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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Visibles-Invisibles. L’Afrique urbaine et ses marges

mardi 28 juillet 2015, par cath

Du 26 mars au 26 septembre 2015
Fondation Blachère-Centre d’Art
384, avenue des Argiles
ZI les Bourguignons - 84400 Apt
Tél. 04 32 52 06 15
Ouvert du mardi au dimanche, de 14h à 18h30
En juillet, août et décembre
Fermé dimanches et lundis les autres mois
Entrée libre
www.fondationblachere.org

On quitte un soleil provençal brutal pour plonger dans le noir. Noir des cimaises et noir d’un continent qui, grâce à quinze de ses artistes, va nous révéler ses lumières invisibles, ces femmes et hommes anonymes qui en sont la dynamique cachée. On se heurte tout d’abord à un étalement sombre, luisant. Marée noire à Lampedusa (2014-15) du Togolais Clay Apenouvon symbolise ce pétrole boulimique qui, non content de piéger chaussure d’enfant, chapelet ou biberon que l’on finit par distinguer dans la pénombre, retient peut-être aussi dans sa glu noire des corps humains. Sammy Baloji (RDC), remarqué à Art Bruxelles et à la Fondation Cartier, a photographié récemment les paysages miniers Katangais puis y superpose des photos de travailleurs de l’époque de l’exploitation belge des sols et des hommes. Avec pudeur, Malik Nejmi photographie l’enfance handicapée dans un orphelinat malien, par le biais d’ombres de petits corps difformes.

Beaucoup de photographies dans cette belle exposition, porteuse de joie, d’inédit, d’espoir et de réhabilitation. Que ce soit les grand-mères footballeuses de André Sébio (Nigéria), les dévoreuses d’âmes du Burkinabé Nyaba Léon Ouedraogo, ou encore les autoportraits de la Tunisienne Mouna Karray, dont le corps replié et confiné dans un linceul blanc ne laisse échapper que sa main et le déclencheur de son appareil, étrangement similaire à une grenade … telle qu’il en éclatera des mois plus tard dans son pays.

Au centre de la salle, un petit peuple en marche vers un destin fatidique ou un monde meilleur. On ne sait. L’un de ces peuples invisibles auxquels Alex Burke rend hommage, ceux dont l’intégrité fut noyée dans les désirs de puissance d’autres peuples, sous l’égide de la croix et de la couronne. Amérindiens, Africains. Devoir de mémoire. Peut-être espoir.

On finira avec le très beau film du Sud-Africain William Kentridge, Félix en exil (1994). Dénonciation toujours chez l’artiste de l’apartheid, du colonialisme, ici plus précisément le destin des combattants oubliés qui contribuèrent à la chute du régime d’apartheid. Le montage des dessins au fusain et des collages sur papier est filmé au fur et à mesure, comme une version sud-africaine des animé japonais.

Alors que la Fondation Cartier de Paris offre elle aussi un superbe panorama de l’art africain d’aujourd’hui et d’hier (Beauté Congo, jusqu’au 15 novembre 2015), cette exposition, plus modeste en nombre d’œuvres, mais certainement pas en diversité, qualité ou émotion, vaut vraiment le détour.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Mourray Karray, Noir #4, 2013, tirage jet d’encre sur papier baryté, 128 x 128 cm. Copyright Mouna Karray.
William Kentridge, Sans titre, 1998, acrylique, pastel et fusain sur papier, 176 x 140 cm. Courtesy Sophia Luneau.