L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

" Beaux livres d’art. Catalogues d’exposition. Sélection de nouveautés". Par Catherine Rigollet
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Les livres

Gratte-Ciel

Vous ne trouverez aucun gratte-ciel français dans ces 45 défis architecturaux de New York à Dubaï. Si l’Europe n’est pourtant pas absente de cette course au gigantisme, c’est essentiellement en Amérique du Nord et surtout en Asie et au Moyen-Orient que la compétition se joue, avec comme dernier record à battre : le Burj Khalifa de Dubaï : 828 mètres. Soit le double du légendaire Empire State Building construit en 1931. À ces hauteurs stratosphériques, la conception des tours « megatall » relève autant de l’ingénierie que de l’architecture. C’est à Adrian Smith de SOM (Skidmore-Owings&Merrill) que l’on doit ainsi cette tour de 63 étages de bureaux, logements et hôtel, construite en 2010. Depuis, aucune autre n’est venue battre ce record établi par SOM, des spécialistes en la matière qui ont déjà signé : Le John Hancock Center et La Willis Tower à Chicago ou encore le One World Trade Center à New York.

Vitrines du rêve américain, comme de l’obsession du superlatif qui a gagné les pays émergents, ces gratte-ciel sont des prouesses architecturales qui fascinent et qui forcent l’admiration par la beauté du geste architectural qui les a dessinées, à chaque fois unique. Car loin des tours standardisées des années 1950, la diversité des formes est devenue la priorité pour l’environnement urbain. Une frise en dernière page témoigne de cette variété : de la pyramide de la Transamerica Pyramid de San Francisco, au torse en rotation du Turning Torso à Malmö. De la balle de revolver du St Mary axe à Londres, à la pagode chinoise du Taipei 101 à Taïwan.

Cet ouvrage propose un tour du monde des gratte-ciel les plus emblématiques construits entre 1902 et 2014, regroupés par continent. Chaque gratte-ciel est présenté sur deux doubles-pages, avec son histoire, les coulisses de sa création, les caractéristiques de sa structure, une photo pleine page et des illustrations. Un glossaire des mots techniques complète judicieusement ce passionnant guide grand public.

C.R

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John Hill
Ed. Alternatives
Parution : 15-02-2018
192 p. illust.
20€


Normandie, maisons et jardins d’écrivains. Lieux d’inspiration

Les amoureux de la Normandie et du patrimoine en général devraient être séduits par ce beau livre consacré aux lieux de mémoire de 25 écrivains (du XVe au XXe siècle) ayant un lien fort avec la Normandie. Illustré de plus de 120 photographies, il permet de découvrir notamment des lieux fermés au public comme ceux liés à André Gide à Cuverville, Marguerite Duras à Trouville, Guy de Maupassant à Etretat, André Maurois à Elbeuf, la Comtesse de Ségur au Château des Nouettes ou bien encore Alexis de Tocqueville au Château de Tocqueville.
Qu’ils soient Normands de naissance ou d’adoption, ils ont, chacun à leur manière, magnifié l’atmosphère normande si particulière. Ainsi, si Marcel Proust était parisien, c’est bien la Normandie et notamment Cabourg (Balbec) et la Côte Fleurie qui inspira l’auteur de À la recherche du temps perdu. Y séjournant chaque été à partir de 1907, « il enchaîne les visites d’églises et d’abbayes », souligne Jérôme Marcadé, auteur de l’ouvrage, également parisien de naissance et Normand de cœur.
C’est au Havre, qui fête en 2017 les 500 ans de sa création et celle de son port que Raymond Queneau est né, un 21 février 1903. Plus havrais que normand, l’auteur de Zazie dans le métro a passé toute son enfance dans cette ville meurtrie par les bombardements lors de la Seconde Guerre mondiale. La reconstruction du Havre avec ses architectures d’Auguste Perret et d’Oscar Niemeyer, lui inspire Le Café de France en 1947, une nouvelle dans laquelle Queneau s’affirme « havrophile ». De sa maison natale à son lycée en passant par la bibliothèque, le visiteur peut encore partir sur ses traces. Terminons avec Flaubert, né à Rouen et qui fit de Croisset, en bord de Seine, son havre de paix et d’écriture, faisant des pays de Caux et d’Auge le cadre de ses principaux romans : Madame Bovary et Bouvard et Pécuchet.

Un livre qui nous invite à entrer dans l’intimité de ces lieux de mémoire des écrivains normands au travers des photographies de Benoît Delplanque. Simples maisons ou belles demeures, grands parcs arborés ou petits jardins clos, tous reflètent la diversité de cette région qui fleure la pomme et le varech, riche d’une diversité de paysages et de mille lieux de patrimoine à visiter.

C.R

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Texte : Jérôme Marcadé
Photos : Benoît Delplanque
Éditions des Falaises
Collection Lieux d’émotion
160 pages – 120 photos
29€


Peintures des lointains

Ce catalogue de l’exposition Peintures des lointains reproduit les 220 peintures et œuvres graphiques présentées au Musée du Quai Branly, du 30 janvier 2018 au 6 janvier 2019, enrichies d’une dizaine d’essais des plus grands chercheurs et conservateurs français. Un outil de connaissance sur le regard porté par les artistes occidentaux de l’époque sur les peuples, sociétés et territoires plus ou moins lointains. Un regard né vers la fin du XVIIIe siècle avec la fascination pour les îles exotiques et qui se développe avec l’orientalisme au milieu du XIXe siècle avant de connaître de profonds changements au XXe siècle, sous l’influence de nouveaux regards et de nouvelles approches, réalistes et ethnographiques. Entre onirisme et naturalisme, fantasme et documentaire, romantisme et propagande coloniale, cette peinture témoigne de l’histoire artistique et politique.

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Collectif
Editeur : Skira
Format 24x30 cm
272 pages, 200 ill.
Parution : 24-01-2018
ISBN : 978-2-37074-071-7
Prix : 45 €


Beaux-livres : Idées cadeaux 2017

- Paysages français. Une aventure photographique, 1984-2017
Cet ouvrage, riche de 270 reproductions, présente les travaux de plus d’une centaine de photographes sur le paysage français et donne les clés pour comprendre les évolutions de la France des années 1980 à nos jours. En savoir plus.
De Raphaële Bertho et Héloïse Conésa. Ed. BnF, octobre 2017. 49€

- Habiter la planète
Cet atlas présente, par zones climatiques (tempérée, aride, polaire, continentale et tropicale), les méthodes de construction adaptées aux conditions de vie des populations. Il offre également une sélection de vingt constructions architecturales.
Flammarion. Octobre 2017. 125€

- Gauguin l’alchimiste
Ce catalogue de l’exposition présentée au Grand Palais jusqu’au 22 janvier 2018, met en valeur le talent de Gauguin, qui maîtrisait des techniques diverses (peinture, dessin, gravure, sculpture, céramique) et qui en explora les limites.
Ed. RMN. Octobre 2017. 45€

- Léonard de Vinci. L’art du dessin
Une étude richement illustrée sur les dessins de Léonard de VInci, qu’ils soient de simples esquisses ou des œuvres parfaitement achevées.
De Carlo Pedretti. Citadelles & Mazenod. Octobre 2017. 49€

- 100 artistes contemporains
Cette anthologie de l’art contemporain du début du XXIe siècle, présentée dans une édition spéciale en deux volumes, rassemble les 100 artistes les plus fascinants.
De Hans Werner Hozwarth, Ed. Taschen. 2 volumes sous coffret. 696 pages. 39,99€

- Hiroshige & Eisen – les 69 stations de la route Kisokaido
La route de Kiso Kaido à travers le Japon fut tracée sur l’ordre de Tokugawa Ieyasu, qui dirigea le pays au début du XVIIe siècle et demanda à ce que des relais soient installés tout le long de cette piste accidentée qui relie Edo (l’actuelle Tokyo) et Kyoto. En 1835, le célèbre estampiste Keisai Eisen reçoit commande d’une série d’estampes qui décriront les étapes de l’itinéraire. Eisen est ensuite remplacé par Utagawa Hiroshige, qui parachève la série en 1843.
De Andreas Marks. Ed. Taschen. Septembre 2017. 234 pages. 99,99€

- Bois
Une exploration visuelle des multiples usages du bois en architecture à travers la présentation d’édifices réalisés dans le monde entier au cours du dernier millénaire. Chaque projet s’accompagne de photographies et de légendes détaillées.
De William Hall. Edition Phaidon. Septembre 2017. 40€

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Les Tuileries. Grands décors d’un palais disparu

Né de la volonté de Catherine de Médicis, maintes fois remanié et finalement rasé en 1883 suite à un incendie survenu le 24 mai 1871, le palais des Tuileries renaît aujourd’hui de ses cendres grâce à un ouvrage qui raconte son histoire bouleversée et son architecture complexe, conçue par une succession de grands architectes dont Androuet du Cerceau, Le Vau ou Soufflot. En effet, la saga de cette grande demeure royale et impériale qui fut dotée de décorations et d’un ameublement fastueux ne manque pas de rebondissements. Commencée d’être édifiée en 1564, sur le site de fabriques de pâte à tuile (d’où son nom), elle n’était toujours pas habitable à la mort de Catherine de Médicis en 1589. Lorsque cette dernière venait aux tuileries, elle faisait apporter ses meubles et logeait dans l’une des maisons acquises au moment de la constitution du jardin. Les photographies d’époque livrent un témoignage de l’état des Tuileries sous le Second Empire. Les auteurs, parmi lesquels Bernard Chevallier et plusieurs conservateurs du musée du Louvre, font également découvrir la richesse de ses décors et de son ameublement : peintures, sculptures, tapisseries, lambris, bras de lumière, lustres, commodes, consoles, bureaux, chaises…aujourd’hui dispersés entre collections publiques et personnes privées, ou disparus. Des photographies contemporaines des objets retrouvés permettent d’évoquer cette grandeur évanouie. Aurait-on pu, ou dû, rebâtir les tuileries ? Le débat n’est toujours pas clos.

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Editions du Patrimoine
Collectif
Octobre 2016
ISBN : 978-2-7577-0520-9
288 pages
Prix : 69 €


Petites histoires des grandes œuvres

Œuvres scandaleuses, œuvres malmenées, secrets d’atelier…en leur temps, certaines œuvres ont bousculé l’opinion, déchaîné la critique. Prenons La mort de la Vierge du Caravage (1606). Le modèle qui a servi à peindre la mère du Christ ne serait autre que la belle Anna, une prostituée amie du peintre qui posait souvent pour lui. Retrouvée morte, sans doute empoisonnée, Caravage l’aurait fait aussitôt transporter à son atelier, transformant cet authentique cadavre en modèle on ne peut plus réaliste (comme le raconte aussi Francesco Fioretti dans son excellent roman historique "Dans le miroir du Caravage"). Rumeurs de concurrents jaloux ou réalité, l’affaire en tout cas fit grand bruit à Rome.

Dans un tout autre registre se situe l’histoire de la version définitive du Déjeuner sur l’herbe de Claude Monet, pour laquelle son grand ami le peintre Frédéric Bazille a posé trois fois ! En 1878, Monet qui rencontre des problèmes d’argent pour payer le loyer de sa maison d’Argenteuil, laisse l’immense toile (4n65 m sur 6,40) au propriétaire, un menuisier du nom de Flament. Lorsqu’il la récupère en 1884, l’humidité l’a endommagée et Monet décide de la découper pour sauver ce qui peut l’être. Ne subsiste aujourd’hui de ce tableau que deux fragments conservés au musée d’Orsay. Le troisième n’a jamais été retrouvé. L’esquisse très poussée du tableau, conservée au musée Pouchkine, donne une idée de l’ampleur de la composition.

De multiples événements émaillent l’histoire de nombre d’œuvres d’art (vol, censure, spoliation, destruction, copie, plagiat, découpe…), les plaçant à un moment de leur existence sous le feu de l’actualité. Ces événements, quelque soit leur importance, participent de leur notoriété. Une centaine est racontée dans cet ouvrage illustré, de la statue du Sphinx aux Bouddhas de Bâmiyân réduits en poussières par les Talibans, en passant par L’Origine du monde de Courbet, fournissant un éclairage intéressant sur chacune des œuvres et éclairant la place de l’art à différentes époques. Captivant.

Catherine Rigollet

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De Laurent Palet, Marguerite Fonta , Marie-Luce Nemo , Olivier Magnan
Editions Eyrolles
Collection Beaux-Livres
160 pages
Octobre 2016
21,90€


Un Américain à Paris

Dessins d’architecture de la donation Neil Levine

Publié à l’occasion de l’exposition de la collection de dessins d’architecture de Neil Levine, ce catalogue est déjà un hommage à cet historien de l’architecture, grand spécialiste d’Henri Labrouste et de Frank Lloyd Wright, et défenseur de bâtiments français du XIXe déconsidérés dans les années 1960, comme la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris, ou qui menaçaient d’être détruits, comme la gare d’Orsay. Constituée entre 1968 et la fin des années 1970, et léguée au musée d’Orsay en 2013, la collection de 300 dessins d’architecture de Neil Levine s’articule autour de deux axes reflétant ses intérêts d’historien : les innovations des architectes de la période romantique, dont Labrouste fut un des plus célèbres représentants (Neil Levine fut un des premiers à démontrer qu’Henri Labrouste fut davantage qu’un pionnier de l’architecture métallique), et la formation architecturale de l’École des beaux-arts, que Labrouste contribua à faire évoluer.

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Co-édition (bilingue) Hazan-Musée d’Orsay
96 pages
ISBN 978-2-7541-096-28
22€


L’Homme sans désir. Motifs mélancoliques dans l’œuvre d’Édouard Levé

Par une après-midi d’automne de 2003, à la galerie Loevenbruck, l’auteur de cette chronique a découvert la surprenante œuvre photographique d’Édouard Levé : ces Reconstitutions (*) de rêves, d’actualités, de pornographie, de rugby, de quotidien d’un artiste (né en 1965), principalement photographe et écrivain, mais aussi peintre dans sa jeunesse artistique, et qui s’est donné la mort le 15 octobre 2007 à l’âge de 42 ans.

On peut d’abord être dérouté devant ces mises en scène froides et figées, d’une « inquiétante étrangeté », mais l’ironie qui s’en dégage peut provoquer un franc sourire devant cet univers d’une neutralité excessive, ces « reconstitutions » qui décalent le monde en le dépouillant des oripeaux de sa représentation commune. Dans son minutieux geste artistique procède à une « recréation » du monde, un art de l’absurde d’une ironie troublante.

Plus encore que sur son œuvre photographique, Antoine Miller fonde son analyse de l’œuvre de Levé sur ses deux derniers ouvrages parus, Autoportrait (P.O.L, 2005) et Suicide (P.O.L, 2008).
« L’Homme sans désir. Motifs mélancoliques dans l’œuvre d’Édouard Levé », est issu de la thèse de psychiatrie soutenue par Antoine Miller en octobre 2015. L’intérêt de cet essai est de nous offrir une lecture neuve et originale du parcours et de l’œuvre d’Édouard Levé à l’aune d’une analyse clinique plus qu’esthétique, ces deux grilles de lecture s’éclairant cependant l’une l’autre.
D’ailleurs, Antoine Miller le précise d’emblée : « Je postulerai que ses textes et ses photographies peuvent servir de matériel à une réflexion clinique, à la seule condition de garder à l’esprit que l’on s’intéresse à la construction littéraire d’une subjectivité fictive et non à la vie psychique de l’artiste dans sa vérité supposée. » Plaidant pour le maintien de la mélancolie dans le champ psychiatrique, Miller use de concepts principalement psychanalytiques et phénoménologiques pour asseoir sa démonstration. Ainsi peut-il conclure : « Soulignant l’intrication du processus mélancolique et de l’idéation suicidaire, ce livre plaide finalement en faveur du maintien du cadre diagnostique de la mélancolie comme indicateur d’une propension particulièrement importante à l’homicide de soi. Les motifs mélancoliques que j’ai isolés dans l’œuvre d’Édouard Levé semblent annoncer son propre passage à l’acte. »

Si certains discuteront sans doute cette analyse rétrospective d’une fascinante trajectoire artistique, il n’en reste pas moins que l’ouvrage d’Antoine Miller apporte une vision étayée et singulière de l’œuvre de Levé qui nous invite à y porter un autre regard.

Jean-Michel Masqué

(*) Édouard Levé, Reconstitutions, éd. Phileas Fogg, 2003, 27 €.

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Par Antoine Miller
Penta Éditions
274 pages
21 illustrations en annexe
Broché, 29 €
www.penta-editions.fr


Ombres portées. Leur représentation dans l’art occidental

À quoi servent les ombres, comment les artistes les utilisent-t-ils et pourquoi les ombres n’apparaissent que çà et là dans l’art occidental, « qui a plutôt tendance à les oublier ou à les éliminer », comme le souligne Ernst Gombrich (1909-2001), l’un des plus éminents historiens d’art qui a écrit ce petit essai sur la représentation des ombres portées, avec l’envie, non pas de nous livrer un historique, mais plutôt de nous inciter à chercher les ombres dans les œuvres du passé…et à constater leur relative rareté !

Utilisées notamment par des artistes comme Le Caravage et Rembrandt pour intensifier l’éclat de la lumière, donner de la profondeur au tableau, plus de solidité et de relief aux objets qui interceptent la lumière du soleil, de la bougie, de la lanterne ou du foyer, révéler la présence de quelqu’un ou de quelque chose en dehors de la scène du tableau, ou encore créer de l’effroi, de l’étrangeté, du fantastique, les ombres portées sont perçues par certains artistes comme un élément perturbateur dans la composition. Ainsi, Léonard de Vinci, pourtant « grand novateur dans le maniement du clair-obscur » souligne dans son Traité de la peinture que « les peintres désapprouvent au plus haut point la lumière trop brutalement divisée par les ombres », et préfère voiler le soleil de manière à créer une atmosphère légèrement brumeuse. Rompant ainsi avec les contours nets de la peinture du Quattrocento.

Les ombres vont passer de mode. Les palettes vont s’éclaircir au XVIIIe siècle pour favoriser une lumière plus homogène, ne pas compromettre la lisibilité de la composition. Les impressionnistes vont colorer les ombres ou être tentés de les supprimer, à l’instar des peintres japonais, considérant qu’elles ne servent qu’à donner l’illusion d’une chose. Elles feront leur grand retour, en gris ou noir avec les surréalistes qui s’en serviront pour accentuer le mystère de leurs tableaux, comme Giorgio de Chirico dans l’Énigme d’un jour (1914).

Cette nouvelle édition de Ombres portées (essai publié en 1996) est illustrée de 70 peintures montrant des ombres ; essentiellement des œuvres conservées à la National Gallery.

C.R

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E.H. Gombrich
Collection Art et artistes
Ed. Gallimard
Parution, 11 février 2016
1ère édition en 1996
112 pages
20€


Dans le miroir de Caravage

Rome, 1605. Dans la Ville Éternelle secouée par la Contre-Réforme, où se côtoient la débauche et la violence, Michelangelo Merisi, dit Le Caravage, s’affirme avec ses œuvres puissantes et ses techniques révolutionnaires, comme « le peintre du clair-obscur » et l’un des plus grands peintres de son temps. Sombre et tourmenté, il scandalise par ses peintures réalistes, choisissant souvent des prostituées pour incarner ses Madone. Lorsque l’une d’elles, Anna, est retrouvée morte, sans doute empoisonnée, il décide de mener l’enquête pour la venger… Il sera obligé de quitter Rome et de se réfugier à Naples après une rixe sanglante. Et sa mort reste une énigme. Mêlant rigueur historique et maestria romanesque, Francesco Fioretti raconte le destin de l’un des artistes les plus fascinants de l’histoire, dont les œuvres et le talent continuent de passionner aujourd’hui à travers le monde. Une histoire de l’art aussi captivante qu’un roman policier.

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Francesco Fioretti
Traduit de l’italien par Chantal Moiroud
HC Editions
304 pages
20 ill.
14.5 x 22 cm - broché
19,90€


Une histoire de la peinture pour les enfants

Cet ouvrage richement illustré raconte l’histoire de l’art pictural, des peintures rupestres de Lascaux jusqu’à Jean-Michel Basquiat. Il déroule au fil des siècles l’évolution de l’art pictural à travers les tableaux de ses plus grands maîtres aussi bien dans la peinture européenne qu’asiatique ou orientale. Une belle galerie de peintures où l’on croise Jan van Eyck, Boticelli, Leonard de Vinci, Michel-Ange, Bruegel, Le Caravage Rembrandt, Vélasquez, Vermeer, Goya, Hokusaï, Turner, Van Gogh, Munch, Monet, Bonnard, Matisse, Dali, Picasso, Pollock, Frida Khalo, Roy Lichtenstein. Pour chaque tableau, un petit paragraphe nous explique l’œuvre, tandis qu’un autre nous parle de l’artiste enrichi d’une anecdote marquante autour de ses créations. Des petits dessins animent la page de façon ludique. Un livre original pour s’initier à la peinture et à l’art.

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De Mick Manning
Illustrations Brita Granström
Editions Gründ
Parution 28-09-2017
88 pages
14,95€


100 photos de Thomas Pesquet pour la liberté de la presse

L’organisation internationale Reporters sans frontières s’est associée à Thomas Pesquet pour ce nouveau numéro de la collection "100 photos pour la liberté de la presse". Lancé pendant six mois à près de 28 000 km/h autour de la Terre dans la Station spatiale internationale, l’astronaute français Thomas Pesquet a photographié l’une et l’autre en observateur émerveillé mais lucide de l’ingéniosité des hommes et de la fragilité de leur planète, aussi menacée aujourd’hui que la première de leurs libertés : celle d’informer et d’être informé. Ce portfolio retrace le périple de l’astronaute, de sa préparation physique il y a 7 ans, en Allemagne, en Sardaigne ou encore en Russie, à son retour sur terre, le 2 juin 2017. Un journal de bord enrichi de textes de Michel Onfray, Claude Haigneré, Claude Onesta, Arnaud Mercier, Dominique Simmonet et par une carte du monde présentant la condition de la presse dans le monde. Un regard exceptionnel sur la terre, à 400 km au-dessus de nos têtes.

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Collectif
Edition Reporters sans frontières
Paru le 17-08-2017
144 pages
ISBN : 978-2-36220-046-5
9,90€


Gaetano Pesce. Réinventer le monde sensible

Gaetano Pesce occupe depuis près de cinquante ans une position originale dans l’architecture et l’art du design. Toute sa vie, cet architecte, peintre, designer, sculpteur et philosophe italien (né en 1939 à La Spezia, près de Venise) a voulu faire accepter l’idée que l’art possède aussi une dimension pratique, utile et pragmatique. Conciliant la série industrielle avec la création de pièces uniques, il a donc cherché à gommer la frontière entre le design et l’art contemporain (« Je ne vois pas de différence entre le design et l’art », répète-t-il), réinventant la forme de nombreux bâtiments et objets du quotidien, tout en repensant leur mode de fabrication technique et l’usage des matériaux de synthèse.

En 1959, il participe à Padoue à la formation du groupe N, des jeunes architectes et designers rêvant d’inventer une forme artistique propre au service du public, loin de l’élitisme. En 1969, il crée l’une de ses œuvres les plus importantes le fauteuil UP, appelée aussi La Mama, parce qu’elle évoque une femme -aux rondeurs très felliniennes-, attachée à un boulet. Avec cette œuvre « féministe » (selon les convictions de Pesce qui dénonce ici la femme traitée comme prisonnière), aux formes anthropomorphes et à l’esprit du Pop art, le designer accède à une renommée internationale.

Depuis, naviguant entre Milan, Paris et New York, le fringant Pesce ne cesse d’inventer des formes, des usages et des matières nouvelles, pour des lampes, des chaises, des bijoux, des lustres ou des maisons. Il aime les objets utiles, les imperfections sources de beauté, l’erreur qui peut être une sorte de chance, l’asymétrie, l’hybridation (comme ses fauteuils Feltri en feutre, à cheval entre le vêtement et le meuble), la couleur (son héritage vénitien), le confort et les formes organiques (son fauteuil UP dans lequel on peut se lover en témoigne) et la gastronomie italienne ! Son fauteuil Sensa Fine Unica, créé en 2010 ressemble à une montagne de spaghetti (en PVC coloré), et il a aussi créé un Vase Spaghetti en résine de polyuréthane (édition Fish Design, 2016).
Fruit d’une année d’entretiens avec Philippe Garnier, cet ouvrage en forme d’abécédaire révèle le parcours et la pensée de ce designer militant, piquant et cultivé.

Catherine Rigollet

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Édition Buchet-Chastel
Entretien avec Philippe Garnier
Collection « Entretiens »
19 janvier 2017
232 p.,19 ill.
19€


L’art brut

Lucienne Peiry, (née à Lausanne, 1961) a été directrice de la Collection de l’Art Brut pendant dix ans (2001 et 2011), et a organisé plus de trente expositions temporaires présentées dans le cadre du musée, à Lausanne, ainsi que dans divers pays d’Europe et au Japon. Cette grande spécialiste signe ici une nouvelle version de son ouvrage de référence, actualisée et plus largement illustrée. Elle y met en valeur les saisissantes réalisations de ces créateurs marginaux, de l’Extrême-Orient à l’Amérique du Sud, en passant par l’Europe et l’Afrique, et nous immerge dans l’histoire de l’Art Brut en lien avec le parcours de son initiateur Jean Dubuffet. Un courant et des œuvres qui inspirent encore de nombreux artistes contemporains comme Georg Baselitz, Annette Messager, Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle, Hervé Di Rosa ou Thomas Hirschorn.

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Lucienne Peiry
Flammarion
400 pages
500 illustrations
30€


6000 ans de réceptacles. La vaisselle des siècles

À partir du 17 mai 2017 et jusqu’au 31 janvier 2018 le Musée Barbier-Mueller (Genève) présente cent pièces majeures de ses collections, de provenances, époques, cultures et matériaux divers, qui furent sélectionnées et classées par « rayons » par le poète, romancier et critique d’art Michel Butor (décédé en septembre 2016), offrant une interprétation poétique de chacun de ces conteneurs.
Inspiré par ces réceptacles, Butor a, pour chacun d’eux, écrit un poème après les avoir, au préalable, classés par « rayons » en fonction du rôle que leurs formes lui ont chuchoté. Ces boîtes, vases, plats, situles et carafes sont devenus dans son regard tantôt préparateurs, présentateurs ou verseurs tantôt décorateurs, conservateurs ou donateurs. Les 100 réceptacles reproduits dans ce livre proviennent de grandes civilisations de l’Antiquité, de cultures majeures d’Afrique, d’Océanie, des Amériques et, dans une moindre mesure, d’Asie. Des vases d’artistes contemporains occidentaux, toujours choisis par Michel Butor, figurent également dans cet ouvrage-catalogue. Tous sont reproduits en quadrichromie sur la planche de droite tandis que les poèmes de Michel Butor apparaissent en regard sur la planche de gauche.
Patrimoine de l’humanité, ils présentent un panorama non seulement temporel mais aussi géographique de la création humaine.

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Ouvrage collectif
Sous la direction de Michel Butor
Éditions Ides et Calendes
Juin 2017
240 pages, 101 ill.
69€


Hubert Robert. Un peintre visionnaire

Bien plus que le peintre de ruines et de paysages dont la postérité a gardé l’image, Hubert Robert (1733-1808) fut l’un des plus grands créateurs d’imaginaire poétique du XVIIIe siècle. Le musée du Louvre consacre une grande exposition à cet artiste des Lumières ; ce bel ouvrage en est la mémoire et fera référence.

Formé à Rome vers le milieu du XVIIIe siècle, Hubert Robert s’impose dès son retour à Paris en août 1765 comme peintre d’architecture et surtout de ruines spectaculaires et théâtrales dont ce siècle est particulièrement friand. La poésie et la mélancolie de ses vues de débris d’arc de triomphe et de palais sur lesquelles plane l’ombre de la chute des civilisations est célébrée par le philosophe Denis Diderot. Le jeune artiste devient très recherché pour la production de vastes ensembles de décors peints qui vont orner un grand nombre d’hôtels particuliers parisiens et de châteaux en province ; sa production de tableaux est prodigieuse, et ses œuvres sur papier, dont des aquarelles très abouties, se comptent par milliers.

Hubert Robert se lance aussi, et avec succès, dans la création de jardins. Auteur des dessins pour l’aménagement des Bains d’Apollon dans le parc du château de Versailles, il est aussi le concepteur du parc de Méréville (de 1786 à 1793), projet pharaonique réalisé pour le banquier Jean Joseph de Laborde, et son chef-d’œuvre en la matière. Hubert Robert, qui est né et a vécu toute sa vie à Paris hormis la décennie passée à Rome, a témoigné des métamorphoses de la ville, peignant La Démolition des maisons du pont Notre-Dame et celle des maisons du Pont-au-Change notamment, mais aussi quelques événements dramatiques, comme l’incendie de la salle de l’Opéra. Frappé par le bouleversement historique de la Révolution française, il en consigne les premières manifestations en représentant, dès l’été 1789, La Bastille dans les premiers jours de sa démolition. Une impressionnante composition qui fait ressortir l’aspect massif de cet emblème du despotisme sur un fond de ciel menaçant.
En 1795, Hubert Robert réintègre sa fonction de conservateur du « Muséum national », c’est-à-dire du musée du Louvre qui vient d’ouvrir ses portes, et dont il a préparé activement la création. Ses deux grandes toiles : Projet pour la transformation de la Grande Galerie et Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruine constituent son hommage à ce musée qui conserve aujourd’hui trente-six de ses tableaux (la plus grande collection au monde) et près de deux-cent-soixante dessins. On ne manquera pas celui, émouvant, réalisé par l’artiste dans sa cellule, lors de son enfermement à la prison Sainte-Pélagie, du 29 octobre 1793 au 31 janvier 1794. Hubert Robert s’est représenté avec sa calvitie et ses sourcils épais, un livre à la main ; une plume sur une table et un carton à dessin indiquent qu’il pouvait se consacrer à sa correspondance et au dessin.

Catalogue de l’exposition Hubert Robert (1733-1808) - un peintre visionnaire, présentée au musée du Louvre du 9 mars au 30 mai 2016, cet ouvrage réunit des textes sur sa maîtrise du dessin, ses talents de paysagiste, sa sociabilité, ses rêves d’homme d’esprit, analyse sa place sur le marché de l’art et fournit une très complète et passionnante chronologie biographique établie par Catherine Voiriot. Un ouvrage de référence, illustré de quelques 300 tableaux et œuvres sur papier.

C.R

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Sous la direction de Guillaume Faroult
Coédition musée du Louvre - Louvre éditions / Somogy éditions d’Art
Date de parution : 16/03/2016
544 pages – 300 ill.
Format 24 x 30 cm
Prix : 49€
- Exposition présentée à Paris, au musée du Louvre, du 9 Mars 2016 au 30 Mai 2016.