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La galerie de l'Agora des arts

Virginie Trotignon Aubert-Restauratrice de tableaux

Virginie Trotignon Aubert
Virginie Trotignon devant la Cène d'Oggiono
détail de la Cène de Marco d'Oggiono
détail de la Cène de Marco d'Oggiono
Virginie Trotignon restaurant la Cène d'Oggiono
Virginie Trotignon restaurant la Cène d'Oggiono
Virginie Trotignon restaurant la Cène d'Oggiono
Virginie Trotignon restaurant la Cène d'Oggiono
La Cène de Marco d'Oggiono en cours de restauration

Restauratrice de tableaux depuis 27 ans, Virginie Trotignon Aubert se considère comme un relais dans le temps, prenant des œuvres en souffrance ou en danger pour leur permettre de continuer à vivre dans le futur. Un travail de soins et de valorisation de l’œuvre d’art.

Sa passion précoce pour le dessin et la peinture l’entraîne à suivre, dès l’âge de 10 ans, des cours du soir aux Beaux-Arts à Tours. Pourtant, sans cesser de peindre, c’est une carrière médicale de psychomotricienne dans laquelle elle se lance, avant de comprendre qu’elle fait fausse route, se réorientant à 28 ans dans la restauration de tableaux, passant le concours pour entrer dans les musées nationaux après une solide formation à Avignon. Heureuse, elle retrouve les œuvres d’art sans quitter le soin, tant il est juste que son travail s’apparente à celui d’un thérapeute de l’art.
Depuis 1986, de nombreuses œuvres du 16e au 20e siècle sont passées entre les mains expertes de Virginie Trotignon Aubert : une série d’études de Rubens (musée Bonnat- Helleu à Bayonne), le portrait de M. de Vaucel par Nicolas Largillière (Louvre), la Lapidation de Saint-Etienne par Jean Cousin (musée de la Renaissance à Ecouen), Sylvie fuyant le loup de Boucher (musée des Beaux-Arts de Tours), le Christ aux liens de Pontormo (musée Massey de Tarbes) ou encore une participation à la restauration de plusieurs plafonds du château de Versailles, celui du salon de l’Abondance, du salon des Nobles de la Reine et le plus vaste, celui du salon d’Hercule peint par François Lemoyne auquel l’équipe de restaurateurs a rendu toute son énergie.
De janvier à fin août 2013, c’est à la grande Cène de Marco d’Oggiono (vers 1467-1524), l’une des toutes premières copies du chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, commandée en 1506 à l’un de ses brillants élèves, et déposée par le Louvre dans les années 1980 au Château d’Écouen - Musée de la Renaissance, qu’elle prodigue ses soins, assistée d’une dizaine de restaurateurs.
Ce tableau de 14m² a déjà bénéficié de plusieurs restaurations en 1817, 1948, 1979 et 1980 (des nettoyages, une reprise de rentoilage et des retouches). Mais, selon les préconisations du comité scientifique composé de conservateurs du musée national de la Renaissance, du département des peintures du musée du Louvre et du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), une nouvelle intervention était nécessaire. Elle vise à mettre en valeur la richesse esthétique de ce tableau, une composition étudiée et symbolique avec des positions très variées des apôtres, leur visage dans la lumière à l’exception de celui de Judas. Une peinture proche du maniérisme dans l’expression forte des physionomies, le mouvement des corps, les jeux de mains, certaines exagérations des anatomies, les couleurs chatoyantes, les plissements marqués des drapés tel celui de la somptueuse tunique verte de Jacques le Majeur assis à la gauche de Jésus et enfin la multitude de détails apportés par l’artiste sur la table de banquet : assiettes, plats de poissons, petits pains, verres, sel répandu sur la nappe blanche. Des détails précieux sur cette copie, car ils ont hélas aujourd’hui presque intégralement disparu de la composition originale, sur le mur du couvent milanais.
Spécialiste de la couche picturale, Virginie Trotignon Aubert travaille avec le doigté d’un chirurgien, tout au long des étapes de la restauration qui va prendre plusieurs mois. Il a d’abord fallu enlever le vernis, cette couche protectrice des peintures qui est la première à s’altérer dans le temps, perturbant l’équilibre chromatique de l’œuvre. Perchée sur un escabeau, dans la chapelle du château d’Écouen baignant dans une belle lumière venues des vitraux, procédant par toutes petites surfaces, avec des cotons trempés dans une gamme de solvants, de la polarité la plus faible à la plus forte sans jamais être agressive, la restauratrice enlève le vernis devenu opalescent avant d’effacer les repeints appliqués lors de précédentes restaurations sur des lacunes ou des usures. C’est encore par minuscules touches au pinceau que s’effectue la réintégration pour reconstituer l’image manquante. En commençant par le masticage pour combler les lacunes, en restant au plus proche de l’usure du tableau, avant la reconstitution couleur et graphique de l’image à l’aide de peintures au vernis. La retouche doit être stable et réversible. C’est l’étape la plus subtile et la plus gratifiante de l’artisan d’art, celle qui s’appuie sur son regard esthétique pour reproduire la bonne couleur sur la palette, rendre de la lisibilité à l’œuvre sans alourdir la matière picturale et risquer de lui donner un aspect de neuf. Une couche de vernis sera posée entre chaque opération et en phase finale, ici pour redonner tout son lustre à la Cène d’Oggiono avant que le tableau ne retrouve sa place au mur de la chapelle du château d’Écouen.

Catherine Rigollet (juillet-août 2013)

Portrait de Virginie Trotignon Aubert et photographies de La Cène (Huile sur toile de Marco d’Oggiono – Milan 1506) : Lionel Pagès ©l’Agora des Arts.
Vidéo : Catherine Rigollet et Lionel Pagès ©l’Agora des Arts.

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Virginie Trotignon devant la Cène d'Oggiono Agrandir l'image

détail de la Cène de Marco d'Oggiono Agrandir l'image

détail de la Cène de Marco d'Oggiono Agrandir l'image

Virginie Trotignon restaurant la Cène d'Oggiono Agrandir l'image

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Virginie Trotignon restaurant la Cène d'Oggiono Agrandir l'image

La Cène de Marco d'Oggiono en cours de restauration Agrandir l'image


- La restauration de "La Cène", de janvier à fin août 2013 (mécénat de la Fondation BNP Paribas), s’est déroulée sous les yeux du public, dans la chapelle du château d’Écouen, à l’emplacement même où Anne de Montmorency avait disposé l’œuvre lors de son acquisition au XVIe siècle et où elle est restée jusqu’à la Révolution.