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La galerie de l'Agora des arts

Ben Gibson-Cowan-Photographe

Ben Gibson Cowan
Ben Gibson Cowan
Gibson Cowan avec Zabriskie Point
Ben Gibson Cowan
Zabriskie Point
Zabriskie Point, détail
Dover Straits
Dover Straits, détail
Sand
Sand, détail

Asymétries poétiques

Depuis quelques années déjà, l’ancien photo-reporter Ben Gibson-Cowan mène son projet artistique Fearful Symmetry dont il a réalisé déjà plusieurs triptyques. Même s’il travaille sur d’autres projets, Fearful Symmetry demeure une sorte de « work in progress » que l’artiste ne se prive pas de compléter au fil de ses voyages.

Quelle a été l’influence de votre enfance dans les High Rocks (*) sur votre parcours journalistique et artistique ?
Sans aucun doute, cela a eu une profonde influence sur moi ! La période que j’ai passée dans cette région est la seule où j’ai eu l’occasion de connaître mon père Charles Gibson. C’était un personnage charismatique et haut en couleurs qui a mené une vie extraordinaire, tour à tour acteur, marin, journaliste et écrivain. Il est mort quand je n’avais que sept ans, un événement qui a eu un effet profond sur moi. C’est sans doute parce que je le considérais comme un héros et que je désirais marcher dans ses pas que je suis devenu photojournaliste. Sinon, ce sont les souvenirs d’enfance de ces terrains accidentés des High Rocks, l’impression de puissance et d’émerveillement qu’ils évoquaient, qui ont suscité mon intérêt pour la nature de la réalité et l’utilisation du paysage dans mon travail.

Comment la photographie est-elle entrée dans votre vie ?
Littéralement par une boîte ! J’avais dix-sept ans lorsqu’on m’a donné une boîte contenant la collection de négatifs de mon père. À l’époque, la photo m’intéressait peu, mais j’ai été intrigué par ce qu’il y avait sur ces négatifs et je me suis inscrit au club photo de mon école. Ces négatifs représentaient des paysages et des portraits réalisés lors de ses reportages en Espagne et au Moyen-Orient. J’ai été accroché presque tout de suite. L’idée d’être capable de pouvoir créer une copie carbone de la réalité dans une cuvette de révélateur était magique. Quelques semaines plus tard, j’ai acheté un Pentax 1000 et j’ai annoncé à mes profs horrifiés que je ne deviendrai pas physicien comme prévu mais photographe !

Votre passage du photojournalisme à la photo d’art n’est-il dû qu’à votre grave accident d’hélicoptère de 2003 (**) ? Que s’est-il produit en vous ? Quel déclic ?
En effet, cet accident a été le catalyseur, même s’il a bien failli mettre fin à tout ! Cela faisait déjà un moment que je ne me sentais plus très bien vis-à-vis de mon travail. C’était devenu routinier. Malgré leur prestige, les magazines pour lesquels je travaillais semblaient plus intéressés par la culture populaire que par des histoires avec un intérêt humain sérieux. Jusqu’à mon accident d’hélicoptère, je n’avais jamais vraiment envisagé d’autres options photographiques. Je me sentais coincé dans une impasse. J’avais besoin d’un événement qui changerait ma vie pour ranimer ma créativité. C’est la récompense que j’ai eue après m’être crashé dans une montagne près de Tbilissi !

Quelles ont été les étapes importantes de votre travail artistique depuis 2003 ?
J’en vois trois. D’abord, je suis resté six ans sans toucher à un appareil photo après mon accident. J’ai dû découvrir une méthode de travail qui me permettrait de rompre intellectuellement avec mon travail passé. Cela n’a pas été facile et a demandé pas mal d’expérimentations. Ce qui a pris du temps. Ensuite, j’ai commencé à travailler sur l’idée de Fearful Symmetry. J’ai réalisé que non seulement je pouvais travailler avec des images multiples mais aussi utiliser la répétition d’images comme moyen de communiquer mon message artistique. Enfin, une raison plus technique mais absolument essentielle. J’ai acquis la maîtrise des outils de postproduction, Photoshop notamment, dont j’avais besoin pour arriver aux résultats désirés.

Comment avez-vous trouvé votre singularité, votre « manière » personnelle ?
Je crois fondamentalement qu’une originalité constante vient du fait de croire en ses propres idées et dans la confiance de prendre des décisions créatives sans tenir compte des opinions des autres. Je pense que la ténacité et une obstination de tête de mule sont nécessaires, spécialement quand il faut résister aux diktats des tenants de la mode artistique. En ce qui concerne Fearful Symmetry, j’ai tenté de créer une œuvre qui amalgame des idées scientifiques et ma curiosité visuelle d’une manière qui, je l’espère, n’appartient qu’à moi.

Comment travaillez-vous ? À partir d’un concept préétabli ? D’observations et de repérages sur le terrain ? Plutôt en extérieur ou plutôt en studio ?
Je fais beaucoup de photos en extérieur, des centaines d’images. Au bout d’un moment, je sais où je vais, je finis par voir quelque chose quand je photographie dehors. Je choisis les lieux où je photographie la nature. De retour en studio, le tri et l’assemblage se déroulent sur l’ordinateur selon une idée élaborée.

Vous dites, à propos de Fearful Symmetry, que votre démarche oscille entre poésie, physique et mathématiques. Comment cela se concrétise-t-il dans votre travail ?
Depuis que je suis enfant, la poésie a toujours eu un effet puissant sur moi, particulièrement les poèmes de Blake à qui j’ai emprunté le titre de mon travail (***). En effet, l’intensité émotionnelle de la poésie stimule chez moi, en tant que faiseur d’images, la recherche d’une narration et d’un sens dans le monde. Sans vouloir vous impressionner avec les maths, Fearful Symmetry est née de ma fascination pour la théorie de la relativité d’Einstein, pierre angulaire de la physique moderne qui dit qu’il n’y a pas de mesure de temps et d’espace absolue car les deux sont déterminés par le point de vue de l’observateur. Dans Fearful Symmetry, j’ai voulu montrer les transformations visuelles qui se passent quand une même scène est photographiée selon différents points de vue. Et, en faisant cela, de donner un aperçu poétique sur les paradoxes de la nature de la réalité.

Après Fearful Symmetry, quels sont vos projets ?
Je travaille sur deux autres projets, l’un qui développe le concept de dissimulation, l’autre qui s’intéresse au destin des possessions matérielles après la mort de ceux qui les possédaient.

Que représente la France pour la réception de votre œuvre ?
Il est évident que la reconnaissance de la France et du marché français est la clé pour ouvrir d’autres portes, d’autant plus que c’est en France que se tiennent les plus gros salons de la photo contemporaine, Paris Photo et Arles.

Serez-vous bientôt exposé en France, en Angleterre ou ailleurs ?
J’ai déjà exposé plusieurs mois à Hastings. J’ai vendu des tirages de Fearful Symmetry à des collectionneurs. Les tirages sont prêts à être exposés. Je cherche activement une galerie.

Propos recueillis par Jean-Michel Masqué (août 2014)

Fearful Symmetry

Le monde du début du monde ? Les origines du monde ? Une redécouverte du monde ? Dans ses polyptyques, Gibson-Cowan capture la nature nue, la nature brute, sinon brutale, avec l’intention « d’examiner la relation entre l’ordre et le chaos ». Ces images, « séquence horizontale de tirages verticaux placés côte à côte », s’assemblent en effet sans se ressembler, ce décalage créant justement l’étrangeté qui déstabilise le spectateur, mal à l’aise et fasciné à la fois par l’immensité d’un monde qui ne s’arrête jamais, un monde mouvant et émouvant en quelque sorte.
Calme et sauvage, tel est le monde que Gibson-Cowan donne à voir, une poésie issue des plis de la terre, cousue dans les éléments naturels, la montagne, la mer, les arbres, où quelquefois émergent quelques silhouettes dérisoires. Avec ses photos, comme soumises à un léger tremblement de terre, l’artiste nous invite à voir derrière les apparences, à soulever la peau de la terre, au-delà d’une réalité simplement triviale. Il invente une nouvelle cartographie, une « Effrayante symétrie » née d’une collision entre la science et la poésie. On dirait que Gibson-Cowan mesure le désordre autant qu’il met de l’ordre dans la démesure. Pour le plus grand émoi du spectateur pris dans des frissons de beauté inquiétante.

JMM

Ben Gibson Cowan Agrandir l'image

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Gibson Cowan avec Zabriskie Point Agrandir l'image

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Zabriskie Point Agrandir l'image

Zabriskie Point, détail Agrandir l'image

Dover Straits Agrandir l'image

Dover Straits, détail Agrandir l'image

Sand Agrandir l'image

Sand, détail Agrandir l'image


Infos et contacts sur :
http://gibsoncowan.com
 
Ben Gibson-Cowan est représenté par Lionel Derimais, photographe français vivant à Londres.
Tél. +44 (0) 7845 598015
 
 
 
(*) Sité géologique anglais (près de Tunbridge Wells, East Sussex, sud-est de l’Angleterre) remarquable pour ses rochers géants.
(**) En reportage en 2003 en Géorgie, Ben Gibson-Cowan est gravement blessé dans un accident d’hélicoptère qui lui coûte de nombreux mois d’immobilisation.
(***) Fearful Symmetry est une expression utilisée par William Blake dans son poème The Tyger (1794), qu’on peut traduire par « terrifiante » ou « effrayante symétrie ».

 
 
 
Visuels :
Portraits du photographe Ben Gibson-Cowan au travail en extérieur et chez lui près de Londres en post-production. Photo Lionel Derimais.
Ben Gibson-Cowan, Zabriskie Point, Trois sur trois, 150x150 cm. Tirages Pigments sur papier non acide de qualité archive (éd. 5 exemplaires et 2 épreuves d’artistes.
Ben Gibson-Cowan, Dover Straits
Ben Gibson-Cowan, Sand / 4 photographies faites dans le Sahara