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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Londres. The EY exhibition : Wifredo LAM

samedi 8 octobre 2016

Du 14 septembre 2016 au 8 janvier 2017
Tate Modern
Bankside
London SE1 9TG
Entrée : £ 16
Du dimanche au jeudi, de 10h à 18h
Vendredi et samedi, de 10h à 22h
www.tate.org.uk/modern

Si l’on a vu l’exposition Wifredo Lam (1902, Cuba – 1982, Paris) au Centre Pompidou il y a quelques mois, on pourra regretter de ne pas admirer ici l’une des œuvres maîtresses du peintre d’origine cubaine La Jungle, 1943. Mais on retrouvera avec plaisir son œuvre foisonnante, poétique, érotique, symbolique, inspirée, voire influencée, par ses origines chinoises et afro-hispaniques et par ses pérégrinations (fil rouge de l’accrochage chronologique) entre l’Europe, Cuba, la Martinique et New York.

À son premier séjour à Madrid, Lam peint des portraits réalistes, et sur le plan personnel, vit la perte intolérable de sa femme et de son fils. Au Prado, il découvre Goya et Velasquez, et dans les livres d’art, Matisse (La Fenêtre I). Fuyant la guerre civile, il part pour la France en 1938, fait la connaissance de Picasso, découvre l’art africain. Ses visages tiennent maintenant du masque. Lam entre dans le cercle d’André Breton, le premier des poètes (Césaire, Char) dont il sera proche. Il en illustre le poème, Fata Morgana, en attendant le bateau qui l’emmène avec 300 intellectuels en Martinique où il rencontre Aimé Césaire.

À son retour à Cuba en 1941, il s’effare de voir son pays rongé par la pauvreté et le racisme, mais est conquis par la lumière et la nature luxuriante et séduit par la Santeria, ensemble de rites et croyances mélangeant les influences ouest-africaines et le catholicisme. (The Somber Malembo : God of the Crossroads, 1943). Sur ses toiles se mêlent des créatures hybrides, allusions à des déités africaines, dessinées avec précision sur un fond de nature flouté par le mouvement du pinceau ou au contraire si précise que cannes à sucre, bananes et papayes se chargent de sexualité. Simultanément, il crée de larges formats avec des formes spectrales et des flèches, symboles de l’interdiction des traditions religieuses par les colonisateurs. Dès 1950, son dessin deviendra plus épuré, sur fond sombre (The Fiancée, 1950). Après une exposition chez Pierre Matisse en 1948, il s’installe définitivement à Paris, sans s’interdire de voyager de part et d’autre de l’Atlantique ou de travailler la céramique à Albissola Marina en Italie où il produira des centaines d’œuvres. Une demi-douzaine est présentée ici.
Lam se lance alors dans l’impression, donnant libre cours à son exploration de la violence, de la colère et de la spiritualité. Le poème Apostroph’Apocalypse du poète roumain Gherasim Luca est ici montré dans son intégralité, les mots rivalisant avec les illustrations de Lam dans une superbe mise en page.

Il faut donc découvrir Wifredo Lam, peintre et poète transcontinental. Il faut découvrir sa complexité et sa simplicité, son érotisme discret et son ésotérisme coloré, sa spiritualité et son pragmatisme. En un mot, il faut aller à Londres si vous n’avez pu faire cette découverte à Paris.

Elisabeth Hopkins

Visuel : Wifredo Lam (1902-1982), Horse-Headed Woman, 1950. The Rudman Trust © SDO Wifredo Lam