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Alberto Giacometti, ascèse et passion

Difficile d’écrire après tant d’autres, d’apporter autre chose sur un artiste aussi majeur que Giacometti. Avec une passion non dissimulée, Anca Visdei a tout lu sur Giacometti, vu tout son œuvre, s’est rendue partout où il a vécu, du Val Bregaglia en Suisse où il a grandi entre son père Giovanni, peintre, et sa mère Annetta, personnage majeur dans la vie d’Alberto, jusqu’à Paris où il fit carrière. À partir de cette enquête méticuleuse et très documentée, des nombreux témoignages de membres de la famille, amis, modèles, amantes, artistes, marchands…, et des propos d’Alberto Giacometti lui-même, elle nous offre un livre vivant, qui se lit comme un roman.
Tout au long du récit, le portrait de l’homme se confond avec celui de l’artiste. L’auteure évoque en détail ses origines, son enfance choyée, ses blessures secrètes, sa fascination pour les prostituées, les femmes qui ont compté dans sa vie (Flora, Isabel, Annette, Caroline), sa fidélité en amitié, sa prodigalité, la simplicité de ce romantique « au beau visage raboteux, à la chevelure hirsute », écrit Simone de Beauvoir dans La Force de l’âge. Un homme respectueux de la parole donnée et reconnaissant envers ceux qui l’ont soutenu dans son travail, notamment à ses débuts comme Pierre Matisse ou Louis Gabriel Clayeux, directeur de la galerie Maeght. Dès l’enfance, Alberto dessine et peint à côté de son père, mais préférant à la palette colorée de Giovanni, le monochrome gris. Puis il copie ses maîtres, Dürer et Michel-Ange, pour en percer les secrets. Sa première sculpture à 13 ans, est un buste de son frère Diego, qui deviendra plus tard son unique assistant. (https://www.lagoradesarts.fr/-Giacometti-Entre-tradition-et-avant-garde-.html).
On le suit à Paris, à partir de 1922, dans l’atelier de Bourdelle à la Grande Chaumière, puis dans son mythique atelier de la rue Hippolyte-Maindron dans le XIVe arrondissement. Un atelier immortalisé par des photographes du monde entier et qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort, couvrant les murs de graffitis et de ses dessins, témoins de son travail pendant quarante ans. C’est dans cette « baraque » de 23 m², au sol en terre battue et à la verrière poussiéreuse qu’il interdira toujours de nettoyer, que l’œuvre à la signature universelle et reconnaissable de Giacometti va naître. Au canif et les doigts dans la glaise, toujours la nuit, ses plus célèbres sculptures vont prendre forme ici : ses « plaques », ses « cages », les bustes de ses modèles favoris (Annette, Diego, Caroline, Yanaihara…) et ses emblématiques figures longilignes, dont « L’Homme qui marche ». Marqué par l’influence des « arts exotiques » (selon sa propre définition), devenu membre du groupe des surréalistes, Giacometti rompt très vite avec eux ne supportant pas le dogmatisme d’André Breton. Indépendant, Giacometti ne se laissera jamais embrigader, travaillant dans l’ascèse comme dans la passion nous raconte Anca Visdei dans sa biographie très empathique.
Catherine Rigollet

Anca Visdei
Ed. Odile Jacob
Sortie 23 janvier 2019
312 pages
EAN13 : 9782738146847
23,90 €