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La galerie de l'Agora des arts

Claude Bonneterre - Sculpteur

Claude Bonneterre, sculpteur

L’énergie du vivant

« J’ai toujours eu un contact physique et sensoriel avec la nature, je pouvais m’extasier devant un galet ». Avec son regard bleu océan et son visage buriné par les tempêtes de la vie, Claude Bonneterre, au patronyme picard prédestiné, a puisé dans l’énergie du vivant la puissance et la sensualité de son œuvre sculpté, jusqu’à considérer le bois –son matériau de prédilection avec le plâtre-, comme son propre corps ou sa partenaire avec laquelle il joue un corps à corps fait d’accords tendres -ou plus indomptés, de tensions verticales, de sève montante…

Dans son grand atelier aménagé dans une ancienne grange, comme dans la cour herbeuse que l’on traverse pour le rejoindre, tout un monde de petites et grandes sculptures à l’aspect archaïque et au dépouillement formel le plus souvent inspirées par le matériau brut, se côtoient. Souche phallique sur laquelle sa main d’artiste n’a pas eu besoin de gouge pour parfaire la similitude, fourche d’arbre retournée hommage à l’Homme qui marche d’un certain Alberto, totems accouplés, aurochs ou bisons aux formes proches du langage pariétal et dans lesquelles l’empreinte des doigts de l’artiste qui les a pétris témoigne de la pulsion créatrice. Autant de corps charnels, lisses, anonymes et mystérieux, abstraits mais suggestifs, sur lesquels la lumière crée des images infinies.

Refusant de cataloguer son œuvre d’art brut et encore moins d’art symbolique, Claude Bonneterre aime toutefois évoquer ses sources d’inspiration comme le mythe du passage et de la traversée, énumérer son vocabulaire de formes privilégiées : concave et convexe, poussée et pénétration ; soulignant qu’il « recherche par-dessus tout l’épure en condensant jusqu’au point ».

S’il ne sait plus comment il est passé un jour de la peinture à la sculpture - sans doute durant ses années de professorat d’art plastique et l’apprentissage du modelage aux enfants avance-t-il-, cet admirateur de Arp, Brancusi, Etienne Martin, Giacometti, mais aussi des peintres Rebeyrolle et Bacon continue à sculpter quotidiennement à 79 ans, dessinant également avec la même jouissance en jugeant identique le geste du sculpteur et du dessinateur, révélant par ses mains l’énergie et l’émotion du vivant.

Texte : Catherine Rigollet (septembre 2015)
Photos : Lionel Pagès