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Eblouissante Venise. Venise, les arts et l’Europe au XVIIIème siècle

Oubliez Venise piétinée par des hordes de touristes incivils, ses vendeurs à la sauvette et sa lagune meurtrie par les bateaux-croisières monstrueux, et offrez-vous, comme les voyageurs du Grand Tour, une promenade nostalgique dans une Sérénissime artistique, musicale, et luxueuse. Celle du 18ème siècle, ville de tous les talents –– peintres, sculpteurs, compositeurs, chanteurs, –– mais secouée par des crises tant financières que sociales jusqu’à l’entrée brutale des Français de Napoléon en 1797 et la chute de la République vénitienne. Napoléon cédera Venise à l’Autriche quelques mois plus tard, non sans avoir fait fondre une partie du trésor de Saint Marc et envoyé à Paris les quatre chevaux qui ornaient le portail de la basilique.
La commissaire de l’exposition a bâti son exposition sur deux thèmes indissociables : l’art et la vie, organisant le parcours en trois sections : Évocation de la vie au quotidien ; la diaspora vénitienne et son influence en Europe, et la Venise secrète, “mythique”, dit-elle, celle des masques, des bateleurs, des courtisanes et des salons de musique…
Venise est peinte. Giambattista Piazzetta joue sur les contrastes de l’ombre et de la lumière (Le jeune porte-drapeau, c. 1742), alors que Giambattista Tiepolo se consacre aux plafonds des palais et aux fresques d’église. Captant le faste des cérémonies officielles, ou la beauté de la ville se reflétant dans la lagune, les védutistes, Francesco Guardi (Le départ du Bucentaure, c. 1775-77), Gianantonio Canaletto (Il rio dei Mendicanti, c. 1723), et Michele Marieschi (Le retour du Bucentaure à San Marco…, 1736-37) triomphent avec leurs peintures du Grand Canal que s’arrachent les étrangers. Pendant que le castrat Farinelli vocalise et que Vivaldi, le prêtre roux, fait répéter les jeunes demoiselles de l’Ospedale de la Pietà (lisez le récit hilarant d’une de ses répétitions sous la plume d’Alejo Carpentier dans “Concert Baroque” !) avec des instruments fabriqués à Venise, dont quelques exemples sont présentés.
Venise s’exporte. Grâce à ses peintres ou de ses musiciens. En Angleterre, Canaletto troque le Grand Canal pour la Tamise et les propriétés de ses commanditaires, tandis que Marco Ricci décore théâtres et résidences et que Farinelli fait un tabac dans un opéra de Johann-Adolf Hasse. À Paris, les portraits de Rosalba Carriera (Autoportrait, 1709), amenée dans la capitale par un mécène, influencent les pastels français. Elle et Watteau exécutent leurs portraits respectifs. Après avoir décoré à fresque le nouveau palais du prince-évêque de Wurtzbourg au début des années 1750, et passé quelques années d’activité intense à Venise, Tiepolo et ses deux fils partent pour Madrid pour décorer à trois la salle du trône du palais royal de Madrid.
Et Venise danse, chante et s’émerveille. Les artistes pénètrent dans les intérieurs de leurs commanditaires, dans les salles de jeu privées où l’on n’entre que masqué, se mêlent aux attractions sur les places de la ville, et les reproduisent sur leurs toiles : Pietro Longhi (Conversation entre masques, c. 1760-70), le fils de Tiepolo, Giandomenico (son père est mort à Madrid) (L’Arracheur de dents, 1754), et le védutiste Francesco Guardi (Le Ridotto du Palazzo Dandolo à San Moisè, c. 1746). Saltimbanques, marionnettistes et acteurs se produisent devant des badauds de tous âges et tous rangs (anonymes derrière leurs masques) et les images optiques de lieux vénitiens ou étrangers captent l’attention de la population. “Il mondo novo”, du nom de cette attraction, inspire plusieurs œuvres de Tiepolo fils.
Balade dans la ville et sur les canaux, traversée dans le temps, le tout sur un air de Vivaldi. Cette exposition n’offre que du bonheur ! Le public pourra profiter des spectacles vivants qui ponctueront les semaines d’exposition, les mercredis entre 19h et 22h.
Elisabeth Hopkins

Du 26 septembre 2018 au 21 janvier 2019
Galeries Nationales du Grand Palais
Tous les jours, sauf mardi, de 10h à 20h
Nocturne le mercredi, jusqu’à 22h
Entrée : 14 €
www.grandpalais.fr
 
Visuels : Francesco Guardi, La Piazza San Marco pendant la fête de l’Ascension, 1777. Huile sur toile, 61 x 91 cm. Lisbonne, Museu Calouste Gulbenkian. © Calouste Gulbenkian Foundation, Lisbon. Calouste Gulbenkian Museum – Founder’s.
Giandomenico Tiepolo, Scène de carnaval ou Le Menuet, 1754-1755, huile sur toile, 80,5 x 105 cm. Paris, Musée du Louvre, Département des Peintures. Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux.
Pietro Longhi, Le Rhinocéros,1751, huile sur toile, 62 x 50 cm. Venise, Fondazione Musei Civici di Venezia, Ca’Rezzonico - Museo del Settecento Veneziano 2018 ©Archivio Fotografico Fondazione Musei Civici di Venezia.