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Expo à Paris

Miró

Femmes, oiseaux, étoiles, signes fantasmagoriques, stridence des couleurs et lyrisme : le monde de Joan Miró (1893-1983) fascine et enchante. Et on reste ébloui par tant d’énergie vitale. Sa terre natale de Catalogne et les paysages des environs de la ferme de Mont-roig lui offrent ses premières sources d’inspiration, comme cet Autoportrait (1919), où il se représente en veste de paysan. Tout son œuvre restera irrigué par la nature : quand il flirte brièvement dans les années 1916-1919 avec le cubisme (Nu debout, 1918, sur un tapis et un mur tapissé de fleurs). Quand il s’essaie à la peinture « détailliste », comme dans La Ferme, 1921-22, isolant chaque motif : outils, lapins, poules, et jusqu’aux mottes de terre du potager. Et même quand il aborde la veine surréaliste. Nous sommes en 1923, Miró vit et travaille rue Blomet, à Paris, un lieu qu’il ne quitte que l’été pour se rendre à Mont-roig et où il côtoie les peintres et poètes devenus ses amis : André Masson, Michel Leiris, Roland Tual. « La rue Blomet, c’est un lieu, c’est un moment décisif pour moi. J’y ai découvert tout ce que je suis, tout ce que je deviendrais… »

S’il ne veut pas se soumettre aux règles qu’il juge « rigoureuses » du surréalisme, ce dernier va le mener « au cœur de la poésie, au cœur de la joie ». La réalité visible n’est plus le modèle de Miró, tout est devenu signes dans ses toiles, même si la nature reste toujours omniprésente (Paysage, Le Lièvre,1927) et continuera de l’être (PeintureOiseaux et insectes,1938 ; L’Oiseau migrateur, 1941). Dans le même temps, la femme devient l’autre motif récurrent de ses paysages imaginaires et souvent cosmiques : Femme, 1934 ; Femme devant le soleil, 1942 ; Femme et oiseau dans la nuit, 1945.
Des tableaux de plus en plus oniriques, comme Femme (1925) : une toile à peine peinte où quelques taches informes reliées par des lignes et des pointillés donnent naissance à une silhouette. Des peintures de rêve souvent empreintes de drôlerie. Ainsi cette Sirène (1927) et son poisson sur la tête, comme un bec de canard, ou encore Tête (1927), une figure réduite à deux petits points noirs pour les yeux et quelques pattes d’araignée en guise de moustache.

La montée des fascismes qui secouent l’Europe dans les années 1930 et la guerre civile espagnole font virer sa peinture au sombre. Miró peint une série de peintures peuplées de figures aux faciès grimaçants et aux couleurs incandescentes (Tête d’homme, 1935). À la suite du bombardement de la ville de Guernica, il crée un timbre, "Aidez l’Espagne", et réalise pour le Pavillon de la République espagnole, face au Guernica de Picasso, un gigantesque faucheur, au poing levé contre la menace de dictature franquiste.
Paradoxalement, ses œuvres des années 39-45 durant lesquelles il se réfugie à Palma de Majorque sont à nouveau une explosion de signes et de couleurs, des Constellations poétiques unissant microcosme et macrocosme comme ces Femmes encerclées par le vol d’un oiseau, 1941. Miró semble vouloir réenchanter le monde. Les années d’après-guerre sont l’occasion de créer des céramiques avec Josep Llorens Artigas, un maître dans l’art du feu avec lequel Picasso a aussi travaillé. Miró a retrouvé son sens du merveilleux. Commissaire de l’exposition, Jean-Louis Prat consacre aussi une belle place au Miró sculpteur. Constituées d’assemblages d’objets du quotidien laissés à l’état brut ou peints de couleurs vives à l’esprit pop, ses sculptures sont pleines d’humour (Femme et oiseau, 1967 : une fourche et une caisse munie d’un tout petit bec vert), ou subversives (Sa Majesté, 1967-1968 : une couronne rouge enfilée sur une longue proéminence jaune).

On avait cru Miró vouloir se cantonner aux toiles de petits formats, truffées d’une multitude de signes d’une féérique fantaisie. C’est le méconnaître. Au cours des dernières années, il exécute des peintures monumentales, immensités bleues chargées d’une grande tension émotionnelle (Bleu I, II, III, 1960). Et comme décidément rien n’arrête sa volonté de se dépasser, il s’aventure sur de nouveaux chemins et entreprend dans les années 1970 une série de peintures lacérées, perforées, voire brûlées (Toile brûlée II, 1973).

Face à tant d’énergie, de rêveries en couleurs, de trésors d’imagination et d’envie de réenchanter le monde, on sort de cette réjouissante exposition avec la pêche et des étincelles plein les yeux. Ne pas s’en priver !

Catherine Rigollet

Visuels : Joan Miró, Autoportrait, 1919. Huile sur toile, 73 x 60 cm. France, Paris, Musée national Picasso-Paris, donation héritiers Picasso, 1973/1978.
Joan Miró, La Ferme, 1921-1922. Huile sur toile, 123,8 x 141,3 cm. États-Unis, Washington, National Gallery of Art. Don de Mary Hemingway, 1987.
Joan Miró, Peinture (Oiseaux et insectes), 1938. Huile sur toile, 114 x 88 cm. Autriche, Vienne. The Albertina Museum. TheBatliner Collection © Successió Miró / Adagp, Paris 2018.
Joan Miró, Femme et oiseau dans la nuit, 26 janvier 1945. Huile sur toile, 146 x 114 cm. Espagne, Barcelone, Fundació Joan Miró en prêt d’une collection particulière. © Successió Miró / Adagp, Paris 2018.
Joan Miró, Bleu II, 4 mars 1961. Huile sur toile, 270 x 355 cm. France, Paris. Centre Pompidou,Musée national d’art moderne, don de la Menil Foundation en mémoire de Jean de Menil, 1984. © Successió Miró / Adagp, Paris 2018.
Photos : L’Agora des Arts, 2/10/2018.

Archives des expos à Paris
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Du 3 octobre 2018 au 4 février 2019
Grand Palais, galeries nationales
Lundi, jeudi et dimanche, de 10h à 20h
Mercredi, vendredi et samedi, de 10h à 22h
Fermé le mardi
Tarif plein : 15 €
Tél. 01 44 13 17 17
www.grandpalais.fr