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Expo à Paris

Piet Mondrian figuratif

Comme quoi un collectionneur peut, sinon créer le talent, du moins créer la notoriété d’un artiste talentueux...
Grâce au soutien financier et matériel (une des toiles de Mondrian fût, dit-on, échangée contre un costume) de Salomon Slijper, fils de diamantaire et agent immobilier amstellodamois et à ce jour le plus important collectionneur d’œuvres de Piet Mondrian (1872-1944), nous connaissons son œuvre figurative. Composition No. IV, 1914, est la première toile que Slijper voit, dans une maison d’hôtes. Son abstraction l’étonne ; il l’achètera beaucoup plus tard, en 1922. Il a rencontré le peintre et dès 1916, lui achète une sélection de toiles ; 180 seront acquises en 4 ans, suivant les suggestions de Mondrian lui-même. Y compris deux abstractions géométriques en 1919, deux compositions en damiers qui ne recueillent aucun succès public. Ces achats permettront au peintre de faire un second séjour à Paris.

L’exposition chronologique offre plus de 60 toiles et dessins, tirés de la collection que Slijper lèguera au Kunstmuseum de La Haye. Ils rappellent que Mondrian fut aussi un peintre figuratif, mais que son évolution stylistique offre moins une « cassure qu’un cheminement », comme le rappelle la commissaire, dans sa quête sur l’essence des choses. Mondrian commence à peindre avant même d’entrer aux Beaux-Arts d’Amsterdam en 1892. Ses premières œuvres sont figuratives, natures mortes dans la lignée des toiles du siècle d’or hollandais (Le lièvre mort, 1891), et paysages. C’est l’époque, 1909, où il devient théosophe comme en témoignent trois autoportraits « illuminés » au fusain, et explore de nouveaux procédés : ses peintures luministes exaltent la couleur, le rayonnement de la lumière, une façon de traduire l’invisible, le spirituel dans l’art, en se resserrant sur un sujet isolé, comme Phare à Westkapelle, 1909, dont la verticalité annonce les futures lignes de ses « compositions ». Il fait un premier séjour à Paris dès 1911, où il découvre le Cubisme (Portrait d’une dame, 1912), mais revient à Amsterdam où il survit en faisant de la copie alimentaire au Rijksmuseum. Lorsque Slijper s’intéressera à Mondrian, ce seront ses paysages, automnales, voire crépusculaires, qui le séduiront ainsi que ses toiles aux aplats de couleurs pures et contrastées, cherchant l’essence de la nature au-delà de l’apparence sensible.

Des 1913, Mondrian simplifie ses formes, trace des lignes géométriques, revenant parfois à plus de naturel, avec une série de moulins, mais progressant vers une abstraction où lignes et couleurs ne peuvent plus traduire que l’essentialité qu’il quête depuis ses débuts. Si Slijper acquiert trois de ces compositions néoplasticistes, dont Composition avec large plan rouge, jaune, noir, gris et bleu, 1921, il préférerait du figuratif. Mondrian refuse, Slijper ne lui achètera plus directement.

Portrait en creux d’un collectionneur, mise en valeur des toiles figuratives d’un artiste pionnier de l’abstraction, deux bonnes raisons pour ne pas manquer cette exposition agréablement documentée.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Piet Mondrian, Moulin dans le crépuscule, vers 1907-1908. Huile sur toile, 67,5 x 117,5 cm. Piet Mondrian, Moulin dans la clarté du soleil, 1908. Huile sur toile, 114 x 84 cm.
Piet Mondrian, Composition avec large plan rouge, jaune, noir, gris et bleu, 1921. Huile sur toile, 59,5 x 59,5 cm.
© Kunstmuseum Den Haag, The Hague, the Netherlands.

Archives des expos à Paris
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Du 12 septembre 2019 au 26 janvier 2020
Musée Marmottan-Monet
2 rue Louis-Boilly, 75016 Paris
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
Fermé le lundi, le 25 décembre et le 1er janvier
Entrée : 12 €
www.marmottan.fr