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Comprendre l’art antique

Les ravages du temps, des guerres et des catastrophes naturelles ont tellement anéanti l’art grec et romain qu’il ne semble se composer que de ruines impressionnantes et de fragments brisés. Pourtant, ces réalisations n’ont jamais perdu leur pouvoir de fascination comme en témoigne l’engouement du public pour des sites comme l’Acropole, le Pont du Gard ou Pompéi.
« Si l’Égypte rechigne à innover, la Grèce est témoin de changements techniques et esthétiques rapides », lance en introduction à son ouvrage Susan Woodford. Et les Romains qui les admirent vont eux-aussi faire émerger de nouvelles formes artistiques qui ne cesseront d’exercer par la suite une vaste influence. Pour les Grecs comme pour les Romains, sculptures et peintures doivent être esthétiquement et techniquement « dernier cri », même si la fonction d’une œuvre est religieuse en Grèce, décorative chez les Romains. Le bronze va permettre au sculpteur de renouveler les postures des statues de pierre, de lui donner un souffle vital comme le magistral Discobole de Myron. Un bronze antique hélas disparu mais maintes fois copié par les Romains.
Si les hommes sont représentés nus, les femmes sont habillées ; les artistes perfectionnant le réalisme et la finesse des drapés…et des formes féminines. Sur les architectures, les décors sculptés conjuguent forme, récit et souvent message, tels ces décors du Parthénon. Chez les Romains, la Colonne Trajane est un chef-d’œuvre dans l’art du récit sculpté. N’oublions pas que les statues grecques étaient rehaussées de couleurs vives, même s’il en reste souvent peu de traces, pour des raisons diverses. Une polychromie sur pierre et son évolution chez les romains peu abordée par Susan Woodford. On peut le regretter.
Dans leurs peintures sur bois (hélas disparues) et sur céramique (mieux conservées), les Grecs ont aussi fait preuve de finesse d’exécution ; la séduction du décor étant la meilleure façon de rendre le récit convainquant, comme ces céramiques illustrant l’Iliade et l’Odyssée. La technique des figures noires où les détails sont incisés produit des œuvres d’un grand raffinement comme celle de l’artiste Exékias (Ajax et Achille jouant aux dés (amphore), vers 540-530 av. J.-C. Une autre technique va émerger, portée par des artistes comme Euthymidès ou Polygnote : celle des figures rouges sur fond noir, offrant encore plus de possibilités d’effets, sur céramique comme en peinture murale.
En sculpture, tandis que les premiers nus féminins apparaissent sous l’impulsion de Praxitèle vers 350 av. J.-C., les artistes recherchent les postures les plus naturelles. Dans la veine naturaliste, un joyeux Faune dansant datant du IIIe siècle av. J.-C. en Grèce sera copié en Italie. L’une de ces « copies » romaines en bronze de 71 cm a été découverte au milieu d’un bassin à Pompéi, dit de la Maison du Faune. Une des créations typiques de la seconde moitié du IIè siècle av. J.-C. est la célèbre Vénus de Milo (Louvre). Imprégnés de culture grecque, les Romains vont produire des copies en grand nombre.
Dans le même temps, la peinture se diversifie, les artistes grecs apprennent à créer des effets de lumière et d’espace dans les différents sujets abordés sur fresque ou mosaïque : nature morte, paysage, portrait, scène de genre ; techniques qu’ils lèguent aux Romains. Ces derniers vont rivaliser d’ingéniosité pour les adapter, notamment pour magnifier leurs modèles, individualiser les visages. À Pompéi et Herculanum ont été retrouvées des peintures murales qui portent l’héritage grec. Mais on y voit aussi de nouvelles peintures en trompe-l’œil, cent pour cent romaines, comme cette superbe et colorée Célébration des Mystères ornant la Villa des Mystères à Pompéi (voir visuel dans l’article sur l’exposition « Pompéi » au Grand Palais.). Un type de fresques répandu à Pompéi et conjuguant ouverture spatiale avec élégance stylistique. La culture romaine va se propager dans l’immensité géographique de l’Empire tout en s’hybridant par la rencontre avec d’autres traditions. Même après la chute de l’Empire romain, cet art trouvera un écho dans l’art byzantin et dans l’art chrétien médiéval.
Ce nouvel ouvrage, bien documenté, complété d’un glossaire et d’un tableau chronologique, met en avant l’audace créative des Grecs et la sagacité des Romains qui l’ont adaptée à leurs propres fins. Une excellente introduction à la visite de l’exposition Pompéi au Grand Palais.
C.R

Flammarion
Susan Woodford
Coll. L’art en poche
Paru 03/06/2020
176 pages
150 ill.
12€