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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Dans les petits papiers découpés de Matisse

vendredi 29 mars 2013

Matisse la couleur découpée. Une donation révélatrice
Commissariat général de Patrice Deparpe, sur une idée de Dominique Szymusiak
Du 3 mars au 9 juin 2013
Musée Matisse - 59360 Le Cateau-Cambrésis
De 10 à 18h sauf le mardi
Entrée : 7€
Tél. : + 33 (0)3 59 73 38 06
www.museematisse.cg59.fr

 

- Catalogue en français et en anglais. Entretiens avec Jacqueline Duhême et Paule Caen-Martin qui travaillèrent avec Matisse de 1948 à 1952. Chronologie des gouaches découpées établie par Anne Coron. 224 pages, 200 illustrations. Prix 35€. Somogy/éditions d’art. Dommage que les notes de bas de page soient si minuscules.

 

- Dans le cadre du cinquantenaire du Musée Matisse ouvert à Nice en 1963, la ville lui rend un hommage intitulé "Nice 2013 - Un été pour Matisse" qui se déroulera à partir du 20 juin jusqu’à l’automne 2013 dans les musées de cette ville.

 

- Une exposition sur les papiers découpés de Matisse est prévue à la Tate à Londres (17 avril au 7 septembre 2014) puis au MoMA à New-York (14 octobre 2014 au 9 février 2015).

Laissez parler les petits papiers… la chanson de Régine trotte dans la tête en regardant les papiers gouachés et découpés d’Henri Matisse (1869 - 1954). Ils parlent, ils parlent même beaucoup, s’envolant et virevoltant dans toutes les salles du musée de Cateau-Cambrésis, nous racontant l’intimité d’un œuvre né sous les ciseaux de l’artiste. « Au lieu de dessiner le contour et d’y installer la couleur - l’un modifiant l’autre - je dessine directement dans la couleur », expliquait-il. En 1952, Matisse offre à sa ville natale quatre-vingt-neuf œuvres pour créer un musée, don que sa famille prolonge aujourd’hui en donnant 443 éléments en papier gouaché et découpé, formes non retenues par l’artiste dans ses compositions finales et restées dans des tiroirs. Une centaine est présentée dans cette exposition. Très généreux, les descendants du peintre ont enrichi d’un don équivalent le musée Matisse de Nice, donation qui fit l’objet à Nice, durant l’été 2012, de l’exposition Matisse. Le ciel découpé. Une clause restrictive de la famille du peintre interdit que ces formes soient exposées dans d’autres institutions. Une « donation révélatrice » comme le souligne le sous-titre de l’exposition, puisque ces éléments découpés - de 3 à 80 centimètres - restés jusqu’à présent à l’abri de la lumière, sont dans leur couleur de naissance, frais et d’un éclat incomparable et n’ont jamais été montrés. Cette présentation est quelque chose d’exceptionnel, une des clefs de lecture du travail de l’artiste. Face à ces éléments, une centaine de compositions finales sont présentées, engendrant un jeu de piste et ce questionnement : à quelle œuvre peut-on rattacher ces formes bleue, jaune, rose, vert cru, pomme ou émeraude, orange, blanche ou noire non retenues ? Arrêtons de croire qu’âgé et malade Matisse remplace le pinceau et la toile par le ciseau et le papier. Comment aurait-il pu, sans une incroyable dextérité, traduire une forme dans un papier préalablement gouaché avec de lourds ciseaux de tailleur ? Un film à l’entrée de l’exposition le montre à l’œuvre. Le papier découpé, il l’aborde dès 1919 avec le décor du Chant de rossignol de Stravinsky. Et il l’adopte pour la conception des couvertures des revues des Cahiers d’art dès 1936 et de Verve dès 1937. Regardez la jeunesse et la jouissance de Symphonie chromatique maquette pour Verve (1940) exposée à côté d’autres maquettes conçues pour des ouvrages. Le coup de tonnerre dans le monde de l’art, selon Picasso, survient lorsqu’il réalise Jazz pour l’éditeur Tériade ; les planches au pochoir de cet album sont mises en dialogue avec leurs maquettes de papiers découpés telle La chute d’Icare avec son cœur rouge ou les trois planches inspirées de son déplacement à Tahiti en 1930. Les réminiscences de ce voyage dans les îles se retrouve aussi dans les deux panneaux en papiers découpés Océanie, la mer et Océanie, le ciel (1946) composés sur les murs de son appartement. Coraux, poissons volants, végétation et oiseaux plongeant dans les eaux gris verdâtre du lagon surgissent de ses souvenirs tahitiens.
La suite de l’exposition permet de voir les maquettes de Chasuble rose et de Chasuble noire, vêtements liturgiques créés pour la chapelle de Vence. La maquette en papiers aquarellés du vitrail Les poissons chinois retrouve pour quelques mois, le vitrail exécuté il y a 62 ans par le maître verrier Paul Bony, accompagnée de ses calques de découpe et de tesselles de verre, frottées à l’émeri pour une meilleure transparence. Laissons le dernier mot à Matisse : « En créant ces papiers découpés et colorés, il me semble que je vais avec bonheur au-devant de ce qui s’annonce... je sais que c’est bien plus tard qu’on se rendra compte combien ce que je fais aujourd’hui était en accord avec le futur ».

Gilles Kraemer

Henri Matisse. Le lagon, planche XIX du livre Jazz. Tériade éditeur, Paris, 1947. Planche exécutée au pochoir aux gouaches de linel. 42,5 x 65 cm. Musée départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis. © Succession H. Matisse. Photo : musée départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis, Philip Bernard