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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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A rebrousse-temps

lundi 15 juillet 2019

Du 22 juin au 6 octobre 2019
Musée Camille Claude
10 rue Gustave Flaubert
10400 Nogent sur Seine
Ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 18h
Prolongation le samedi et dimanche jusqu’à 19h
Fermé le lundi
Entrée : 7 €
www.museecamilleclaudel.fr

C’est une petite statue de résine blanche ailée, gracieuse, mais écorchée. Cet ange féminin, aux organes visibles, Anatomy of an angel, white (2012) de Damien Hirst, reprend la pose de L’hirondelle blessée (1898) voisine, d’Alfred Boucher. Parfaite illustration d’un dialogue entre œuvres contemporaines et sculptures du tournant du XXe siècle, dont celles de Camille Claudel principale occupante de ce musée !

La commissaire a fait un choix judicieux de 28 peintures, sculptures et photos pour illustrer le jeu d’imitation, d’appropriation, ou d’inspiration qui apparie des œuvres sur fond thématique commun (l’autoportrait, le travail, la conversation…). Cet appariement peut jouer sur la simple proximité de formes : les trois Robes de plis sans corps, (2009) en blanc, noir et or d’ORLAN semblent faire suite à La Valse de Claudel, où la danse dépouille peu à peu les corps des vêtements qui les enveloppaient. Ou, plus facile encore, sur la citation directe, comme Sublimation (2017), d’après La Valse de Camille Claudel, de la peintre calligraphe Najia Mehadji.

Pour faire écho à un rare autoportrait de marbre de Marius Ramus, sculpteur aixois, il a été choisi un mini-autoportrait sculpté en détail, mini car il a la taille d’un ongle de pouce, obtenue par onze moulages successifs du visage de l’artiste, dans un matériau qui rétrécit en séchant. Avec Autoportrait 9CH, Samuel Yal, à l’inverse de la dilution homéopathique à laquelle le titre fait allusion, prolonge, avec une fausse simplicité, la tendance contemporaine à l’autoportrait tri-dimensionnel (Cattelan, Murakami, Koons et al.).

À quels papotages se livrent donc Les causeuses nues de Claudel ? Nul ne le sait, pas plus que l’on ne devine quelle urgence verbale motive les personnages-culbuto de la Conversation Piece de Juan Muñoz. Bavards, en revanche, les moulages drapés creux de Raphaël Tiberghien, corps absents qui ne s’écoutent pas mais élucubrent tour à tour, voix parallèles, vies parallèles qui renvoient à notre insatiable besoin de communiquer, depuis notre solitude de derrière nos écrans.
Pour illustrer le travail, la commissaire a mis en regard des photos de mineurs de Pierre Mercier et le Terrassier, plâtre d’Emile Laporte. Autant ce travailleur dompte son outil, autant les mineurs subissent, épuisés, sous l’œil du photographe, l’esclavage de leur pioche. Plus loin, la commissaire n’hésite pas à faire dans le détail. Inspirée par les deux mains tendues l’une vers l’autre de L’Age mûr de Claudel, elle choisit The Welcoming Hands (1996) de Louise Bourgeois. Un choix peut-être pas aussi évident qu’il n’y parait.

C’est une balade facile et un exercice esthétique à la portée de tous auxquels le public est convié. Les noms des artistes contemporains lui seront plus familiers que ceux des sculpteurs d’il y a plus d’un siècle (leurs œuvres ornent pourtant nos bâtiments et nos places publics), tombés dans l’oubli. Certains des artistes convoqués ici les y rejoindront-ils ?

Elisabeth Hopkins

- Catalogue “À rebrousse temps”, 112 pages, 4 essais explorant les thématiques de l’exposition, 20 €.

Visuels : Camille Claudel (1864-1943), La Valse, 1889-1893, 43,5 x 37 x 18 cm, édition en grès flammé Émile Muller, n°14, avant 1895, musée Camille Claudel, Nogent-sur-Seine © Marco Illuminati.
ORLAN (1947) Robe de plis sans corps, Super Or, 2009, résine polyester, dorure à la feuille d’or 22 carats, 190 x 120 x 130 cm. Galerie Ceysson & Bénétière, Paris © Adagp, Paris, 2019.