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Expo à Paris

Wols. Histoires naturelles

C’est une des comètes de l’art. Certains le rattache au surréalisme par la spontanéité, l’automatisme de ses traits, d’autres à l’art informel par son tachisme et le lyrisme raffiné de son langage pictural tendant de plus en plus vers l’abstraction au fil des années. Alfred Otto Wolfgang Schulze, dit Wols (Berlin 1913 - Paris 1951) reste inclassable et surtout injustement oublié, malgré les centaines de photographies et les milliers d’aquarelles laissées par cet artiste, musicien (violoniste chevronné), photographe, peintre, graphiste et graveur, disparu prématurément à 38 ans après avoir trouvé refuge en France pour fuir le régime hitlérien.

Immense artiste, Wols est aussi grand lecteur, notamment des poètes : Rimbaud, Artaud, Lautréamont, Edgar Poe, Lao-tseu ; lui-même en écrit sur de minuscules bouts de papiers, des aphorismes aussi, sur tout : l’existence, l’amour, l’argent, Dieu, l’art… C’est souvent mélancolique ou ironique, comme son fameux : « Il est possible que Dieu préfère les mouches aux hommes ». Puisant son inspiration dans le spectacle de la nature, il crée de curieuses formes organiques, hybridant le végétal et l’animal (Sans titre / Tête, 1943), se nourrissant dans le même temps de ses illuminations intérieures, tourmenté par la vision d’un monde hostile et une souffrance physique découlant de l’abus d’alcool depuis son internement au camp des Milles en 1940. Impressionné par Paul Klee, on retrouve chez Wols les mêmes entrelacs indéchiffrables, la pulvérisation de signes, l’éclaboussement des couleurs comme dans ces germinations aussi belles et poétiques avec leurs couleurs vert d’eau, bleu pâle, rose évanescent, qu’inquiétantes avec leurs traits tourmentés, griffés, en zigzags (Vert cache rouge (Le grand orgasme), vers 1947), ou dans ces formes biomorphes étranges et fantastiques. Si dans ses peintures, à la manière d’un Jackson Pollock, Wols asperge de peinture la toile et cerne ces formes d’épaisses lignes noires, dans ses dessins, il est plein de finesse, de délicatesse, d’élégance dans le trait, même si l’on perçoit une angoissante frénésie de la main qui l’a tracé.

Réunissant plus d’une centaine d’œuvres (dessins, encres et aquarelles, photographies, peintures, écrits), l’exposition au Centre Pompidou permet de découvrir son œuvre singulière et radicale, saluée en son temps par son ami Jean Paul Sartre pour qui Wols met sa vie en jeu dans chaque geste et des artistes comme Georges Mathieu. Après avoir vu l’exposition des quarante toiles, parmi lesquelles Aile de papillon (1947) de Wols à la galerie René Drouin en 1947, Mathieu s’exclama dans un texte désormais célèbre : « Wols a tout pulvérisé. […] Après Wols, tout est à refaire » (« Au-delà du tachisme », Paris, René Julliard, 1963).
Démonstration au Centre Pompidou.

Catherine Rigollet

Visuels : Wols, Sans titre (ancien titre : Tête), 1943. Encre et aquarelle sur papier, 16,2 x 10,9 cm © Adagp, Paris 2020 © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jean-Claude Planchet/Dist. RMN-GP.
Wols, Aile de papillon, 1947. Huile sur toile, 55 x 46 cm. Don de M. René de Montaigu en 1979. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris © Adagp, Paris 2020 © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jacques Faujour/Dist. RMN-GP.

Archives des expos à Paris
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Du 4 mars au 18 mai 2020
Centre Pompidou
Tous les jours, sauf mardi, de 11h à 21h
Tarif plein : 14€
www.centrepompidou.fr