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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Paul Delvaux, maître du rêve

mercredi 19 juillet 2017

Du 1er juillet au 1er octobre 2017
Palais Lumière
15 Quai Albert-Besson - 74500 Évian
Ouvert du mardi au dimanche
De 10h à 19h
Le lundi, de 14h à 19h
Entrée : 10€
www.palaislumiere.fr

Le Musée d’Ixelles, à Bruxelles, a bien de la chance. Un couple de collectionneurs (Pierre et Nicole Ghêne) atteint, il l’avoue, de “delvaux-pathie” lui a confié 400 œuvres du peintre belge (1897-1994), assemblées pendant une quarantaine d’années. En choisissant, pour le Palais Lumières, des toiles ou œuvres sur papier des premières décennies de la carrière de Paul Delvaux, la directrice du musée belge et commissaire de l’exposition, initie le public à la genèse d’une œuvre dont la richesse est souvent réduite aux “peintures de gares” devenues icônes. Plutôt que de nous enfermer dans une chronologie banale, l’exposition développe quelques thèmes majeurs – rêve, solitude, voyage/évasion ou squelettes, entre autres – laissant le spectateur libre de pénétrer ce monde onirique et l’interpréter à son gré.

Surréaliste Delvaux ?

Surréaliste, Delvaux ne l’est pas vraiment : même s’il participe aux expositions surréalistes à plusieurs reprises, il n’adopte pas leurs procédés d’écriture automatique, de faune et flore fantasmées comme Dalí ou de discordances entre mots et images comme Magritte. Et si l’on doit lui trouver une parenté, ce serait plutôt avec la peinture métaphysique de Giorgio De Chirico, visible dans ses architectures théâtrales ou celle à la fois réaliste et fantasque d’Ensor.
Delvaux laisse libre cours à l’expression de ses frustrations, de ses rêves, car il rêve de poétiser le monde, de le peupler de femmes occupées à leurs plaisirs avec d’autres femmes, d’opposer leurs courbes et rondeurs dénudées et hiératiques aux verticalités des ruines antiques ou au parallélisme des voies de chemin de fer. Un monde où les hommes, toujours vêtus de sombre, ne jouent que les utilités, où les squelettes prennent des poses toutes humaines. Il est difficile de séparer la vie de Delvaux des thèmes de son œuvre : femmes, trains, ruines antiques, squelettes renvoient à un vécu bien particulier. Fils d’une mère castratrice, il rêve, enfant, d’être chef de gare, au grand dam de ses parents ; il s’effraie du squelette dans sa classe de musique ; il rate ses études d’architecture, et quand il visite un bordel, c’est la porte grande ouverte à ses croquis d’étreintes féminines, œuvres sans équivoque d’expression très libre, qui culmineront avec une huile en 1930, Les amies. Il poursuivra ce thème au fil de ses déboires amoureux. Si son mariage impossible avec l’objet de ses amours jugé indigne par ses parents, est traduit par Les Noces à Antheit, 1932, Tam sera néanmoins représentée à plusieurs reprises (Tam, 1930) et il pourra finalement l’épouser. Mais ses descriptions d’intimités féminines perdureront.

Parce que ses huiles sont bien connues, il est passionnant de découvrir ici les œuvres sur papier de Delvaux. Ses dessins à l’encre de Chine rehaussés d’aquarelle mettent en scène soit des nudités à la chair vivante, aux contours presque flous, aux visages dénués d’émotion (La Danse, 1934) soit, lorsque le trait l’emporte sur l’aquarelle, des scènes où le corps de la femme devient aussi raide que l’architecture qui lui sert de décor (Étude pour le Mythe d’Oedipe, c. 1978-79).
Une cimaise est réservée à quelques toiles des années 20, vues réalistes de gare ou de port, témoins de la modernité mais pas encore lieux d’évasion vers l’imaginaire comme le seront gares et trains sur ses toiles à partir des années 50.

Une exposition qui révèle la riche diversité tant dans les thèmes que dans les techniques de ce peintre qui mérite sa place dans le peloton de tête des peintres belges du début du 20ème siècle.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Paul Delvaux, La Fenêtre, 1936. Huile sur toile, 110 x 100 cm. Collection Musée d’Ixelles, Bruxelles, photo Mixed Media © Fondation Paul Delvaux, St Idesbald, Belgique / ADAGP, Paris 2017.
Paul Delvaux, Le Couple, 1931. Huile sur toile, 154,5 x 114 cm.
Paul Delvaux, Les Squelettes, 1944. Huile et encre de Chine sur panneau, 84 x 90 cm.

- Catalogue Paul Delvaux, Maître du rêve, coédition Somogy Editions d’Art, Paris et Palais Lumière, Évian, 2017 – 216 pages, nombreuses illustrations - 35€