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« Des portraits d’artistes contemporains, des interviews de personnalités du monde de l’art, des reportages. »
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La galerie d'Agora

Christian Tell - Peintre et sculpteur

Discret, plutôt taiseux même, force tranquille et laborieuse, Christian Tell poursuit avec une constance opiniâtre et inspirée son exploration des formes artistiques dans son atelier de la Cour des arts de Vauréal (agglomération de Cergy-Pontoise). Plus de soixante ans que ça dure avec une certaine accélération cette dernière décennie lorsque le simple peintre s’est mué aussi en sculpteur puis en « conquérant de l’espace », comme il aime se définir, avec ses suspensions, ses totems ou ses installations. Son talent et sa soif d’expressions multiples ont débordé la toile, ce qui lui a bien réussi. Né à Hyères, l’artiste est foncièrement francilien ayant vécu tour à tour à Sarcelles, Taverny et Conflans-Sainte-Honorine aujourd’hui. C’est d’ailleurs dans cette grande région parisienne qu’a eu lieu la très grande majorité de ses expositions personnelles ou collectives.

Autant qu’il s’en souvienne, Christian Tell dessine depuis son plus jeune âge, préférant alors correspondre avec ses familiers sous forme de dessins plutôt que de mots. Pas d’artiste parmi ses aïeux, il s’estime autodidacte tout en restant très évasif sur la naissance de sa vocation. Il admet pourtant des affinités, sinon des influences, avec la peinture de la Renaissance mais aussi des maîtres de la modernité comme Zao Wou-Ki, Soulages ou Kiefer. Quoi qu’il en soit, il expose dès l’âge de quinze ans, peignant d’abord dans une veine figurative plutôt conventionnelle. Bien sûr, il ne vit pas de son art et pratique un métier artisanal, la menuiserie de jardin qui lui vaudra au fil des ans des commandes pour des bâtiments publics et des musées prestigieux. Un artisanat de niche que Tell compte laisser peu à peu de côté en cette année 2021. « Mon objectif est d’essayer de vivre de mon art à partir de maintenant, avoue-t-il, en trouvant un nouvel agent et des galeries. » Et il en a des choses à montrer celui qui, après une bonne vingtaine d’années de peinture figurative, s’est lancé dans l’abstrait. D’ailleurs, il date avec précision ce tournant vers l’abstraction : « En 1998, après avoir passé environ six mois sur une copie du Christ d’Holbein le Jeune, je me suis rendu compte que j’étais allé au bout de cette manière de faire, de ces techniques et de ces matériaux. J’ai fini par trouver une certaine simplicité dans des matériaux comme la gouache, le gesso, le bitume, le béton, des matériaux facilement trouvables et qui s’associent bien entre eux. Je suis un technicien qui aime faire des tentatives sur différentes matières. Maintenant, j’aime les choses simples. » Depuis quelques semaines, il travaille même l’argile pour la première fois !

À partir de ce tournant de la fin du siècle, il lui faut deux ans pour sortir une œuvre abstraite qui lui convienne et plusieurs années pour tester différentes techniques mixtes, colle-pigments-huile puis bitume-gesso-colorant-gouache. Depuis sept ans environ, Christian Tell a éprouvé une technique de peinture qu’il ne cesse d’approfondir. Il étale bitume et gesso sur une toile posée à plat qu’il plie et froisse avant d’y ajouter les gouaches puis de la replier et la refroisser afin d’en extraire une œuvre. Satisfait ou pas, il n’y ajoute pas de touche finale. « Lorsque je peins, je pars complètement, essayant d’atteindre un plaisir très spirituel. C’est ça, en peinture, je recherche plutôt le côté spirituel. Par rapport à Picasso, c’est quand j’ai trouvé que je sais ce que je cherchais ! Et j’espère que ça ne sera jamais abouti ! »

Au bout d’une quinzaine d’années d’exploration de la peinture abstraite, où l’on remarque au fil des ans une nette évolution dans les formes et dans les matériaux, Tell ouvre de nouveaux terrains d’inspiration, la sculpture en utilisant le béton, « un jeu relationnel, métaphore de la relation à l’autre » selon l’artiste, puis les suspensions, sortes de kakémonos en tissu ou papier tissé, souvent inspirés des drapeaux de prière tibétains et enfin les totems, parfois surmontés d’une sculpture, comme l’aboutissement provisoire d’une quête spirituelle. Quand l’imagination de l’artiste puise aux sensations et aux souvenirs de ses voyages en Inde et en Chine. On note aussi l’apparition dans ses dernières toiles de signes alphabétiques et calligraphiques comme une tension poétique cherchant à embrasser l’universel par touches allusives. Dans sa créativité désormais sans limite, Tell semble s’approprier le monde. Comme il s’approprie l’espace, car il aime sortir de l’atelier pour proposer ici et là des installations dans des lieux naturels ou urbains. Une exposition était prévue en janvier sur « Les Terrasses de Conflans » qui a été reportée sine die.
Nous vous suggérons vivement de suivre Christian Tell, un discret qui mérite d’être connu !

Jean-Michel Masqué (janvier-février 2021)
Photos des œuvres : D.R
Portraits de l’artiste : Lionel Pages