L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

"Une sélection des meilleures expositions du moment en Europe. L’occasion d’une escapade d’un week-end."

Expo à L'étranger

The Ey exhibition : Picasso 1932, Love, fame, tragedy

Malgré une exploitation muséale intensive de son œuvre, chaque exposition dédiée à Pablo Picasso (1881-1973) parvient à ouvrir une nouvelle perspective sur son œuvre. Comme ceux du musée Picasso où l’on a vu cette même exposition cet hiver (https://www.lagoradesarts.fr/-Picasso-1932-Annee-erotique-.html), les commissaires de la Tate ont choisi de tourner les pages du calendrier 1932, année marquante dans la vie personnelle du peintre avec la place de plus en plus importante de Marie-Thérèse Walter, et dans sa vie d’artiste maintenant célèbre, riche et recherché puisqu’on lui offre une rétrospective, d’abord à Paris (pour laquelle il déclinera d’aller à la Biennale de Venise ou au MoMA de New York) puis à Zurich. Prude Albion oblige, la Tate a fait l’impasse, dans le titre de l’exposition, sur le mot érotisme.

Au fil des mois commençant aux tous derniers jours de 1931, on découvre la présence de plus en plus obsédante de Marie-Thérèse : Picasso, 50 ans, est marié à la ballerine russe Olga mais il s’est épris depuis quelques années de cette jeunesse blonde. En début d’année, son imagination se porte vers le rêve, le sommeil, d’où des portraits, dans une palette toute en douceur, d’une femme sensuelle, sexuelle, offerte à l’œil (et au pénis) du peintre, avec une mèche blonde trahissant le modèle (The Dream). Après l’achat d’un manoir normand à Boisgeloup, il expérimente avec la sculpture, Marie-Thérèse y prend des formes solides et c’est Brassaï qui fait connaitre ce travail de sculpteur en publiant des photos du studio dans la revue Minotaure.
Malgré ses innovations picturales, Picasso reste attaché au nu couché féminin (Manet y reviendra aussi). Il peint trois toiles (mèche blonde omniprésente). Transgression dans la dernière : le miroir reflète non le visage de la femme mais un arrière-train dodu. Plus tard, lors d’un séjour à Boisgeloup, Picasso vire presque à l’abstraction. Finie les rondeurs plantureuses du début d’année. Le corps féminin, déconstruit, s’articule en triangles, mais les “orifices” sont bien là… (Paul Rosenberg refusera de les exposer).
La salle suivante est consacrée à la rétrospective de juin 1932 à la Galerie Georges Petit (un échec commercial). Picasso s’érige en curateur, “mauvais”, laisse-t-il entendre. Les photos de l’exposition montrent que l’accrochage se réduit, lorsque les tableaux ne sont pas tout bonnement posés à terre, à pendre les toiles les unes à côté des autres sans autre souci, semble-t-il, que d’en montrer le plus grand nombre possible (il y en a plus de 200). La Tate profite de cette pause dans le calendrier pour exposer des toiles antérieures bien connues et pour reproduire le mur des portraits de famille (Portrait d’Olga dans un fauteuil, 1918), dominé par l’autoportrait du peintre (Autoportrait, 1901), tels que le public les avait vus en 1932.

En septembre, en revenant de Zurich, Picasso s’intéresse au thème de la Crucifixion d’après le Retable d’Issenheim qu’il n’a probablement pas vu. Œuvres à l’encre noire, de petit format, se partageant entre l’abstraction, les formes surréalistes ou « daliesques », et un quasi-réalisme (La Crucifixion, 1932). À la fin de l’année, il se tourne vers un thème plus pragmatique, la noyade et le sauvetage, et vers le dessin sur papier qu’il décline abondamment. La dernière page de l’éphéméride d’une année de créativité sous-tendue par ses relations avec les femmes est tournée.
Beaucoup d’œuvres ont été prêtées par des collections privées, et sont donc inconnues. Elles méritent donc le voyage à Londres si l’on n’a pas vu l’exposition parisienne.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Pablo Picasso, The Mirror (Le miroir), 1932. Oil paint on canvas, 1300 x 970 mm. Private collection © Succession Picasso / DACS London, 2018.
Pablo Picasso, The Rescue (Le Sauvetage), 1932. Oil paint on canvas, 1445 x 1122 x 77 mm. Fondation Beyeler, Riehen, Basel, Sammlung Beyeler. © Succession Picasso / DACS London, 2018.

Archives des expos en europe
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Infos pratiques
Du 8 mars au 9 septembre 2018
Tate Modern
Bankside, London
Ouvert tous les jours
Du dimanche au jeudi, 10h – 18h
Vendredi et samedi, 10h – 22h
Entrée : £ 20
www.tate.org.uk