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Photographier les jardins de Monet. Cinq regards contemporains

jeudi 6 août 2015

Du 31 juillet au 1er novembre 2015
Musée des Impressionnistes – Giverny (Eure)
Tous les jours, de 10h à 18h
Tarif plein : 7€
Billet couplé avec la Maison et les Jardins de Claude Monet : 16,50€ (tarif plein)
Tél. 33 (0) 232 51 94 65
www.mdig.fr

Sans doute existe-t-il des milliards de photos du jardin de Claude Monet (1840-1926) à Giverny. Ouvert au public en 1980 après une restauration colossale suite à des années d’abandon, la propriété Le Pressoir acquise par le peintre en 1883 et qu’il ne quittera qu’à sa mort, est visitée par quelque cinq cent mille passionnés par an. Si la célèbre maison rose aux volets verts est photographiée sous tous les angles, le jardin de fleurs du Clos Normand et surtout le jardin d’eau aux nymphéas font l’objet d’un véritable culte ; le numérique et l’ère du smartphone (et des selfies !) ayant démultiplié le phénomène.

On se demande alors s’il est encore possible d’être surpris et de découvrir une façon inédite de photographier ce lieu mythique. Le musée des Impressionnistes, distant de quelques dizaines de mètres des jardins de Monet s’est lancé un double défi : montrer cinq regards contemporains, tous différents et tous singuliers et séduire un public habitué à voir de la peinture impressionniste sur ses cimaises. Même si, depuis son ouverture en 2009, le musée a instauré un dialogue continu entre les deux médiums.

Stéphane Shore, photographe américain (né en 1947) célèbre pour ses clichés de vie quotidienne ordinaire et grand coloriste des années 70 a séjourné à Giverny en 1977, au tout début de la restauration du domaine, commandité par le Metropolitan Museum de New York pour témoigner du renouveau des jardins, et il y est retourné en 1981 et 1982 quand ils avaient retrouvé leur lustre d’antan. En rupture avec l’esthétique de la belle image, Shore s’est intéressé à documenter le jardin de Monet avec neutralité et précision.

L’Allemand Elger Esser (né en 1967), formé auprès de Bernd Becher (photographe-entomologiste des châteaux d’eau et des bâtiments industriels avec sa femme Hilla) a choisi les nuits de pleine lune et le crépuscule pour mieux éprouver « l’absence de Monet ». Ses « Nocturnes à Giverny », réalisés en 2010, ont par leur variation de gris doux et subtils issue notamment de l’impression à l’héliogravure (procédé contemporain de Monet), le goût d’une madeleine de Proust. Esser a d’ailleurs intitulé une de ses séries Combray (Giverny I-V), empruntant ce nom imaginaire à l’auteur d’À la recherche du temps perdu.

Bernard Plossu (né en 1945), photographe-migrateur, a d’abord choisi l’hiver 2010 pour se concentrer sur l’ossature des jardins, puis il est revenu au printemps 2011, invité par le musée des Impressionnistes. Revisitant l’esthétique pictorialiste du XIXe siècle, ses gros plans de fleurs tirés au charbon Fresson ont le grain velouté et le flou spécifique à ce tirage, et la fluidité des aquarelles. Des concentrés d’émotion et de poésie.

Très peu connu en France, le Britannique Darren Almond (né en 1971) qui développe une réflexion sur le temps et la durée, a aussi choisi la nuit pour photographier les jardins de Monet en 2011 et 2012. En optant pour un moment très précis : l’aube (Civil Dawn), cet instant court et magique qui précède l’apparition du soleil à l’horizon. Capturant l’univers vaporeux, fragile, évanescent et onirique de fleurs noyées dans la brume matinale, Almond nous emmène au-delà de la photographie, presque dans la peinture et au-delà de la nature, dans son imaginaire.

Changement total d’univers avec le travail d’Henri Foucault (né en 1954). Sculpteur, photographe et vidéaste, il s’est attaché à retrouver le scintillement de l’eau et de la lumière qui fascinait tant Monet. Il l’a traduit par une série de photogrammes de plantes et feuilles, intitulée Vibrations, les agrandissant parfois et les recouvrant de minuscules cristaux Swarovski verts ou bleus (Deep Blue et Green Light). Un travail long et minutieux, particulièrement original, mais d’une certaine froideur, malgré l’irisation des pierres.

Des regards sur les jardins de Monet, bien au-delà de leur réalité tangible et qui donne envie d’aller les redécouvrir, en tentant, malgré l’affluence, de prendre cette même distanciation poétique.

Catherine Rigollet

Visuels : Elger Esser, Combray (Giverny V), France (Haute-Normandie, 27, Eure), 2010. Héliogravure sur papier fait main, 117 x 133 x 6 cm. Collection particulière. ©Elger Esser 2010 ©Paris, ADAGP 2015.
Darren Almond, Civil Dawn@Giverny Winter 2, 2012. C-Print, 155 x 121 cm. Darren Almond par l’intermédiaire de la galerie Max Hetzler, Berlin / Matthew Marks Gallery, New York/ Jay Jipling, White Cube, Londres.