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Du Douanier Rousseau à Séraphine. Les grands maîtres naïfs

Peintres “naïfs”, “primitifs modernes”, “maîtres de la réalité”, voire “autodidactes” comme le suggère la commissaire, qu’importe la terminologie si on a le plaisir ! Et du plaisir, il y en a, à découvrir sur les cimaises, en plus des deux peintres “d’appel”, sept artistes dont on peut se demander si on les connaitrait, n’eussent été Dina Vierny et Wilhelm Uhde pour les découvrir et les promouvoir. Celui-ci, collectionneur allemand, employeur de Séraphine, défenseur des peintres naïfs dans l’entre-deux guerres, les réunit dans deux expositions en 1928 et 1932. Celle-là commence par exposer André Bauchant aux côtés de Kandinsky et Poliakoff dans sa galerie en 1947, et surtout organise une magistrale présentation de leurs œuvres, “Le Monde merveilleux des naïfs”, en 1974.
Autodidactes, exerçant des métiers manuels, mais désireux de se faire connaitre (au contraire des artistes de l’art brut qui créent pour eux-mêmes), ces peintres (aux trois déjà nommés, ajoutons Camille Bombois, Ferdinand Desnos, Jean Ève, Dominique Peyronnet, René Rimbert et Louis Vivin) exposent dans les Salons, ou à la foire aux croûtes sur les trottoirs de Montmartre. Sont-ils réalistes ces artistes dont les toiles ne connaissent pas la perspective ? Leur imaginaire est nourri non pas par d’exotiques voyages, mais par des photos, des catalogues, des revues ou, comme Rousseau, par des balades dans les allées du Jardin des Plantes. Chaque scène - on n’y trouvera ni histoire, ni sacré, ni mythologie - est une explosion de couleurs, des couleurs d’un quotidien que forment pour eux la ville (L’affiche rose, 1928, Rimbert), leurs amis (Portrait de Paul Léautaud et ses chats, 1953, Desnos), des intérieurs (Sieste estivale, 1923, Peyronnet), les voisins (La grosse fermière sur son échelle, 1935, Bombois, toile superbement explicite, du Botero avant la lettre) ou des tables quasiment Cézanniennes (Nature morte aux huitres, 1941, Ève).
Et lorsque leur vient une envie de nature, ce sont des panoramas idéalisés, peuplés d’animaux ou d’oiseaux exotiques (Oiseaux exotiques, 1947, Bauchant), des marines, frontales, presque surréalistes (Marine ou la mer, 1931 ? Peyronnet). Une envie de fleurs ? ce sont les compositions florales planes de Séraphine ripolinées et lumineuses, fleurs que l’on croit naturelles et que certains verront sexualisées, que l’on serait bien en peine de trouver dans la nature. Peintes à la demande de la Vierge, disait Séraphine.
Cette simplicité apparente ne manquera pas de séduire. Car ces naïfs nous restituent un monde figé, paisible, harmonieux, poétique, qui s’industrialise sans douleur, et est imprégné d’une étrangeté qui n’a rien d’inquiétante. Cent œuvres qui offrent un intermède visuel heureux dont il faut profiter sans hésiter.
Elisabeth Hopkins
Visuels : Louis Vivin, Paris Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, 1930, huile sur toile, 46,5 x 56 cm, Courtesy galerie Dina Vierny, Paris.
Dominique Peyronnet, La Forêt, non daté, huile sur toile, 61 x 81 cm, Collection du Musée International d’Art Naïf Anatole Jakovsky – Nice, © Ville de Nice.
Séraphine Louis, Feuilles, 1928-1929, huile sur toile, 195 x 130 cm, Courtesy galerie Dina Vierny, Photo © Jean-Louis Losi.

Du 11 septembre 2019 au 19 janvier 2020
Musée Maillol Paris
61, rue de Grenelle 75007 Paris
Ouvert du lundi au dimanche
De 10h30 à 18h30
Nocturne le vendredi jusqu’à 20h30
Entrée : 13,50 €
www.museemaillol.com