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Qui a peur des femmes photographes ?

lundi 2 novembre 2015, par cath

Qui a peur des femmes photographes ?
Du 14 octobre 2014 au 25 janvier 2015

 

1ère partie : 1839-1919
Musée de l’Orangerie
Tous les jours, sauf mardi
www.musee-orangerie.fr
2ème partie : 1918-1945
Musée d’Orsay
Tous les jours, sauf lundi
www.musee-orsay.fr
Billet jumelé deux musées : 14€

 

Visuel page expo : Gertrude Käsebier (1852-1934), Portrait (Miss N), 1903. Épreuve photomécanique sur papier Japon à partir d’un négatif original, 19,5 x 14,7 cm. Paris, musée d’Orsay. © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt.
Lucia Moholy (1894-1989), Laszlo Moholy-Nagy, vers 1925, Washington D.C. Smithsonian’s National Portrait Gallery. ©L’Agora des Arts.

Non, dès l’invention officielle du médium en 1839, la photographie ne fut pas qu’une affaire d’hommes ! Véritables professionnelles de l’objectif, maîtrisant la technique, les femmes se sont emparées de l’outil photographique pour exister hors de la sphère domestique, conquérir de nouveaux terrains d’action et d’expression, s’affirmer comme artistes, acquérir une autonomie financière, devenir actrices de la vie publique et politique, loin des stéréotypes sur d’éventuelles spécificités féminines dans le champ de la photographie.

Le XIXe siècle interdit aux femmes les nus photographiques, elles désobéissent subtilement, « sensualisant » les corps, comme Julia Margaret Cameron qui photographie des femmes cheveux défaits, libres, renforçant leur pouvoir sexuel. À partir de 1918, le nu, l’érotisme et une plus grande liberté sexuelle s’affichent ouvertement. Laure Albin Guillot est l’une des premières en Europe à exposer des études de nu masculin, tandis que Claude Cahun ou Germaine Krull montrent sans détour l’homosexualité féminine déjà abordée par Alice Austen dans les années 1890. Une émancipation féministe et un activisme artistique qui va s’intensifier dans l’entre-deux-guerres.

Les femmes photographient la machine, la vitesse et l’architecture, se lancent dans le photoreportage (célèbre cliché pris en 1936 par Dorothea Lange d’une migrante et de ses deux enfants), la mode et la publicité, explorent le monde (Descente du col de Djengart à la frontière de la Chine, 1932, d’Ella Maillart), couvrent aussi les conflits armées (Florence Farmborough, Olive Edis) grâce à leur Rolleiflex ou aux nouveaux Leica, des appareils de petits formats très maniables.

Si certaines continuent de pratiquer les genres qui leur ont été traditionnellement dévolus (portrait, jardin, nature morte, animaux), d’autres n’y vont pas par quatre chemins, transgressant joyeusement les codes artistiques et surtout sociaux. Ruth Bernhard et Anna Barna photographient des poupées cassées ou démembrées ; Lola Alvarez Bravo et Alma Lavenson des fleurs et des plantes qu’elles érotisent avec délectation, tandis que Lee Miller sert des seins après mastectomie comme des steaks sur un plateau (Several Breast from Radical Surgery in a Place Sitting, vers 1930), loin de l’objet du désir masculin.
Jouant avec les miroirs, les femmes s’explorent aussi comme sujets, se masquent ou s’amusent avec leur image (Me + Cat de Wanda Wulz), se représentent en affirmant une personnalité ou leur métier comme ces autoportraits à la camera de Margaret Bourke et celui encore plus affranchi de Marianne Breslauer, peignoir ouvert sur sa nudité (Die Fotografin, 1933).
Ces femmes photographes ont tout expérimenté (solarisation, surimpression, couleur…), ont été de tous les courants (Nouvelle Objectivité, Nouvelle Vision, Surréalisme…), exploré tous les genres (voyage, mode, pub, cinéma…), fait carrière dans la photographie (Krull, Freund, Johnston, Bourke-White, Lange) et même théorisé, comme Gisèle Freund qui a beaucoup écrit sur le sens de la photographie et la sociologie de l’image, tout en apportant leur vision de l’univers.

Si le musée du Jeu de Paume montre régulièrement le travail de femmes photographes célèbres ou peu connues telles Eva Besnyö, Kati Horna, Lisette Model, Diane Arbus, Berenice Abbott, Claude Cahun, Florence Henri, Germaine Krull ou Martine Franck, cette double exposition organisée par les musées d’Orsay et de l’Orangerie, au titre volontairement accrocheur pour interpeller, contribue avec des photographies de plus de 170 photographes européennes et américaines, dont de nombreux chefs-d’œuvre, à témoigner de la contribution active des femmes à l’histoire de la photographie, depuis ses origines. Elle montre que ce médium a aussi constitué, pour nombre de ces femmes artistes, une possible voie d’émancipation et de subversion.

Catherine Rigollet

- Publié par les Éditions Hazan, le catalogue de l’exposition Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945, ouvrage collectif, auquel ont notamment contribué Ulrich Pohlmann, Thomas Galifot et Marie Robert, les commissaires de l’exposition, constitue une passionnante étude -abondamment illustrée- sur la contribution des femmes à l’histoire de la photographie, questionnant la part du genre en photographie, mettant en lumière l’émergence des pionnières et des avant-gardistes, s’interrogeant sur le rôle des femmes dans la création, en particulier dans l’art de la photographie. 304 pages, 400 illustrations, 45€.