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Bruges : Triennale 2018

Liquid City/Ville liquide


Inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité, Bruges cherche à élargir sa réputation de ville-musée en s’offrant un peu d’art contemporain. Pour cette seconde édition de la Triennale, quinze œuvres, brouillant les frontières entre art et architecture, s’installent sur ses canaux. Inspiré par le concept de “Liquid Modernity” du sociologue Zygmunt Bauman (le nomadisme géographique, professionnel, affectif des personnes et des changements constants en tous genres rendent aujourd’hui passagères les relations sociales et caducs les supports sociétaux traditionnels), le thème suggéré, “Ville liquide”, est modulable à souhait par les artistes et architectes participants. Il devient une métaphore à filer pour la fluidité, les changements qui s’imposeront à nos villes de l’anthropocène, dans le futur souvent dystopique qu’envisagent certains des artistes. Et si la solution était dans des espaces de rencontre ?
C’est ainsi que l’argentin Tomas Saraceno (présent ici avec une vidéo de son installation récente en centre-ville de sculptures-ballons non polluants) inaugure “l’aérocène”, l’ère de l’habitat aérien. De son côté, le belge Peter van Driessche (Infiniti) envisage une effrayante montée des eaux et suggère un empilement de petites unités à vivre qui pourraient éventuellement se détacher du tronc commun pour flotter.
Plongé dans le présent, le collectif Studiokca s’inquiète de l’impact de la “soupe de plastique”, ces déchets d’origine anthropique qui tuent nos océans. Il a pêché, nettoyé et assemblé des centaines de bidons, cagettes, flacons et autres objets pour en faire une gigantesque baleine qui surgit du canal au pied de la statue de Van Eyck (Skyscraper (the Bruges whale). Spectaculaire ! Soucieux de trouver des solutions qui peuvent s’appliquer au monde entier, l’architecte nigérian Kunle Adeyemi offre un prototype d’école flottante, similaire à celle qu’il avait conçu pour Lagos, qui récolta un Lion d’argent à Venise mais fut détruite par un ouragan. Une architecture de bois, belle et utilitaire, qui devra résister aux outrages du temps.
Et puis, les coups de cœur pour lesquels on oublie les “pourquoi ?” et les “comment ?”. Pour pouvoir s’attacher à l’œuvre seule, la regarder, la pénétrer, se laisser porter par sa sérénité, sa fluidité, sa souplesse, son esthétique au risque de faire un contresens sur le message qu’elle porte. Il en est ainsi de Floating Island, du cabinet d’architecture coréen Kobba ; de Lanchals, l’empilement transparent, aérien, ondulant de modules de fer de John Powers ; de la bulle fluorescente de Selgascano, ou de l’architecture mémorielle plus sévère de Renato Nicolodi, Acheron I.
Il faut pénétrer dans les jardins et l’église de Grootseminarie pour y découvrir quelques œuvres du FRAC Centre Val de Loire : 2 œuvres monumentales dans la nef et le chœur (Bloom 2012, sculpture reconfigurable en unités de plastique du collectif Bloom Games et la sculpture architecturale nonLin/Lin Pavilion de Marc Fornes & Theverymany conçue par un ordinateur) et des œuvres en deux dimensions dans les collatéraux. Une démonstration de l’impact irréversible de l’ordinateur sur le dessin architectural, devenu un jeu sur des maquettes virtuelles, et permettant des architectures fluides, voire biomorphes.
Artistes se muant en architectes, architectes embrassant les libertés de l’artiste, la Triennale se cherche, les nationalités sont diverses, le résultat est disparate. Mais il vaut les longues heures de marche sur les pavés inégaux le long des canaux pour cette chasse aux trésors contemporains dialoguant sans heurt avec l’architecture médiévale. Prévoir 48 heures pour tout voir, y compris les maquettes et dessins préparatoires au Poortersloge que nous n’avons malheureusement pas vus.
Elisabeth Hopkins
Visuels : SelgasCano pavilion, du collectif espagnol du même nom (José Selgas et Lucia Cano), photo Iwan Baan.
John Powers, Lanchals. photo E. Hopkins.

Du 5 mai au 16 septembre 2018
Visite des œuvres en plein air 7j/7 et 24h/24
Installations et expositions, du lundi au dimanche
De 12h à 18h
Entrée libre
https://triennalebrugge.be/