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Expo à Paris

Paris-Londres. Music Migrations (1962-1989)

Les vastes salles de l’étage du Palais de la Porte Dorée, vestige de l’Exposition coloniale de 1931 qui abrite désormais le musée national de l’histoire de l’immigration, offrent un parcours presque labyrinthique à la foisonnante exposition « Paris-Londres. Music Migrations (1962-1989) » dans laquelle il est cependant excitant de se plonger, pour tout amateur de l’histoire culturelle européenne et de la musique populaire, tout en prenant son temps d’en savourer le copieux menu. Et d’y découvrir les trésors et les sens cachés !

D’après son titre, on aurait pu s’attendre à ce que cette exposition soit plutôt axée sur l’histoire des échanges et influences culturels entre les deux capitales des anciens empires coloniaux alors qu’elle se présente plutôt sous la forme de deux histoires parallèles qui, sans se rejoindre, ont suivi une évolution similaire. Même si des connections musicales entre les deux villes ont bel et bien existé comme le rappelle la séquence vidéo finale réalisée par Martin Meissonnier à travers une galerie de portraits d’artistes des deux côtés de la Manche.
Pour résumer le thème de cette exposition, on pourrait parler d’une histoire comparée des courants musicaux issus de l’immigration dans les deux capitales, de la marginalité à la sono mondiale (ou World Music selon la rive de la Manche où l’on se situe…) en passant par les luttes contestataires pour l’égalité des droits et contre le racisme. Tout cela en musique, en images, en rythme, sources d’engagement et de métissages créatifs ! « Nous avons voulu une expo riche d’une grande variété de ressources : du son bien sûr, de la photo, de la vidéo, des œuvres d’art en trois dimensions, des instruments de musique et des cabinets de curiosité consacrés à quelques figures majeures. En définitive, « Paris-Londres. Music Migrations » parle plus de la passion musicale et de la façon dont le public en fait un élément de revendication que des artistes eux-mêmes, même s’ils sont bien représentés », précise Stéphane Malfettes, commissaire général de l’exposition.

Les deux dates qui encadrent la chronologie de l’exposition n’ont pas été choisies au hasard. 1962 est l’année de l’indépendance de la Jamaïque et de l’Algérie et 1989 souligne la portée du défilé parisien du bicentenaire de la Révolution française et, un an plus tôt, du grand concert anti-apartheid de soutien à Nelson Mandela au stade londonien de Wembley. Le multiculturalisme des deux capitales mondialisées est devenu patent après l’émergence des cultures et des formes artistiques, à commencer par la musique, issues des différentes immigrations. Des cultures et des formes artistiques qui se sont elles-mêmes métamorphosées au contact des cultures locales, londoniennes ou parisiennes, en une fertile, joyeuse et turbulente hybridation. C’est justement cette émergence, entre le festif et le revendicatif, que nous dévoile l’exposition tout au long d’un parcours musical et visuel jalonné d’immigrés anonymes, d’éphémères têtes d’affiche et, sur la fin de la période, de vedettes plus consacrées.

Comme le souligne fort à propos Benjamin Stora, historien et président du conseil d’orientation du Palais de la Porte Dorée : « Ces zones de relégation de l’immigration vont être le théâtre, dès les années 1960, des révoltes contre la pauvreté, les violences et les discriminations. Mais aussi des espaces alternatifs animés par des artistes marginaux où des cultures underground se mêlent aux cultures immigrées (…) À la fin des années 1980, ce métissage politico-culturel devient le moteur de la modernité en Europe. » Et de conclure sur une note d’espoir : « À l’heure où le Brexit renforce l’option pour l’isolationnisme en Grande-Bretagne, une séparation radicale entre les deux capitales paraît impossible, tant elles sont fabriquées d’une même étoffe, celle des sociétés libres et humaines, unies dans la vie et la culture, dans l’effervescence. »

Jean-Michel Masqué

Visuels : Les Vautours © Jean Louis Rancurel.
Electric Ballroom © Pierre Terrasson.
Affiche Rock against Police.

Archives des expos à Paris
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Du 12 mars au 5 janvier 2020
Musée national de l’histoire de l’immigration
Palais de la Porte Dorée
293, avenue Daumesnil - 75012
Du mardi au vendredi, de 10h à 17h30
Samedi et dimanche, de 10h à 19h
Plein tarif : 6 €
Tél. 01 53 59 58 70
www.histoire-immigration.fr