à 19h. Vendredi et samedi, de 9h à 20h
Entrée : 13€
www.mostramanet.it

 

- Catalogue. 280 pages, 231 illustrations. Editions Skira / Fondazione musei civivi Venezia. Prix 40 euros.

Vénus et Olympia, confrontation historique

C’est l’exposition des premières fois ! Pour cette première exposition consacrée à Edouard Manet (1832-1883) en Italie, c’est aussi la première fois que sa célèbre Olympia quitte la France ; le président de la République ayant accordé ce prêt comme le souligne Guy Cogeval président du musée d’Orsay. C’est aussi la première fois et peut-être l’unique fois qu’elle côtoie La Vénus d’Urbin peinte par Le Titien, prêtée exceptionnellement par la Galerie des Offices de Florence. Une comparaison éloquente et historique entre ces chefs d’œuvre pour une conversation rêvée par tout historien d’art. Une confrontation, ou plutôt une connivence entre Vénus et Olympia, incroyable et troublante.
Il a fallu qu’Olympia, peinte en 1867, vienne en Italie pour que Vénus puisse quitter les bords de l’Arno et retrouver la ville vénitienne où elle fut peinte en 1538. Comme le souligne Gabriella Belli, directrice de la Fondation des Musées Civils de Venise, « si la Vénus est là c’est grâce à Olympia et si Olympia est là, c’est grâce à Vénus ». Que de tractations diplomatiques n’a-t-il fallu pour que ces deux belles quittent leurs demeures et se retrouvent dans les appartements privés du doge au Palazzo ducale, aux murs couleur aubergine, pour ce duel voluptueux entre deux icônes ! Et, pour paraître encore plus belle, Olympia a eu droit à un léger toilettage qui a révélé sa chevelure. Saluons la scénographie très simple de l’exposition, les œuvres, rien que les œuvres, la lumière les effleurant sans mise en scène d’opéra comme trop souvent à Paris ! Et, il ne fallait pas moins que le Palais des doges pour accueillir ces deux divines accompagnées de toiles, dessins et estampes de Manet et d’artistes italiens. Le propos de cette exposition, insiste Gabriella Belli, au delà de cette « confrontation médiatisée » entre deux stars est « la révélation de l’âme italienne de Manet peu étudiée jusqu’à présent (il séjourna trois fois en Italie à partir de 1853, dont à Venise durant un mois, dès la première année) et comment l’esprit des maîtres anciens influença la modernité de sa peinture ».
Manet, lors d’un de ses voyages florentins, exécuta (en 1853 ou 1857) une copie de cette Vénus commandée par le prince Guidobaldo II della Rovere et destinée à la seule contemplation privée. Ce tableau des Offices, considéré comme scandaleux à l’époque de Manet, puisque caché au regard du public derrière un écran (à l’instar de L’origine du monde de Courbet), était visible de quelques peintres. La main gauche de cette Vénus ne touche-t-elle pas son sexe, un cas unique dans la peinture du nu féminin comme le souligne Guy Cogeval, alors que la main gauche d’Olympia se montre pudique ? Théophile Gautier avait en 1864 parlé de cette Vénus dans son poème Musée secret « Baignant avec indifférence / Dans son manchon ses doigts menus ». Stéphane Guégan, commissaire de l’exposition, voit une représentation du sexe chaud dans cette jeune femme idéalisée dans la fleur de sa beauté au contraire d’Olympia au sexe froid et tarifé. Si le chien symbolise la fidélité chez Titien, il devient un chat noir à la queue tendue chez Manet. Au lieu de la profondeur de champ extraordinaire avec les servantes fouillant dans un coffre et ce mur fermant l’espace, l’on a cette merveilleuse servante noire apportant le bouquet du protecteur. Le côté irradiant de la peau de Vénus, par la technique vénitienne de superposition de couches de peinture conférant ce moelleux, s’oppose à la blancheur d’Olympia. Mais, toutes deux fixent le spectateur, langoureusement chez la princesse, émancipée chez la courtisane.
En neuf sections divisées par thèmes illustrant les genres, l’évolution et les nouveautés étonnantes - souvent incomprises par la critique dominante de l’époque – des formes d’expression de Manet, le parcours de cette exposition révèle les affinités entre le peintre français et les maîtres italiens du seizième siècle qu’il contempla lors de ses voyages dans la péninsule, ou en les copiant au Louvre. Le dialogue entre les Deux dames vénitiennes de Carpaccio et Le balcon est étonnant comme l’est celui du Jeune homme dans son cabinet de travail de Lorenzo Lotto avec le Portrait d’Emile Zola. Des comparaisons physiques qui n’avaient jamais été faites, des chocs émotionnels méritant le déplacement à Venise. Ce n’est pas l’affiche d’Olympia que vous verrez sur la façade extérieure du palais des doges mais Le fifre. La nudité ne s’affiche pas à quelques mètres de la basilique Saint-Marc ! Mais, vous la contemplerez, en panneau lumineux dès le hall d’arrivée de l’aéroport. À quel prix Olympia et les Manet d’Orsay ont-ils pu quitter les bords de Seine ? La compensation financière demeure un secret d’état, comme l’était, à son époque, la somme offerte par le protecteur.

Gilles Kraemer

Visuel : L’Olympia de Manet exposée aux côtés de la Vénus d’Urbin de Titien. Vue de l’exposition Manet. Ritorno a Venezia. Photo : Gilles Kraemer.