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La galerie d'Agora

Noël Coret - Commissaire général de l’exposition Trésors de Banlieues

Portrait de Noël Coret
Édouard Cortès-Marché de Lagny
Isidore Isou, Commentaire sur Van Gogh
Boris Taslitzky, Les Délégués
Jacques Doucet, Composition
Trésors de Banlieues - expo 2019

En octobre et novembre 2019, plus de 55 communes et départements de banlieues, dont huit de province, exposent les « trésors » de leur fonds d’art constitué depuis des dizaines d’années. 260 œuvres, principalement modernes et contemporaines, seront présentées d’une manière très originale dans les 3000 m2 de la Halle des Grésillons de Gennevilliers en voie de réhabilitation par l’architecte Patrick Bouchain dans le cadre du projet « La preuve par 7 ». Le commissaire général de l’exposition, Noël Coret, spécialiste du postimpressionnisme et de l’École de Paris, président du Salon d’Automne de 2004 à 2014 et du Salon d’Automne international depuis 2011, nous dévoile les secrets de fabrication de cette exposition unique en France.

Pourquoi avez-vous adhéré à ce projet d’exposition ?
Ce projet est le fruit d’une réflexion collective menée par l’Académie des Banlieues, Sous la présidence de François Asensi, maire de Tremblay, cette association très active dénonce la stigmatisation quasi systématique dont sont victimes les banlieues ainsi que les injustices flagrantes que subissent les villes populaires qui bordent Paris, Lyon, Marseille, Lille…La politique d’accompagnement de la création artistique et de valorisation du patrimoine est une donnée que l’on oublie souvent quand on évoque les villes des banlieues : elle est pourtant une part essentielle de leur ADN ! Nous y trouvons des militants acharnés qui mènent une lutte inlassable pour mettre l’art et la culture à la portée de tous.

Pourquoi ce titre "Trésors de Banlieues" ? Tentative de dévoiler ce qui est habituellement caché ou montrer qu’il existe des trésors en banlieue ?
Le titre contient la nécessité d’une quête, d’une aventure, d’une errance en terre méconnue : il est une invitation à passer de l’autre côté du périphérique et découvrir des richesses. Les œuvres ne sont pas cachées : qu’il s’agisse d’art historique ou contemporain, elles s’offrent à nous aux « vitrines » des collectivités. Et nous n’en dévoilons qu’une infime partie.

En quoi cette thématique est-elle originale ?
Parce qu’elle contribue activement à valoriser ce qui participe à la singularité des banlieues et que tout le monde tait…Et cela dure depuis toujours ! Hier, nous avions Erik Satie à Arcueil, les frères Duchamp à Puteaux, les fauves Derain et de Vlaminck à Chatou, Caillebotte et les impressionnistes à Gennevilliers, à Argenteuil, Pissarro à Pontoise, Sisley à Moret-sur-Loing, Gleizes et Duhamel à l’Abbaye de Créteil etc. Aujourd’hui, qui connaît les grands artistes qui vivent et travaillent en banlieues, lesquelles accueillent en résidence des centaines de créateurs ? La culture hip hop, le slam, le rap, les arts urbains et le street art, la mode…tout cela naît sur ces territoires périphériques avant d’être digéré par les capitales qui se gardent bien d’en rappeler l’acte de naissance !

Avez-vous été surpris par ce que vous avez découvert dans les collections des collectivités et par l’adhésion au projet de ces mêmes collectivités ?
Oui, ce fut une découverte fantastique à laquelle je ne m’attendais pas du tout ! En prenant mon bâton de pèlerin pour parcourir les banlieues, je suis allé de découvertes en découvertes, avec la sensation grisante que les coffres que l’on ouvrait pour moi étaient sans fond ! Nous avons même dû refuser des œuvres, la Halle des Grésillons ne suffisant pas à accueillir toutes les propositions…

Quelles sont les œuvres emblématiques de cette exposition qui, selon vous, ont marqué l’histoire de l’art ?
Certes nous trouvons ici des créateurs qui furent aux avant-postes, tels Caillebotte pour l’Impressionnisme, Valtat pour le Fauvisme, Gleizes pour le Cubisme, Chagall pour l’École de Paris, Amblard, Fougeron, Miailhe, Somville et Taslitzky pour le Réalisme social, sans oublier les représentants des mouvements qui ont agité la fin du siècle dernier : les Malassis avec Cueco et Parré, le Groupe DDP avec Michel Dupré, la Nouvelle Figuration avec Rancillac et Guanaes Netto, la Figuration Libre avec Hervé di Rosa, Combas, Catherine Viollet, l’Art urbain dont Ernest Pignon-Ernest fut l’un des pionniers et le street art où trône encore Miss. Tic ! Mais il serait injuste de ne pas citer Grapus et Gérard Paris-Clavel, graphistes de génie qui ont bouleversé notre manière d’appréhender l’affiche et le slogan politique, ou encore les architectes Jean Renaudie et Patrick Bouchain, les sculpteurs Hajdu, Féraud, Volti… Les Trésors, ce sont aussi un poignard gravé par Goya, le bateau à voile « Madame » dans lequel Maupassant promenait ses conquêtes féminines sur le bassin de Gennevilliers, des illustrations originales de « Sans Famille » d’Hector Malot, des manuscrits de Jean Jaurès et d’Erik Satie, le court métrage de Marcel Carné sur la Fête du petit vin blanc… Il faudrait les citer tous !

Et quelles sont les œuvres qui vous ont spécialement touché ?
S’il fallait en retenir une, ce serait une peinture religieuse de Pieter Van Mol (1599-1650) représentant La Fuite en Égypte (vers 1650) et prêtée par Malakoff. Outre son caractère sacré, on y voit aussi le sort des réfugiés contemporains, obligés de fuir leurs terres pour échapper à la mort ou à la misère, faisant d’eux les figurants tragiques du Radeau de la Méduse de Géricault…Cette Fuite en Égypte du XVIIe siècle déploie une intensité émotionnelle d’autant plus forte que le sujet affirme une contemporanéité saisissante… Mais La Mort de Danielle Casanova (à Auschwitz…) de Boris Taslitzky, La Guerre d’Espagne de Blasco Mentor (inédit) et le Rimbaud d’Ernest Pignon-Ernest figurent parmi les œuvres les plus fortes de l’exposition…

Comment le choix de la Halle des Grésillons s’est-il imposé ?
Parce que le lieu est fantastique et qu’il était grand temps de le réhabiliter, d’en faire un lieu de culture et de vie, ce que la mairie de Gennevilliers a eu le courage de mener à bien ! C’est un écrin inestimable et providentiel pour toutes sortes de manifestations…

Pourquoi ce choix audacieux des containers comme cimaises ?
C’est une idée géniale sortie du cerveau bouillonnant des deux scénographes d’Au fond à gauche, Guillaume Lanneau et Bruno Charzat. Ils ont souhaité ainsi rappeler l’activité portuaire de la ville, Gennevilliers étant le premier port commercial sur la Seine. Cela nous donne une scénographie avant-gardiste qui, outre l’intérêt d’être une installation d’une esthétique novatrice, présente l’avantage d’une protection garantie pour les œuvres. Parallèlement, sous le plafond qui s’étend de chaque côté de la Halle, une cimaise sera déployée afin d’occuper au mieux cet espace…

Cette exposition aura-t-elle des prolongements ?
Les œuvres sont d’une telle quantité et qualité qu’une Biennale ne serait pas de trop ! L’idée est dans l’air mais je ne peux actuellement vous en dire plus. Évidemment, un catalogue dont l’instruction est en cours reproduira toutes les œuvres présentes dans l’exposition ! Une notice les accompagnera, précisant la collectivité prêteuse, et la nature de l’œuvre… Des médiateurs culturels accueilleront écoles primaires et secondaires. D’autre part, le spectacle vivant est lui-aussi un trésor inépuisable de nos banlieues ; chaque vendredi en fin d’après-midi et chaque samedi, durant les deux mois d’octobre et de novembre, une foultitude d’évènements viendra faire vibrer le lieu : concerts, conférences, colloques, contes, danse, défilés de mode etc.

Propos recueillis par Jean-Michel Masqué. Juin 2019

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Trésors de Banlieues - expo 2019 Agrandir l'image (pop up)


“Trésors de banlieues”
Du 5 octobre au 30 novembre 2019
Halle des Grésillons, 41 avenue des Grésillons, Gennevilliers
À côté du Théâtre de Gennevilliers, métro Gabriel-Péri (ligne 13)
Entrée libre
Ouvert les mardi, mercredi et jeudi de 9h à 19h
Le vendredi de 9h à 19h
Le samedi et le dimanche de 9h à 18h
L’exposition est ouverte au public tous les jours des vacances de la Toussaint et fermée les 1er et 11 novembre.

Visuels : Noël Coret devant une peinture représentant des Pommiers en fleurs à Jouarre par le peintre postimpressionniste Fernand Pinal (1881-1958). N. Coret devant Paysage au Bas Meudon de René Durey (1888-1959), peintre spécialiste des vues de banlieues et qu’appréciait Louis Aragon ; œuvre qui figurera dans l’exposition "Trésors de Banlieues". Photo D.R.
Édouard Cortès (1882-1969), Le Marché de Lagny en 1930 (détail). Huile sur toile, 100 x 128 cm. Ville de Lagny-sur-Marne. © Adagp, Paris, 2019.
Isidore Isou (1925-2007), Commentaire sur Van Gogh, 1985. Huile sur toile, 57 x 48 cm. Ville de Vénissieux - Don Pascale Triol © Adagp, Paris, 2019.
Boris Taslitzky (1911-2005), Les Délégués, 1948. Huile sur toile, 208 x 300 cm. Mairie de La Courneuve, Fonds municipal d’art contemporain © Adagp, Paris, 2019.
Jacques Doucet (1924-1994), Composition. Huile sur toile, 46 x 55 cm. Ville de Gennevilliers © Adagp, Paris, 2019.