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" Beaux livres d’art. Catalogues d’expo. Sélection de nouveautés". Par Catherine Rigollet
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Les livres

Les Monstres

Bienvenue dans la grande meute des monstres dans les arts figurés en Occident. Des créatures étranges et fantastiques, apparues dès la préhistoire, et que l’on retrouve encore de nos jours dans la science-fiction. Figures anthropomorphes dans l’art pariétal, centaures de la mythologie grecque, sirènes, licornes, chimères, sphinges, dragons, démons, satyres, zombies, mutants, mais aussi siamois, phénomènes de foire comme les protagonistes de Freaks (La Monstrueuse Parade, film 1932 de Tod Browning), monstres fabriqués (Frankenstein) et extra-terrestres (E.T), etc. l’ouvrage brasse toutes les formes d’expression qui ont traité du sujet, des arts graphiques au cinéma, en passant par la peinture, la sculpture, la photographie et les arts décoratifs.
À travers plus de 200 œuvres, dont des peintures et œuvres graphiques de Hans Memling (L’Enfer, 1485), Jérôme Bosch (Le Jardin des délices, entre 1494 et 1505), Matthias Grünwald (Retable d’Issenheim, 1512-1516), Francisco de Goya (Le sommeil de la raison engendre des monstres, série des Caprices, 1799), Gustav Adolf Mossa (La Sirène repue, 1905), Max Ernst (La Tentation de saint Antoine, 1945) ou encore ce portrait monstrueux de Donald Trump (2016), par le caricaturiste allemand Frank Hoppmann, "Les Monstres" est un ouvrage richement illustré. Il constitue un passionnant panorama chrono-thématique des représentations du monstre dans l’art et son évolution dans le temps. Et l’on constate qu’au cours des siècles, le pouvoir de répulsion/fascination des monstres n’a pas faibli et continue d’inspirer les artistes, parfois non sans humour.

Catherine Rigollet

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Martial Guédron
Beaux-Arts éditions
224 pages
Paru le 3 octobre 2018
Relié - 22 × 27 cm
29,95€


La Vie et la mort à travers l’art du XVe siècle

Une des premières illustrations de l’ouvrage, une peinture sur bois attribuée à Hans Memling (vers 1485), représente un détail du Polyptyque de la Vanité terrestre et de la Rédemption céleste : un mort debout, le ventre déchiré par une blessure, mais un visage de squelette souriant. « L’artiste a tracé deux fentes transversales dans les orbites vides, comme pour signifier que ces yeux sont simplement fermés et qu’un jour ils s’ouvriront », commente Alberto Tenenti. Avant l’avènement de l’imprimerie, le XVe siècle s’est essentiellement nourri d’images. Fresques et autres livres d’heures formaient ce que l’Église appelait la ‘‘Bible du pauvre’’, peuplée d’anges et de démons. Dans la seconde moitié du siècle, l’imprimerie bouleverse tout, les images se propagent à grande vitesse. C’est alors qu’apparaît l’Ars moriendi, guide du mourant pour le salut de son âme. Depuis la peste noire de 1348, la multiplication des fléaux menace l’un des piliers sur lesquels repose la culture chrétienne : l’attente du Jugement dernier. En prenant conscience de leur inexorable dégradation corporelle, les hommes appréhendent différemment la durée. Au-delà de la spiritualité, c’est une curiosité pour les aspects plus matériels de la mort qui s’exprime. Une frénésie macabre s’empare de l’Europe occidentale. Les hommes savourent “les horreurs de la décomposition”, créant ‘‘une expression indépendante de la force qui les détruit’’ : ils dansent avec des squelettes. Alberto Tenenti analyse avec finesse cette iconographie singulière. Cette histoire d’un art, à la croisée des sciences humaines, met en perspective les mentalités de l’époque.

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Alberto Tenenti (1924-2002)
Ed. Allia – Paris
Août 2018 (première publication 1952)
Ouvrage illustré
128 pages
13€


Country life. Chefs-d’œuvre de la collection Mellon

Le catalogue présente l’ensemble des 41 tableaux appartenant à la collection Mellon du Virginia Museum of Fine Arts exposé au musée de la Chasse et de la Nature (du 4 septembre au 2 décembre 2018) ; des œuvres de Delacroix, van Dongen, Dufy, Monet, Morisot, Caillebotte, Stubbs, Degas, Bonnard, etc. Il raconte l’histoire de cette collection réunie par le milliardaire américain Paul Mellon (1907-1999), fils unique d’Andrew Mellon, magnat de l’industrie et de la finance américaines. Ce passionné de cheval, fréquentant les courses de chevaux et le foxhunting (chasse à courre du renard), a développé dans le même temps une collection d’ouvrages rares traitant de thèmes liés aux sports équestres. Puis viendra l’achat des premières toiles célébrant l’élégance équine, peintes par Ben Marshall (1768-1835) ou George Stubbs (1724-1806), tandis qu’il commande son portrait à cheval à Sir Alfred James Munnings (1878-1959). Cavalier émérite (il pratiquera l’équitation jusqu’à un âge avancé), Mellon se passionne également pour l’élevage de chevaux de course. En 1971, Mill Reef, le meilleur cheval de son écurie, vient couronner cette carrière d’éleveur en remportant presque tous les prix, du fameux derby d’Epsom à celui de l’arc de Triomphe.
Son goût de la vie à la campagne sur le modèle de la Country life issue de de la culture britannique, incite Paul Mellon à renoncer à la conduite des affaires familiales pour aller vivre au milieu des champs. Veuf en 1946, il se remarie deux ans plus tard. Bunny (Rachel Lambert Lloyd, 1910-2014), sa nouvelle épouse, partage ce vif sentiment pour la Country Life. Mais elle l’aborde en botaniste et en paysagiste. Le grand intérêt qu’elle porte à la peinture française, notamment impressionniste, ainsi qu’à l’art américain, influencera désormais l’évolution de la collection. Au cœur d’un vaste domaine, la construction du cottage d’Oak Spring Farm permet aux Mellon de transposer en Virginie le modèle de vie rêvé de la gentry britannique. Paul et Bunny y jouent aux gentlemen farmers. L’élégante écurie destinée aux coursiers de Paul, le jardin où Bunny poursuit ses expériences horticoles, accompagnent une maison d’un aspect extérieur modeste, mais dont les murs disparaissent derrière les chefs-d’œuvre issus des écoles française, anglaise ou américaine et célébrant les plaisirs de la villégiature. Paul Mellon a souhaité que cette collection exceptionnelle vienne enrichir les musées américains. La National Gallery de Washington, avec le don de plus de mille œuvres, mais également l’université de Yale et le Virginia Museum of Fine Arts (VMFA) sont les heureux bénéficiaires.

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Sous la direction de Claude d’Anthenaise
et Karen Chastagnol.
Éditeur : SNOECK
Édition française, 128 p. relié
24 x 31 cm
80 ill.
25 €


Gratte-Ciel

Vous ne trouverez aucun gratte-ciel français dans ces 45 défis architecturaux de New York à Dubaï. Si l’Europe n’est pourtant pas absente de cette course au gigantisme, c’est essentiellement en Amérique du Nord et surtout en Asie et au Moyen-Orient que la compétition se joue, avec comme dernier record à battre : le Burj Khalifa de Dubaï : 828 mètres. Soit le double du légendaire Empire State Building construit en 1931. À ces hauteurs stratosphériques, la conception des tours « megatall » relève autant de l’ingénierie que de l’architecture. C’est à Adrian Smith de SOM (Skidmore-Owings&Merrill) que l’on doit ainsi cette tour de 63 étages de bureaux, logements et hôtel, construite en 2010. Depuis, aucune autre n’est venue battre ce record établi par SOM, des spécialistes en la matière qui ont déjà signé : Le John Hancock Center et La Willis Tower à Chicago ou encore le One World Trade Center à New York.

Vitrines du rêve américain, comme de l’obsession du superlatif qui a gagné les pays émergents, ces gratte-ciel sont des prouesses architecturales qui fascinent et qui forcent l’admiration par la beauté du geste architectural qui les a dessinées, à chaque fois unique. Car loin des tours standardisées des années 1950, la diversité des formes est devenue la priorité pour l’environnement urbain. Une frise en dernière page témoigne de cette variété : de la pyramide de la Transamerica Pyramid de San Francisco, au torse en rotation du Turning Torso à Malmö. De la balle de revolver du St Mary axe à Londres, à la pagode chinoise du Taipei 101 à Taïwan.

Cet ouvrage propose un tour du monde des gratte-ciel les plus emblématiques construits entre 1902 et 2014, regroupés par continent. Chaque gratte-ciel est présenté sur deux doubles-pages, avec son histoire, les coulisses de sa création, les caractéristiques de sa structure, une photo pleine page et des illustrations. Un glossaire des mots techniques complète judicieusement ce passionnant guide grand public.

C.R

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John Hill
Ed. Alternatives
Parution : 15-02-2018
192 p. illust.
20€


Aux 4 coins. Paris en polaroid

« Le véritable voyage ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux », écrivait Marcel Proust. Clément Grosjean, arpenteur parisien, flâneur de l’insolite, nous les ouvrent bien grands. Ce photographe français qui capture le monde avec des appareils Polaroid depuis 1998, privilégie l’authenticité des instants spontanés en portraits ou en photographies de rue.
De la Tour Eiffel aux Abbesses, en passant par la Motte Piquet Grenelle et le Canal Saint Martin, il nous entraîne dans un parcours singulier à travers Paris fait de souvenirs intimes, comme autant de petits fragments de mémoire et de nostalgie que tout parisien ou amoureux de la capitale peut partager. Un voyage immobile et poétique en 30 mosaïques accompagnées de textes de Nicole Barrière. Poète, écrivain, essayiste, traductrice, Directrice de la collection Accent tonique aux Éditions l’Harmattan, elle travaille régulièrement en dialogue avec d’autres artistes : peintres, photographes, musiciens.

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Clément Grosjean
Textes Nicole Barrière
Les petites éditions
21x21cm, broché
64 pages
Sortie avril 2018
ISBN 978-2-9540665-9-2
20€


Artistes en Normandie. Delacroix, Monet, Bonnard, Doisneau...

Chaque été, la Ville de Deauville lève le voile sur une partie des collections des Franciscaines, futur lieu culturel qui ouvrira ses portes en 2020. L’exposition "Artistes en Normandie" (présentée à Point de vue, du 8 juillet au 16 septembre 2018) présente ainsi 46 œuvres, des représentations de la Normandie, tant en peinture qu’en photographie, de 1830 à nos jours. À travers une sélection de peintures et de photographies, cet ouvrage qui l’accompagne présente cent-cinquante ans de chefs-d’œuvre issus de la collection du Musée des Franciscaines de Deauville et de la collection Peindre en Normandie.
Les paysages ruraux, portuaires et balnéaires normands sont à l’honneur avec Delacroix (Falaises à Dieppe, vers 1834), Corot (Rue de Village en Normandie, 1875), Monet (Etretat, vers 1864), Boudin (Marée basse soleil couchant, vers 1880-85), Le Sidaner (Voiliers sur la mer dans le lointain, 1896), Dufy (Le Bassin du Roy au Havre, 1907), Vuillard (et son superbe Jardin à Amfreville, vers 1905-1907 au vert et bleu acidulés et irradiants – cf. couverture du catalogue), André Hambourg (En septembre sur la plage à Trouville, 1971). Mais aussi Doisneau (Deauville 27 juin 1963) ou Massimo Vitali (La Plage de Deauville, 2011). Tous les artistes possédant leur propre regard sur cette Normandie qui les a enchantés, déclenchant leur envie de la peindre. Et nous de la voir et revoir à travers leur regard.

C.R

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Sous la direction d’Alain Tapié.
Coédition Musée des Franciscaines, Deauville / Somogy éditions d’Art.
Parution :
15 août 2018
96 pages
19€


Pastels du musée du Louvre, XVII-XVIIIe siècles

On compare souvent la poudre colorée du pastel à celle couvrant les ailes du papillon. Aussi fine, aussi fragile. Dans un ouvrage passionnant, Xavier Salmon invite à mieux connaître l’histoire de cette technique et dévoile des secrets d’histoire et d’exécution des quelque cent-soixante pastels européens des XVIIe et XVIIIe siècles (âge d’or du pastel) conservés au musée du Louvre ; la plus importante collection en France. Ce catalogue accompagne l’exposition En société, Pastels du Louvre des XVIIe et XVIIIe siècles, du 7 juin au 10 septembre 2018, qui invite à redécouvrir des œuvres de Charles Le Brun, Robert Nanteuil et Joseph Vivien au XVIIe. De François Boucher, Jean-Baptiste Chardin, Joseph Ducreux, Jean-Baptiste Greuze, Adelaïde Labille-Guiard, Élisabeth-Louise Vigée Le Brun, Jean-Baptiste Perronneau et surtout Maurice Quentin de La Tour, au XVIIIe. S’y ajoutent quelques rares artistes étrangers tel l’anglais John Russell et sa réputée « petite fille aux cerises » (Mary Hall, future épouse de Joseph Paice Vickery, 1788). En Europe, la France fut en effet le seul pays à connaître un réel engouement pour le pastel. Séduits par le velouté de cette poudre si délicate à poser, les artistes en firent même des œuvres en elles-mêmes.

La plupart sont des portraits, témoins d’une époque, d’une société, mais aussi de la psychologie des personnages, et quelques autoportraits, comme le célèbre Autoportrait aux bésicles (1771) de Chardin. Une figure du peintre vieillissant qui enchanta Marcel Proust, qui en fit un long descriptif : « (…) Le moindre pli de peau, le moindre relief d’une veine, est la traduction très fidèle et très curieuse de trois originaux correspondants : le caractère, la vie, l’émotion présente ». Xavier Salmon rappelle que Chardin, très affecté physiquement par l’usage de la peinture à l’huile à cause des pigments à base de plomb et des liants, ne travailla plus qu’au pastel à partir des années 1770. Il n’empêche, son talent de pastelliste le hissa au même niveau que son rival en la matière : Maurice Quentin de La Tour, considéré par les frères Goncourt comme le maître en la matière, au XVIIIe siècle.

On ne peut que les approuver en contemplant son Autoportrait à l’œil-de-bœuf ou à l’index. Et surtout son grand portrait de Jeanne Antoinette Lenormant d’Etiolles, marquise de Pompadour. Une œuvre d’une grande délicatesse des tons et d’une précision extrême, jusque dans les moindres détails de la composition qui ne doit rien au hasard. Ainsi ces ouvrages reliés posés sur la table, comme De l’Esprit des lois de Montesquieu, dont il ne manque pas une dorure à la reliure, la partition de musique tenue par la favorite de Louis XV, où encore cette gravure extraite du Traité de pierres gravées publié par Pierre Jean Mariette en 1750, posée sur la console. Autant d’objets ostensiblement figurés pour montrer une Madame de Pompadour, femme à la mode certes dans sa somptueuse robe bordée de dentelles, mais aussi protectrice des arts et sensible aux idées nouvelles. Un portrait au pastel qui fut alors largement commenté, et critiqué…L’art n’y était pour rien.

Catherine Rigollet

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Xavier Salmon
Louvre Editions / Hazan
Format 245 x 285 cm
384 pages, 230 ill.
59€


California Crazy. American Pop Architecture

Au début des années 1920, l’ère automobile a commencé, l’envie de voyager des Américains se développe et une nouvelle vague d’entrepreneurs ingénieux entendent bien tirer parti de ce nouveau mode de transport. D’extravagantes architectures se mettent à pousser sur le bord des routes. Ces édifices prennent les formes les plus diverses : figurine, bateau, cafetière, tasse, tonneau, donut, cornet de glace, fruit, légume, animal, etc. Gigantesques de préférence. Certains sont aussi des répliques de château fort, de pyramide ou d’igloo. Ils visent à attirer l’œil des automobilistes et des routiers de passage à la recherche de carburant, d’une bière, d’une glace, d’un repas sur le pouce, d’une distraction ou de souvenirs touristiques.

Considérées comme monstrueuses et rejetées en bloc par l’establishment architectural de l’époque, ces constructions hors norme ne cessèrent pourtant de se multiplier, notamment dans le Sud des États-Unis et de la Californie. Un concept de « California Crazy » englobant aussi l’architecture d’intérieur, la signalétique et les automobiles les plus fantaisistes. Balayées par l’Histoire, ces architectures populaires à la fois novatrices et rebelles, regagnèrent leurs lettres de noblesse il y a une quarantaine d’années. Elles sont célébrées dans cette anthologie, réactualisée, qui présente les plus beaux « spécimens » de ce style d’architecture. Elle réunit aussi des essais qui décryptent les courants ayant favorisé la naissance de ce mouvement et identifient les paysages et comportements non conventionnels des à-côtés de Los Angeles et de Hollywood ayant permis à ces bâtisses loufoques de fleurir en masse.

On se régale à parcourir ce florilège d’architectures excentriques.

C.R

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De Jim Heimann
Ed. Taschen
Relié, 21 x 28,5 cm
Version anglaise
324 pages
40 €